

Tremblement de terre sur la planète politique en ce mardi 25 mai. Un des barons de la CDU, Roland Koch, a annoncé qu’il se retirait de la scène publique. Ce ministre président de Hesse depuis onze ans et vice-président de la CDU, considéré comme une étoile montante de la CDU a créé la stupéfaction avec sa déclaration. Pourquoi abandonner la politique alors qu’il venait d’être réélu à la tête du Land d’Hesse en 2009 ? Avec la perte d’un de ses hauts dignitaires, la CDU déjà affaiblie par les élections en Rhénanie-Du-Nord-Westphalie, ne subit-elle pas un coup fatal ? Retour sur la carrière d’un politique professionnel.

L’annonce de Roland Koch de mettre un terme à sa carrière politique était inattendue. En l’espace de quelques minutes, les dépêches pleuvent et chacun attend avec impatience la conférence de presse qu’il donne à Wiesbaden sur les raisons de son retrait. Le ministre président de Hesse affirme qu’il quittera son poste le 31 août 2010 et qu’il ne reconduira pas son mandat à la vice-présidence de la CDU en novembre. S’il se décrit aisément comme un « animal politique », il justifie sa décision d’une phrase : « La politique a constitué une partie fascinante de ma vie, mais elle n’est pas ma vie ». Roland Koch, âgé de 52 ans, n’a pas caché son désir de se reconvertir dans le secteur privé afin que sa vie privée opère un « retour à la normale ». L’occasion de faire le bilan d’une carrière politique parfois houleuse comme le suggère sa biographie parue en 2004 : Roland Koch, vénéré et méprisé.

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 Après onze ans à la tête du Land de Hesse, il fait figure de roi
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Une tranche de vie politique :
Roland Koch n’a pas atterri dans la sphère publique par hasard. Son père, Karl-Heinz Koch a, en effet, été ministre de la Justice de Hesse. La politique c’est une affaire de famille, sa formation dans le milieu commence donc très tôt. C’est dans les Jeunesses de la CDU que Roland Koch fait ses armes. On retrouve d’ailleurs parmi les proches du Ministre Président de Hesse ses anciens camarades de jeu. Mais la scène publique n’est pourtant pas la voie à laquelle se destine Roland Koch lorsqu’il entame ses études. Diplômé en droit, il devient avocat, profession qu’il exerce de 1985 à 1999 l’année où sa carrière politique bascule. Alors qu’il était depuis vingt-deux ans élu président de la section de la CDU pour l’arrondissement de Main-Taunus, il devient président de la fédération chrétienne-démocrate de Hesse et entre à la présidence fédérale du parti. En novembre 2006, il devient l’un des trois vice-présidents de la CDU et par là, l’une des personnalités les plus importantes de la droite allemande. Sa carrière en tant que Ministre-président de Hesse fait figure de référence dans le milieu. Elu à la majorité relative en 1999 contre le SPD, il est réinvesti à la majorité absolue en 2003. Bien qu’il la perde en 2008 lors des dernières élections, les partis opposés, incapables de former une alliance solide prennent une claque lors des consultations anticipées de 2009 qui conduisent une fois encore Roland Koch à la tête du Land. Il est à ce moment là, le « mieux élu » de la législature. La voie politique semblait toute tracée pour lui, alors comment expliquer son annonce ?

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 Une affiche dénonçant l'affaire des caisses noires de Hesse
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Un chemin sinueux :
L’univers politique est un monde hostile, même pour les plus avertis. En témoigne le parcours de Roland Koch. Son image n’a pas toujours été des plus reluisantes et on l’a souvent taxé de « soudard conservateur », parfois même au sein de son parti qui pleure désormais son départ. La raison de cette image négative ? Une absence de complexe quant à son manque de scrupules concernant certaines questions politiques. Dès 1999, Roland Koch fait parler de lui lorsqu’il remporte ses premières élections grâce à une campagne aux accents xénophobes. Il est un habitué des propos qui choquent. C’est d’ailleurs ce que retiennent de lui ses désormais anciens camarades de la CDU : « Roland Koch est un politique aux prises de positions clairement inhabituelles, mais il a le mérite de toujours les assumer » dit de lui Michael Meister, représentant de la CDU de Hesse au Bundestag. Sa crédibilité en tant que professionnel de la politique est toujours restée intacte, même lors des affaires de caisses noires de la CDU en Hesse en 2000. Récemment encore, il a fait parler de lui en s’opposant à la politique de la chancelière. S’il avait l’habitude de secouer ses pairs d’une manière un peu provocante, ses prises de positions alors que son parti est en crise ont été mal venues. Peu de temps après les élections en Rhénanie-Du-Nord-Westphalie, Roland Koch relance le débat sur la politique budgétaire de l’Allemagne. Pour économiser trois milliards d’euros, le Ministre-président de Hesse propose d’entamer les budgets de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la petite enfance. Son idée est rejetée en bloc, notamment par Angela Merkel qui affirme qu’en temps de crise l’éducation doit rester un secteur prioritaire. Roland Koch nage aussi à contre-courant en politique fiscale. Dans une interview à Focus, il affirme : « nous ne pourront éviter de hausse d’impôts que si nous diminuons nos dépenses publiques ». A cette annonce, Horst Seehofer, président de la CSU s’insurge : « nous devons déjà abandonner l’idée d’une baisse d’impôts pour le moment alors qu’elle est au centre du traité de coalition signé en octobre. Comment Koch peut-il parler de hausse d’impôts ? »

Le bénéfice du doute :
Bien qu’il ne fasse pas consensus, même au sein de son parti, le talent de Roland Koch n’est pas contestable. C’est un excellent orateur et il restera le meilleur adversaire de l’actuelle chancelière qu’il n’a pas hésité à égratigner lors de sa conférence d’adieu : « En ce qui concerne la politique nationale, je m'accorderai la liberté de [m'exprimer contre notre] refus de prendre ou de différer des décisions seulement parce que vous avez peur d'en percevoir l'écho ». L’allusion au recul de l’échéance pour la réforme fiscale n’a échappé à personne. Si Roland Koch évoque « des raisons personnelles et des désaccords avec ses collègues de Hesse et de Berlin » pour justifier son retrait de la scène politique, chacun y va de son hypothèse. Les rumeurs de son désir contrarié de remplacer l’actuel ministre des finances, Wolfgang Schauble (CDU) se refont une santé et sont évoquées comme ce qui pourraient être une des principales causes du départ de Koch. Pourtant, Angela Merkel dément. Elle précise que s’il avait été autrefois un sérieux adversaire pour la chancellerie, il était toujours resté fidèle à son parti et à ses décisions.
Alors que sa carrière connaissait de légères turbulences, sa réputation d’homme « Koch-riace » auraient pu avoir raison d’elles. C’est donc dans une période quelque peu mitigée que le Ministre-président de Hesse et vice-président de la CDU a décidé de couper court à sa carrière politique. Une décision que l’on pourrait mettre sur le compte de sa grande maîtrise de l’art politique de tirer sa révérence avant que ne se dégrade l’engouement qu’on lui porte.
Mathilde Frézouls
25/05/10