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 Touristes à Charlottenburg
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Des vacances à bas prix ? Berlin, la ville tout indiquée ? Plus si sûr. Les touristes pourraient bientôt avoir la mauvaise surprise de payer un supplément pour toute nuit passée dans certains quartiers de la capitale. Alors que les débats sont clos à Kreuzberg-Friedrichshain, ils restent polémiques à l’assemblée de Charlottenburg-Wilhelmsdorf où ils seraient susceptibles de donner naissance à une Kurtaxe (taxe de séjour) de 2,50€ par jour. Mais à trop tirer sur le filon touristique, les politiques ne prennent-ils pas le risque de briser le charme « pauvre et sexy » de la ville ?

L’idée de la city-tax avait déjà été abordée par le parlement de l’arrondissement de Kreuzberg-Fridrichshain au début en mars 2010. Grâce aux voix des Verts et du SPD, la motion avait été adoptée à la majorité. Pourtant pour être applicable, la mesure doit être ratifiée par le Sénat de la ville de Berlin. Bien que Charlottenburg-Wilhelmsdorf soit le second district à opter pour cette Kurtaxe, nombre de politiques, notamment FDP, Linke et CDU, sont sceptiques quant à l’idée de faire payer le touriste pour renflouer les caisses de la ville. Pour leur défense, les partisans de cette disposition arguent de l’instauration d’une taxe de séjour similaire dans de grandes métropoles touristiques telles Vienne, Weimar, Zürich ou encore des villes balnéaires. Concernant la Kurtaxe les avis sont loin d’être unanimes et les débats sont d’autant plus vifs que l’on interroge les principaux intéressés : touristes et hôteliers.

Un symbole qui coûte cher :
« C’est un acte symbolique » explique Nicole Ludwig, présidente de la fraction des Verts à l’assemblée de députés de l’arrondissement Charlottenburg-Wilhelmsdorf. Selon elle, si la Kurtaxe était adoptée, les sommes collectées seraient réinvesties pour la préservation de l’image verte de la ville ainsi que pour le soutien de la vie culturelle. Le quartier reprend donc le principe abordé par la K(ult)urtaxe de son voisin Kreuzberg-Friedrichshain. Ce qui se passe ailleurs est l’argument central des avocats de la mesure. Pour eux, l’introduction d’une telle taxe n’a en aucun cas affectée la fréquentation touristique à Amsterdam, Zürich ou Vienne. Peter Beckers (SPD), élu à Kreuzberg-Friedrichshain souligne : « les touristes bénéficient des mêmes infrastructures que les berlinois qui eux participent déjà à leur entretient par le biais de leurs impôts. Pourquoi les touristes ne feraient-ils par de même ? » Selon ce raisonnement, la culture est un domaine qui repose en grande partie sur des subventions publiques et proposer une offre large et variée nécessite des fonds importants, d’où la demande de participation de tout les bénéficiaires. Seulement, cette mesure pourrait s’avérer fatale pour l’industrie du tourisme, pourtant si lucrative dans la capitale allemande. C’est le point essentiel que souligne Berlin Tourismus Marketing (BTM) GmbH, le syndicat du tourisme, dans un communiqué. L’hôtellerie n’est pas le seul secteur de la ville à bénéficier de l’afflux de vacanciers. La gastronomie, les congrès ou encore les transports pourraient souffrir d’une diminution des flux de visiteurs. Avec une telle mesure, Berlin pourrait perdre ce qui la rend si attrayante : ses nuits à bas prix.

Taxer peut rapporter gros :
Selon les Verts, à l’initiative de la Kurtaxe, la ville pourrait gagner près de quarante millions d’euros qui bénéficieraient à l’aménagement de pistes cyclables, à l’entretient des espaces verts,… L’objectif annoncé est de faire participer chacun pour rendre la ville plus agréable. Il s’agit d’un vieil idéal de sauvegarder la « Berlin verte », et ce sans faire appel à l’argent d’entrepreneurs qui lorgnent notamment sur les berges de la Spree. Lorsqu’il s’agit de faire face aux éventuels boycotts des touristes, les défenseurs de cette « taxe des lits » annoncent fièrement les chiffres concernant la ville de Weimar. Introduit en 2003, cet impôt a rapporté à la ville 504 000€ pour l’année 2005. Depuis, d’autres villes se sont risquées dans l’aventure. A Cologne où la municipalité est aussi dirigée par une coalition rouge-verte (SPD-Vert), un système de cinquante centimes d’euros par lit et par nuit a été adopté au mois de mars 2010. Il a principalement été perçu comme une compensation des avantages obtenus par les hôteliers suite à la baisse de la TVA en janvier. Pour les villes endettées, cette dernière est apparue comme une aubaine. L’occasion rêvée de renflouer les caisses. Dans le cas de Cologne, la municipalité espère gagner la modique somme de trente millions d’euros pour faire face à son petit déficit de cinq cent millions d’euros. Une bagatelle qui serait peu à peu remboursée par les touristes ? « Nenni » répondent les Verts très confiants quant à l’adoption de cette mesure par le Sénat de Berlin. Nicole Ludwig souligne : « cette mesure servirait à financer la gratuité des musées ou encore à diminuer les prix de certains concerts. » Bien que l’idée de l’usager-payeur soit politiquement intéressante, elle pourrait être économiquement invivable pour une ville aussi dépendante du tourisme.

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 Auberge de jeunesse à Friedrichshain
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Un pari risqué :
Bien que l’enthousiasme des députés verts soit à son comble, il est loin d’être partagé par tout le monde, tant du côté des élus que de celui des hôteliers. Ainsi, Frank Hägere, directeur du Plaza Hotel explique au Morgenpost : « cette mesure est un mauvais signal politique. Alors que la baisse de la TVA devait se répercuter sur nos prix, la Kurtaxe nous en empêche. Elle est contreproductive. » Si les hôtels de luxe s’opposent à la mesure pour le principe, ce sont surtout les petites pensions et auberges de jeunesse qui risquent de souffrir d’une telle initiative. Au regard de certains tarifs pratiqués, à Berlin, dans le quartier de Charlottenburg-Wihlelmsdorf, la Kurtaxe pourrait introduire une hausse de 25% du prix de la nuit pour un lit en dortoir ! A la CDU et au FDP, c’est le principal argument invoqué pour dénoncer cette mesure qui annule en partie les gains offerts par le gouvernement fédéral aux hôteliers. Du côté des touristes-consommateurs à bas prix, les discours semblent rejoindre ceux de l’opposition à la city-tax. La plupart des visiteurs à petits budgets avouent que lorsque leur choix se porte sur tel ou telle auberge de jeunesse, le critère du prix est important. De quoi confirmer l’inquiétude des hôteliers ?
Mathilde Frézouls
4/05/10