Avec plus de 500 blessés dont 273 policiers, et 189 arrestations, la fête du travail de 2009 avait marqué le retour d'une violence disparue depuis 2001. Sachant que se déroulerait cette année, en plus des manifestations habituelles, une marche néonazie sensée regrouper entre 1000 et 3000 extrémistes de droite, les autorités avaient de quoi redouter le cru 2010. Fort heureusement, pour une bringue de 30 000 personnes, la réalité a été toute autre, et le programme des réjouissances s'est déroulé sans incidents majeurs.
Manifestants d'extrême droite, Photo Daniel Gollasch
Pas de printemps pour les Nazis!
Telle est la punition qu'ont décidé d'infliger avec succès les mouvements d'extrême gauche aux néonazis venus pour défiler dans le Nord de la capitale. Samedi aux alentours de 9h, des groupes antifa ainsi que d'autres participants de tous âges se sont retrouvés à Alexanderplatz (pour les berlinois de l'Ouest) et à Ostkreuz (pour ceux de l'Est) afin de remonter vers Pankow et stopper la marche des extrémistes de droite. La contre-manifestation réunissant environ 10 000 personnes, s'est déroulée dans une ambiance plutôt sereine entre sitting musical et bambins gambadant, un ballon vert à la main portant l'inscription "Kein platz für Nazis". Ces derniers n'ont pu défiler que dans une infime partie de la Bornholmer Straße se retrouvant sans cesse bloqués ou retardés par les contre-manifestants.
Les parlementaires Wolfgang Wieland et Wolfgang Thierse, Photo Daniel Gollasch
Wolfgang Thierse (SPD), vice président du Bundestag a participé à l'un des blocages pour finalement se retrouver évacué comme les autres par les autorités chargées de permettre la marche. Les partisans d'extrême droite avaient obtenu l'autorisation de la ville de défiler dans le quartier de Pankow. Par conséquent, la contre-manifestation visant à les en empêcher était toute à fait illégal. La présence du vice président du Parlement a donc fait polémique. "En principe, un parlementaire combat avec des mots dans le parlement et pas sur la route contre la police », a déclaré le premier secrétaire de la CSU, Stefan Müller. Le ministère public de Berlin examine actuellement le cas de M. Thierse, afin de savoir si son comportement peut être qualifié de délictuel.
Contre-manifestants en famille à leur fenêtre, Photo Baillard Perle
Les blocus étaient situés aux endroits stratégiques de passage et les antifa s'étaient également disposés sur les toits le long du tracé du cortège. Une présence policière massive, entre 6 000 et 7 000 policiers venus de tout le pays, avait été dépêchés dans la capitale pour assurer la sécurité. Originellement prévue à 11h, la marche des extrêmistes de droite n'a donc pas pu se dérouler car les forces de l'ordre redoutaient une confrontation directe entre les deux mouvements. Il n'était pas envisageable d'utiliser la violence face à des manifestants non-violents or, afin de permettre aux néonazis de manifester, il aurait fallu évacuer 10 000 bloqueurs, ce que la Police était dans l'incapacité matérielle de faire. Les 700 néonazis qui s'étaient déplacés ont donc fait demi-tour et se sont dispersés en fin d'après-midi sous les "Aufwiedersehen" joyeux de leurs opposants. Un groupe de 286 néonazis a bien tenté de marcher dans un autre quartier de Berlin, sur le très fréquenté Ku'damm de Charlottenburg, à l'Ouest de la cité, mais ce rassemblement n'étant pas autorisé, la police s'est sentie libre de tous les interpeller.
Promenons nous dans la rue...
Concert à ciel ouvert au Görlitzer Park (quartier de Kreuzberg) Photo Hugues Le Chevallier
Le reste de la ville et particulièrement les quartiers de Kreuzberg et Friedrichschain connaissaient quant à eux les bruyantes festivités de la Myfest. Les rues habituellement réservées à la circulation se sont retrouvées l'espace d'une journée livrées à un désordre festif. Concerts sauvages dans les parcs, barbecues ou stands de Kebab le long des trottoirs et bien entendu, musique et danse à tous les coins de rue. Par ailleurs, dès la fin de l'après-midi la manifestation révolutionnaire de Kreuzberg a également eut lieu, afin d'honorer la "tradition" instaurée depuis 1987 et de s'opposer au système capitaliste tout en se défoulant accessoirement, plus tard dans la soirée, sur les forces de police. Insultes, sifflets, jets de pierres, de bouteilles, les deux camps se sont livrés à des intimidations sans se laisser aller à franchir la limite de l'émeute.
Carrefour Oranienstraße / Adalbertsraße vers 3h du matin (Quartier de Kreuzberg), Photo Hugues Le Chevallier
Si l'on cumule les événements de la journée, le bilan peut sembler bénin comparé aux années précédentes:
Dans le reste du pays, environ 484 000 personnes ont pris part aux 440 diverses manifestations organisées ce jour là. A Erfurt, où le leader du parti NDP (extrême droite) Udo Voigt était présent, 400 personnes ont retardé la manifestation d'extrême droite prévue. A Rostock, 600 contre-manifestants s'étaient mobilisés contre 500 membres du même parti NPD. Dans le sud de la Bavière, à Schweinwurt où 850 néonazis ont défilé, 700 contre-manifestants les attendaient le long du cortège. La mobilisation générale a été plutôt forte sans pour autant entraîner d'incidents conséquents. Motifs politiques, rites révolutionnaires, le premier mai en Allemagne n'est décidément jamais anodin.