

En attendant la reprise du festival Ich Bin Ein Berliner le 13 août au SO36, les nostalgiques peuvent dès à présent se plonger dans l'ambiance, chez eux, bien calés au fond de leur fauteuil préféré, grâce à la compilation du même nom. Tout y est ou presque : les noms évocateurs tels que Plateau Repas, Velvet and Condom, The Moustache ou ecore Noblesse Oblige, les riffs de guitares électriques endiablées et les sons acides éléctro-punk rock. Il ne manque que le rire du présentateur gentiment freak pour nous faire les transitions...

Situé dans l'Oranienstrasse près de Heinrichplatz à Kreuzberg, le SO36 tire son nom de l'ancien code postal du quartier, SO signifiant Südost. Ce lieu est un symbole de l'effervescence musicale underground où le punk rock et autres cultures alternatives avaient élu domicile. Club mythique de Berlin fréquenté dans les années 70 par Iggy Pop ou encore David Bowie, il accueille depuis août 2009 le festival Ich Bin Ein Berliner. Ces soirées mensuelles extravagantes et arty, organisées par Andreas Schwarz, David Maars et Emmanuelle 5, réunissent une foule bigarrée, alternative et délurée autour de lives, de Djs Set et de performances de qualité. La compilation Ich Bin Ein Berliner est sortie le 24 Mai sur Araknid Records avec 40 groupes soigneusement sélectionnés par Emmanuelle 5, l'un des organisateurs également membre du groupe Dead Sexy Inc et Dj résident au White Trash. A l'occasion de cette sortie, La Gazette de Berlin l'a interviewé.

Interview Emmanuelle 5
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 Emmanuelle 5 par Karl Lagerfeld
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La Gazette de Berlin : Vous organisez au SO36 avec Andreas Schwarz et David Maars les soirées mensuelles Ich bin ein Berliner. Quelles sont les origines du festival ?
Emmanuelle 5 : Je m'occupe de la partie musique pour le magazine de mode " Traffic mag". Il y a un an et demi j'ai réalisé un sujet, dont le titre était " Ich Bin Ein Berliner". C'était avec des interviews de groupes venant d'un peu partout dans le monde et qui avaient choisi de s'installer à Berlin. J'organisais avec David ( qui est d'ailleurs français comme moi ) et Andreas ( lui est allemand ) la party "Supanova" au club Lovelite avec des groupes et des DJs français. On a eu envie de monter une nouvelle soirée orientée sur la richesse et le mélange des groupes travaillant à Berlin et non plus seulement avec la thématique french.
La Gazette de Berlin : Pouvez-vous expliquer l'idée, le concept ?
Emmanuelle 5 : Ich Bin Ein Berliner est un mini festival mensuel où l'on peut découvrir des groupes, des djs, des performances, des shows burlesque…Les artistes qui s'y produisent sont de toutes nationalités mais résident à Berlin. Il nous arrive parfois de faire des exceptions et d'inviter un "Berliner d'un jour".
La soirée démarre à 22 h et se termine vers 5 h du matin avec généralement 3 ou quatre groupes live et 4 DJs. Nous accueillons la nouvelle scène Electro Rock Queer Cabaret Punk Berlinoise, le but étant de faire découvrir de nouveaux artistes, de surprendre les gens et de s'amuser …On ne fonctionne pas avec un principe de " Tête d'affiche"... C'est un peu plus risqué financièrement mais aussi plus excitant ! Chaque artiste reçoit le même cachet minimum puis on partage les gains supplémentaires des entrées. Le collectif Tulip Arts Projects crée aussi une décoration du lieu à chaque fois différente, à partir du système de projection.
La Gazette de Berlin : Quel sont le style et l'univers du festival ?
Emmanuelle 5 : La soirée mélange musique ElectroRock, Post Punk, Nurave, Indie et peut finir parfois avec des DJs plus Tek. La majorité des gens qui sont programmés ont un coté très visuel et excentrique. D'ailleurs Andreas, qui est aussi le Monsieur Loyal de la soirée, présente les shows dans des tenues extravagantes.Le public joue bien le jeu. C'est amusant et surprenant, avec toujours une touche queer et glamourtrash. On peut retrouver l'ambiance des soirées sur la compilation qui vient de sortir. Il y a deux cds, quarante groupes dont une grande partie qui se sont déjà produits à la soirée Ich bin Ein Berliner". On peut l'écouter en streaming ou commander le cd sur le site d'Araknid Records.
La Gazette de Berlin : Pourquoi avoir choisi le SO36 parmi l'immense forêt des clubs berlinois ? Qu'incarne ce lieu ?
Emmanuelle 5 : David connait bien les gens du SO36 car il y a travaillé il y a quelques années. Ils lui ont proposé un spot pour organiser une soirée. On leur a parlé de notre idée " Ich Bin Ein Berliner". C'était en août dernier au moment où le SO36 était menacé de fermeture à cause de problèmes de voisinages. L'idée leur a beaucoup plu car elle reposait aussi sur une certaine idée de Berlin comme plaque tournante d'une scène culturelle alternative.
Le SO 36 est un lieu culte de Berlin où se sont produits énormément d'artistes depuis les années 70. C'est un lieu hybride avec de très bonnes conditions techniques pour les concerts mais qui peut aussi se transformer en night-club. C'était l'endroit idéal pour nous.
La Gazette de Berlin : Et pourquoi avoir choisi la célèbre citation de John F. Kennedy ?
Emmanuelle 5 : Lorsque que JFK a prononcé son discours, le monde était en pleine guerre froide. Aujourd'hui, la ville est libre et ouverte à tout le monde en plein centre de l'Europe. On dit qu'on devient New Yorkais après avoir habité 6 mois là bas. Je trouve que Berlin est un peu pareil maintenant. La ville a d'ailleurs quelque chose du New York des années soixante dix, quand Soho et l'East Village étaient investis par les squats d'artistes. La citation est en même temps assez drôle, car Berliner est aussi le nom d'un gâteau …et avec l'erreur de syntaxe, il a prononcé de manière très sérieuse je suis un donut !!!!!!

La Gazette de Berlin : Quels sont les critères de sélection des artistes ?
Emmanuelle 5 : Pas de critère particuliers. C'est subjectif, suivant nos goûts, les rencontres qu'on fait et les gens qui nous contactent directement…
La Gazette de Berlin : Pouvez-vous nous donner quelques indices sur la prochaine saison du festival ?
Emmanuelle 5 : Il y aura plein de nouveaux artistes à découvrir !
La Gazette de Berlin : Vous êtes français et avez choisi Berlin. Comment êtes- vous arrivé ici ?
Emmanuelle 5 : Je n'habite plus vraiment en France depuis plusieurs années. J'y retourne de temps en temps pour jouer ou mixer mais j'en avais assez de la vie quotidienne à Paris. Une ville stressante où les gens se mélangent difficilement et pensent être encore le centre du monde, la ville lumière. Je suis parti habiter trois ans à Los Angeles, puis un an à New York. J'aime beaucoup les USA. Je suis venu me produire plusieurs fois à Berlin et j'ai aimé l'ambiance. Des amis musiciens qui habitaient à Berlin m'ont parlé d'une chambre qui se libérait au dessus de chez eux. J'ai sauté sur l'occasion de faire une nouvelle expérience. Berlin est une ville très accueillante avec une qualité de vie unique en Europe et sûrement dans le monde entier. Il y a beaucoup d'espace. C'est relax avec en même temps une grande activité culturelle liée aux nombreux artistes qui vivent ici. L'activité nocturne est aussi incroyable ! Il y a tellement de parties, de clubs différents, légaux ou illégaux et dans des endroits parfois complètement improbables.
La Gazette de Berlin : Pouvez-vous nous parler de la culture club berlinoise et de ce qui la différencie de celle de la France ?
Emmanuelle 5 : Je parlerais plutôt de Paris car je connais moins bien les autres villes françaises. J'ai habité, joué, mixé, organisé des soirées là-bas pendant pas mal de temps. Il y a eu des périodes excitantes comme celle du Pulp dans les années 2000, puis la Flèche d'Or et l'émergence de toute une nouvelle scène Rock un peu plus tard. En ce moment la grande différence, c'est que la culture Club Berlinoise est basée sur une qualité musicale novatrice doublée d'un esprit de fête, de fun, ouvert à tout le monde. La ville est également très tolérante au niveau des conditions d'ouverture de lieux. Je pense que le maire de Berlin joue complètement le jeu. La nuit parisienne est basée sur le profit, l'argent et le côté élitiste. C'est plus le coté discothèque/boîte de nuit qui domine même si certains clubs ont tout de même une programmation musicale intéressante. Tous les endroits un peu plus underground et alternatifs rencontrent beaucoup de difficultés de voisinage, de sécurité et la plupart du temps finissent par mettre les clés sous la porte. En ce moment, Paris est une ville sinistrée en ce qui concerne l'activité nocturne. Courage à ceux qui résistent.
La Gazette de Berlin : Vous jouez beaucoup avec votre image. Pouvez-vous décrire votre style et votre univers ?
Emmanuelle 5 : J'ai toujours été attiré, fasciné par les gens excentriques, hauts en couleurs, une sorte de résistance à la morosité, au conformisme ambiant.
La Gazette de Berlin : Avec votre groupe Dead Sexy Inc vous chantez principalement en français et en anglais. Pourquoi pas en allemand ?
Emmanuelle 5 : Berlin est une ville très cosmopolite, tout le monde parle anglais. C'est donc un peu le piège, je n'ai pas fait beaucoup de progrès en allemand jusqu'à présent…honte à moi…mais nous voulons faire au moins un morceau en allemand sur le prochain album.
Propos recueillis par Caroline Marie-Cussy, le 28/05/10

Dates / Concerts
Prochaine Party Ich Bin Ein Berliner : le 13 août et 10 septembre 2010
Concert Dead Sexy Inc. à l'occasion du Festival Check Bounds: le vendredi 4 juin 2010 à 20:30 à STATTBAD WEDING, GERICHSTRASSE 65

Liens
Le Myspace Ich Bin Ein Berliner Festival www.myspace.com/ichbineinberlinerfestival
Site du label Araknid Records www.araknidrecords.com
Le site du SO36 so36.de
Le Myspace des Dead Sexy Inc. www.myspace.com/deadsexyinc
Le site officiel des Dead Sexy Inc. www.deadsexyinc.com
Le site du festival Check Bounds checkbounds.wordpress.com