

Dimanche 9 mai ont eu lieu les élections en Rhénanie du Nord Westphalie (NRW). Les résultats étaient à peine connus que déjà la scène politique était ébranlée. Pour la coalition Merkel, c’est la débâcle puisque la majorité à la chambre haute, au Bundesrat est désormais perdue. Victoire au contraire pour les Verts qui réalisent le tour de force de devenir le nouveau parti charnière de l’échiquier politique.


Pour l’union CDU/FDP, les enjeux étaient importants et les résultats sont lourds de conséquences. Il s’agissait avant tout de tester le crédit accordé par les électeurs à la politique du gouvernement fédéral. D’après le Süddeutsche Zeitung, « les grandes attentes des votants du mois de septembre, se sont muées en profondes déceptions au mois de mai ». L’échec est cuisant et les gros titres de la presse allemande pointent l’échec des politiques menées jusqu’alors. Dissensions au sein de la coalition fédérale et crise grecque étouffant le gouvernement : le « roi jaune et noir » est pris à la gorge. Echec et mat pour les Verts qui mettent tout le monde KO. La CDU remporte 34,6% des voix et perd ainsi le Land ; les Libéraux enregistrent leur score le plus bas depuis les élections de septembre avec 6,7% et le SPD ne cesse de perdre du terrain dans ce bastion qui était pourtant le sien avec 34,5% des suffrages. En attendant que le gouvernement reprenne son souffle, deux partis prennent leur envolée, Die Linke qui fait son entrée au Parlement du Land (5,6%) et surtout Les Verts qui réalisent le score historique de 12,1%.

Le vert, l’incontournable couleur de la saison :
Depuis l’annonce des résultats, les tractations politiques ont commencé en vue de dégager une majorité au Parlement. Mais elles ne s’annoncent pas aisées et à en croire la presse allemande, elles pourraient même durer des semaines ! Les spéculations sur les possibles alliances vont bon train, mais une constante se dégage, la présence des Verts en son sein. Parmi les possibles coalitions évoquées, certaines sont plus « vert-semblables » que d’autres. Une association couleur Jamaïque paraît peu probable. Pourquoi les Verts iraient-ils entacher leur image de vainqueurs en se liant aux deux grands perdants, le FDP et la CDU ? D’autant plus que leur campagne tout entière était tournée contre ces deux partis. Une des autres combinaisons envisagées est la Ampelkoalition. Afin de ne pas rester sur la touche et de se démarquer de la CDU et de son échec retentissant, les libéraux tentent de pactiser avec les sociaux-démocrates et les verts. Si cette solution a pu apparaître comme plausible, elle perd petit à petit de sa crédibilité. La raison ? Le scepticisme des Verts quant à une entente avec les Libéraux. Si au départ, Sylvia Löhrmann, candidate des Verts, a pu se laisser approcher, elle fait désormais la fine bouche et n’hésite pas à rappeler au candidat du FDP, Andreas Pinkwert, sa défaite : « il est surprenant de voir un perdant dicter aux vainqueurs avec quels partis il convient de négocier ». Le parti Die Grüne ne veut se voir refuser aucune possibilité d’alliance, notamment une coalition avec le SDP et Die Linke. C’est cette attitude qui a entraîné la rupture entre libéraux et verts et qui rend désormais la « formation tricolore » improbable. La stratégie de Sylvia Löhrmann et de son parti est de miser sur une majorité à trois têtes (rouge-vert-rouge) avec les sociaux-démocrates et les rouges de Die Linke. « Cette coalition des classes moyennes seraient aisément gouvernable, malgré nos dissensions avec Die Linke ou le SPD », explique la tête de liste du parti. Ce qu’il est surtout intéressant de constater, c’est le « beau rôle » que donnerait aux Verts une telle union, le rôle de la raison qui trancherait lorsque les deux autres voient rouge.

Un Land qui se met aux Verts :
Avec leurs vingt-trois sièges, les Verts sont au centre des négociations. Sylvia Löhrmann se dit très satisfaite du score qui va lui permettre d’imposer certaines revendications défendues par son parti. La victoire a été d’autant plus grande dimanche que leurs ennemis de campagne, la CDU et le FDP ont été désavoués par les électeurs. Nature et éducation ont été les éléments moteurs de la bataille pour les Verts. Dans l’affiche s’attaquant aux libéraux, le slogan fait référence à la politique si peu écologique du FDP. Au niveau fédéral de forts antagonismes s’étaient déjà faits sentir sur cette question du maintient de la fermeture progressive de toutes les centrales du pays à laquelle s’oppose le parti d’Andreas Pinkwert. La Rhénanie-Du-Nord-Westphalie étant le cœur énergétique du pays, les problématiques relevant du sujet sont capitales, tant du point de vue écologique qu’économique. Pour les Verts, il est nécessaire d’opérer une reconversion du Land vers des énergies propres et renouvelables, ce à quoi s’opposent les Libéraux pour lesquels il convient d’utiliser les structures existantes ainsi que les ressources naturelles présentes telles que le charbon. De ce duel, les Verts sortiront sans doute vainqueurs, leur nouveau poids politique faisant pencher la balance en leur faveur.

Second cheval de bataille lors de cette campagne, l’éducation. Là encore, les Verts pourraient réussir à imposer leur vision des choses, d’autant plus s’ils s’allient au SPD qui partage leurs idées sur la question. Alors que la CDU est favorable au maintien du système scolaire actuel, les Verts défendent une école plus moderne. En Allemagne, l’orientation des élèves se fait précocement. Un peu trop pour certains politiques qui estiment que vers 9 ans, les choses sont loin d’être déterminées. Afin d’augmenter l’égalité des chances et d’activer l’ascenseur social qu’est l’école, Verts et SPD souhaitent que l’orientation n’ait lieu que plus tard dans la scolarité. « A, B, CDU, raus bist du ! » scandent les affiches. Ici aussi, le clin d’œil fait à la tentative de réforme du système éducatif opéré par le gouvernement fédéral est évident.

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 Affiches pour la campagne de 2010
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« Macht mehr möglich » (faire le plus possible), est le leitmotiv choisi par les Verts. Présent sur chacune des affiches, ce slogan ne manque pas de piquant. Sous-titrant les annonces prenant à parti la CDU et le FDP, ils notent, non sans cynisme, que l’ancienne majorité à la tête du Land n’a pas pleinement rempli son rôle. Par opposition, les Verts se présentent comme ceux qui sauront faire bouger les choses. S’ils se présentent comme l’alternative aux partis de masse et surtout comme la solution aux blocages politiques existants, seront-ils en mesure de tenir leurs engagements ? Un parcours du genre de celui du FDP n’est pas à exclure, lorsqu’on monte très haut, la chute peut être douloureuse.

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 Une coalition Rouge-Rouge-Verte ?
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Wer sind « les Verts » ?
D’improbables tractations avec le FDP, une possible alliance avec la CDU car « plutôt un gouvernement Noir et Vert que de gouverner avec le FDP » comme on a pu si souvent l’entendre pendant la campagne, une union avec le SPD loin d’être une évidence : les Verts auraient-ils retournés leur veste en cour de route ? A la veille des élections, Gilbert Casasus, professeur à l’université de Fribourg expliquait à Marianne2 le virage à droite opéré par le parti Die Grüne. La question se pose. Situé dans la branche radicale de la gauche à ses débuts activistes dans les années soixante-dix, la question se pose de savoir s’il ne serait pas désormais centre-droit. S’il on s’appuie sur les exemples de Hambourg depuis 2008 et de la Sarre depuis 2009, il apparaît que les alliances entre Verts et CDU sont de l’ordre du réalisable. Pour le professeur Casasus, une telle évolution se comprend au regard de la crise traversée par les partis de gauche qui cherchent tous à redéfinir leur identité. Mais pour lui, cette nouvelle tendance des Verts pourrait les conduire à perdre leur spécificité. En acceptant le dialogue avec tous les partis depuis l’annonce des résultats, les Verts mettent en péril leur caractère fort et critique à la faveur de leur désir de gouverner. En se pliant aux règles de la gouvernance, le « parti rebelle perd » de sa force originelle. Leur approbation de l’intervention militaire de l’Allemagne en Afghanistan a, par exemple, achevé leur pacifisme d’antan. Pourtant pour Gilbert Casasus, il serait faux de nier une identité typiquement verte. Pour lui, la grande force du parti est « d’avoir reconnu à temps les défis de nos société contemporaines ». Encore faudra-t-il réussir à y apporter des solutions concrètes.
En Rhénanie-Du-Nord-Westphalie, rien n’est encore joué quant à la majorité qui gouvernera le Land. Si les Verts semblent avoir une longueur d’avance sur leurs rivaux libéraux, les alliances sont loin d’être formées et CDU et SPD sont bien décidés à ne pas se laisser mener à la baguette. Pas sûr qu’avec leurs salades, les Verts se taillent la belle place dans cette cage aux lions.
Mathilde Frézouls
12/05/10