L’Electrolore est une musique métisse entre le pire des tubes populaires allemands à tendance folklorique des années cinquante (mais qui sévit encore aujourd’hui parfois) et l’électro.
Son génial inventeur, Alexander Marcus natif de Berlin s’appelle pour de vrai Felix Rennefeld. Avant de devenir Alexander Marcus, il a vécu aux USA où il était producteur de musique House.
Un sourire comme un soleil torride au zénith
Alexander Marcus c’est tout d’abord une esthétique soignée. Des Pantalons roses pâle, des chemises claires et proprettes, des mocassins blancs, un pull pastelle négligemment posé sur les épaules, à l’occasion une cravate, des cheveux gominés et surtout un sourire gibs figé d’une blancheur éclatante : voici l’allure du chanteur idéal de tube, plus vrai que nature, le rêve de toute belle-mère.
A ce look improbable s’ajoute une mascotte : un globe terrestre surnommé « Globi » par l’artiste, sphère incongrue qui l’accompagne dans la plupart de ses apparitions. Il chante, il sourit, et rend son public heureux à l’aide d’une chorégraphie déconcertante, absurde, exécutée avec une dextérité indéniable.
Les textes sont simples mais efficaces. Qu’il chante un sommet gastronomique pour névrosés avec le « Toast Hawaï » (overdose de pain de mie, rondelle d’ananas en conserve et tranche de fromage fondu à hamburger, le tout au micro-onde), un pays idyllique nommé „Papaya“ (clipp tourné dans un lac du Brandebourg, avec ceinture de bananes phalliques), la vie en soi (« Karussell » avec défilé de retraités vomis par un bus clinquant, buffet purée dans un décor de cantine ), une fantasmagorie sur les clichés patriotiques ( « eins, zwei, drei » avec « Lorelei » et uniforme fantaisiste à l’appui) ou un amour de vacances (« Ciao Bella ») c’est l’absurde et le kitsch qui règnent dans une pertinente performance drôlatique et désarmante.
Les mélodies séduisent l‘oreille, avant que le rythme rentre dans la peau.
Siruppeux comme de l’ananas en boite
L’efficacité est énorme. On l’aime ou on le déteste. Mais on est bien obligé de reconnaître qu’il n’est pas donné à tout le monde de nager ou de se gaver d’abjects toasts Hawaï tout en continuant à montrer ses dents dans un sourire éternel.
Il exagère simplement tout. Alexander Marcus dépasse complètement les clichés du chanteur de charme visqueux et illustre le concept de tube médiocre et de la pire musique populaire jusqu’à l’absurde. Mais il ne se situe pas dans une démarche de dénonciation. Il le répète à l’envie dans ses interviews : il n’a pas de message. La dénégation toutefois ne pourrait être qu’une rigoureuse et fidèle incarnation du personnage, le tout au service du vide. Le vide certes, mais un vide jubilatoire. Selon ses dires son seul souhait est donc « que les gens apprécient la musique, dansent et aient du plaisir ». Cependant, ses clips ne sont pas complètement innocents puisque sont évoqués la consommation de drogues, les liens maternels abusifs, le sexe libidineux ou les zone d’ombre du destin d’un chanteur à succès pathétique.
Le succès via Internet
Il le reconnaît volontiers, il doit beaucoup à internet. Sa célébrité vint essentiellement par la plateforme de vidéos en ligne Youtube. La démarche est simple : il écrit ses chansons, tourne les clips et les met en ligne. Au fil du temps, les clips ont été tellement consultés qu’en juin 2008 la sortie de son premier album „Electrolore“ s’imposait. Puis vinrent les tournées, un peu partout en Allemagne. Depuis le 16 octobre 2009 le deuxième album „MEGA“ a paru. Le scabreux et génial Alexander Marcus est en ce moment en tournée. Si comme lui, vous voulez friser le bon goût sans jamais vraiment y sombrer enfilez donc un pantalon rose et offrez-vous en sa compagnie 90 minutes de ridicule assumé et joyeux.