

Alors que la 5e édition des Carnets de voyage « Ici&Ailleurs » à Brest a pour ville invitée Berlin, l’association Enki, organisatrice de ce festival a donné carte blanche à l’artiste marseillaise Catherine Ricoul pour choisir des artistes allemands et leur offrir le trajet jusqu’à la ville bretonne. Tous les deux ans ce festival met à l’honneur les arts visuels autour de ce thème du voyage et de l’ailleurs et permet au public de dialoguer directement avec les artistes. Cette année, l'évènement aura lieu du 4 au 6 juin prochains. A Berlin, l’émulsion est telle entre Catherine Ricoul et les dix artistes sélectionnés qu’ils ont fondé un collectif, Berlin Transit

Une heureuse coïncidence. Catherine Ricoul est venue s’installer l’automne dernier à Berlin où elle compte rester jusqu’à fin juin, envie personnelle de l’artiste marseillaise qui maîtrise parfaitement l’allemand. Et une bonne occasion pour le comité en charge du festival des Carnets de voyage à Brest d’économiser le voyage jusqu’à la capitale allemande, Berlin étant la ville invitée cette année. Outre la même première lettre, les deux villes ont beaucoup en commun : toutes deux ont été détruites pendant la deuxième guerre mondiale, et divisées en deux dans des contextes bien spécifiques.
« Ils ont profité de ma présence sur place, » résume ainsi l’artiste qui s’est vu confier une mission : trouver cinq ou six artistes allemands dans la thématique du festival et les inviter à un petit séjour en terre bretonne. Elle s’acquitte de sa mission et en sélectionne… dix ! « Ils ne connaissent pas les marseillais, » plaisante-t-elle, « c’était évident que j’allais doubler leur chiffre ! »

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 Catherine Ricoul lors du vernissage le 14 mai
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Catherine Ricoul, qui se spécialise dans le collage et la poésie visuelle, a « très vite su quels artistes [elle] voulait ». Elle avait déjà eu carte blanche en 2008 pour ramener quelques artistes marseillais au festival, auquel elle a participé pour la première fois en 2003, soit un an après sa création. Une fois trouvés, les artistes allemands n’ont pas été difficiles à convaincre : les frais de voyage sont remboursés, l’hébergement est offert ainsi qu’une partie de la nourriture, et puis « dans festival, il y a fête ! ». Un peu chef de troupe, Catherine Ricoul se félicite de l’esprit d’équipe, sans ego intempestif. Et comme elle avait rempli sa mission bien en avance, elle rassemble toute la petite troupe en un collectif franco-allemand, le Berlin Transit.
Une exposition temporaire à Berlin avant de partir à Brest
Pendant deux semaines dans une galerie située à Wedding (du 14 au 23 mai), au nord de la ville, chacun a installé un peu de son travail, comme un avant-goût du festival à Brest. On pouvait ainsi y trouver les photos de Marco Kaufmann. Sous le nom d’Anrandungen (‘idée de voyager au bord de’), il a réuni quelques tirages de son voyage le long de toutes les frontières européennes. De tous ses clichés, il a fait un livre et devrait réaliser un travail de peinture abstraite, son autre domaine de prédilection.
A côté face à l’entrée, Ralf Tekkat donnait à voir son art du Zettelwand (mur d’affiches, de flyers et de photos), consacré ici à la ville de New-York, dans la même veine qu’ « à la recherche de Thomas Pynchon », écrivain américain vivant presque ‘reclus’ près de la Grosse Pomme, qu’il présentera à Brest. Le regard était ensuite interpellé par un guidon de mobylette dépassant du mur. « Il s’agit d’une installation minimaliste proposée avec un verre d’huile de moteur, » explique non sans sourire Catherine Ricoul.
Berlin-Brest en mobylette
A l’origine de la création, « deux fous » selon la marseillaise : Tim Goroll & Niclas Dietrich, dits die Durchreiser, surnom créé par eux-mêmes (‘ceux qui voyagent au travers’). Ces deux artistes-cuisiniers travaillent ensemble à la galerie Zagreus, qui allie art et gastronomie. Ils ont décidé d’aller à Brest comme ils sont allés à Barcelone l’an dernier : en mobylette ! Leur périple jusqu’à la capitale de la catalogne a duré douze jours. Arrivés sur place, ils ont organisé douze repas dans une galerie, soit un repas par jour de voyage, et sont repartis sans la mobylette. « Ils sont allés la récupérer la semaine dernière ! » ajoute la guide des lieux. « Et cette année, ils la laisseront chez les parents d’Agnès Bellec, la présidente du festival ! »

Les deux compères ont prévu large afin d’arriver comme les autres un jour avant l’ouverture du festival, le 4 juin. Répartis chez l’habitant selon le principe « adoptez un artiste », chacun gardera son indépendance. « Ils sont grands », résume Catherine Ricoul, qui reprendra son journal berlinois « fait de récupération et d’autocollants trouvés dans la rue », commencé le 2 mars et arrêté le 13 mai avant le vernissage, après Brest. « On a juste prévu une petite visite au centre d’art contemporain, la Passerelle, dirigé justement par une berlinoise. »
Il faudra toutefois peut-être attendre les sœurs Blankenburg, de leurs petits noms Ariane et Nadia. Nettement plus aléatoire, elles ont choisi l’auto-stop comme moyen de transport. Auparavant à la galerie de Wedding, elles ont littéralement vidé leur sac sur une table pour montrer tout ce qui est nécessaire au voyage, ou du moins à celui qui se profile à l'horizon. A Brest, elles présenteront un carnet de cette aventure.
Bientôt Brest Transit ?
Les festivaliers pourront également admirer les immenses carnets réalisés depuis 1993 par Gerrit Sievert, à raison d’une page par jour, sorte « de journaux intimes publics » d’après Catherine Ricoul. Ou encore visiter la caravane de Gunhild Kreuzer. Cette dernière promet des performances à la hauteur de celle de sa jupe (voir photo).
Peut-être parmi les visiteurs se trouvera le monsieur Fleur tant attendu par Adeline Meilliez, créatrice de fanzines. Pour réaliser son rêve de s’appeler un jour madame Fleur, elle n’hésite pas à passer des petites annonces et à se présenter aux rendez-vous en robe de mariée. Nul doute que la robe blanche fera partie du voyage la semaine prochaine. Enfin tel un dernier coup de cœur, Hamed Eshrat, auteur et dessinateur iranien, a été invité à exposer ses écrits.
Une multitude de talents que regroupe donc ce collectif Berlin Transit, qui rêve d’un potentiel Brest Transit et de continuer toujours plus à l’est… car à l’ouest, c’est bien connu, il n’y a rien de nouveau.
Alexia Kappelmann
27/05/2010
Dessin : Die Durchreiserzeichnung
Photos : Gerrit Sievert, www.gerritsievert.com
Le festival est libre et gratuit.
Pour plus d’informations :
-sur le festival : www.ici-ailleurs.net
-sur les artistes : catherine-ricoul.blogspot.com www.marcokaufmann.com
-sur le travail de Catherine Ricoul à Berlin : carnetsdeberlin.blogspot.com
-sur la galerie Zagreus : www.zagreus.net