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 Les célèbres marches de Cannes
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La traditionnelle montée des marches marquant le début du plus prestigieux festival de cinéma aura lieu le 12 mai prochain, à Cannes. Les listes des membres du jury présidé par Tim Burton ainsi que celle des films en compétition sont d’ores et déjà disponibles. Cependant, on n’y lit aucun nom allemand. Surprise amère pour un pays dont la nouvelle génération de réalisateurs est si souvent applaudie. Mais, l’honneur est sauf grâce aux films coproduits par l’Allemagne. Le nouvel Hollywood serait-il allemand ?

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 Volker Schlöndorff, premier réalisateur allemand à décrocher la Palme d'Or
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Depuis sa création, le Festival de Cannes apparaît comme le baromètre du cinéma. C’est à Cannes, en 1966, que le « Jeune cinéma allemand » se fait connaître et rencontre son premier succès critique avec Der junge Törless (Les Désarrois de l'élève Törless) de Volker Schlöndorff. En 1979, Die Blechtrommel (Le Tambour) du même Volker Schlöndorff et inspiré du roman de Günther Grass remporte la première Palme d’Or de l’histoire du cinéma allemand. Suivra celle de Wim Wenders pour son Paris, Texas en 1984. Depuis lors, les réalisations allemandes ont raflé nombre de prix dont celui de la mise en scène en 1987 pour le brillant Der Himmel über Berlin (les ailes du désir) de Wim Wenders. C’est en 2007 que la dernière production allemande, Auf der anderen Seite (De l’autre côté) de Fatih Akin, remporte la Palme d’Or. Cependant, en coproduisant Der weisse Band (Le Ruban Blanc) de Michael Haneke, l’Allemagne a encore fait parler d’elle lors de la soixante-deuxième édition du festival en 2009 en décrochant le prix suprême. Ce dernier semble d’ailleurs annoncer le nouveau domaine d’excellence de la République Fédérale : la production de films.

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 Inglorious Basterds, Quentin Tarantino
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Une politique du film :
De part son histoire, l’Allemagne se révèle être terre de production. Dès les années vingt, les studios Babelsberg sont parmi les plus grands du monde et vont voir prendre forme des chefs d’œuvre du septième art dont Metropolis de Fritz Lang. En outre, jusqu’en 1945, Universum Film AG était une des plus grandes sociétés de production du cinéma au monde. Aujourd’hui, grâce à des impulsions politiques, l’Allemagne renoue avec son passé de grand pays du cinéma. Depuis le 1er janvier 2007 existe le DFFF (Deutscher Filmforderung : le fonds de promotion du film). Soutenu par Bern Neumann, ministre délégué à la culture et aux médias, ce fonds accordé sur critères permet de rembourser entre 16% et 20% des frais de production. En mai 2007, Monsieur Neumann s’était alors rendu sur la Croisette pour faire valoir la nouvelle attractivité de son pays en tant que site de production notamment pour les producteurs, notamment ceux tournés vers l’international. C’est en effet un des objectifs que s’est fixé le DFFF que d’attirer des cinéastes étrangers pour améliorer le contexte économique allemand. Mais il s’agit aussi de préserver la compétitivité internationale des entrepreneurs et de promouvoir un environnement favorable à la production cinématographique. Si l’on se penche sur les chiffres officiels, il semble que les finalités ont été atteintes. Depuis sa création, ce sont quelques 302 films, films d’animation et documentaires qui ont été soutenus par le DFFF pour un montant total qui dépasse le milliard d’euros. Certains succès internationaux dont Inglorious Basterds de Quentin Tarantino ou Der Vorleser (Le liseur) de Stephen Daldry ont bénéficié de ces subventions allemandes. A ce propos, le réalisateur autrichien Michael Haneke a reconnu avoir pris en compte l’argument économique de l’Allemagne pour déterminer son lieu de tournage pour son dernier long métrage. Dans le milieu du cinéma, il semble qu’un sous soit un sous.

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 Angela Merkel lors de sa visite en Californie
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Business is business :
Le récent voyage de la chancelière dans les terres légendaires du cinéma, à Hollywood confirme la réussite du pays dans le domaine de la production. En avril 2010, Angela Merkel a effectué sa première visite officielle en Californie. Pour l’occasion, elle s’est évidemment rendue dans la ville de Los Angeles qui abrite les plus grandes maisons de production du monde. A l’origine, la chancelière devait observer le contexte dans lequel peut se développer un tel dynamisme économique. Dès son arrivée, elle s’est rendu à un repas officiel organisé pour elle par le maire de la ville des stars, auquel étaient conviées des personnalités de la profession, allemandes et américaines. Suite à cette visite, selon le site du Bundesregierung de nombreuses coopérations devraient voir le jour. Les sociétés de productions allemandes semblent plus dynamiques que jamais et seront d’ailleurs présentes sur la Croisette début mai. Trois coproductions allemandes apparaissent dans la sélection officielle. You, My Joy du réalisateur ukrainien Sergei Lognitsa a été coproduit par une société basée à Leizig, Ma.Ja.De Filmproduktion ; le film de Mathieu Almaric, Tournée a, quant à lui reçu le soutien de Neue Mediapolis Filmproduktion et enfin, Uncle Boonmee who can recall his past lives du thaïlandais Aipichatong Weerasethakul a en partie été produit par deux sociétés allemandes. Ces trois partenariats soulignent à quel point l’Allemagne est devenue attractive pour les réalisateurs. Les producteurs-hommes d’affaire ne sont plus l’apanage des américains. La carrière de Bernd Eichinger en témoigne : vendredi 23 avril, il a en effet, reçu à ce titre le Prix d’honneur du cinéma allemand. Principalement producteur, mais aussi scénariste et réalisateur à l’occasion, il fonde sa société Solaris Film dans les années soixante-dix. Dès ses débuts il collabore avec des grands noms tels Wim Wenders. En 1979, il achète des parts du groupe Constantin Film Produktion et devient « Le producteur allemand ». Parmi les succès qu’il a sortis on peut citer Christiane F. d’Uli Edel en 1981 ou encore le Parfum de Tom Tykwer.

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 The Ghost Writer, Roman Polanski
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Et le cinéma d’auteur ?
Si l’Allemagne est devenu un site très attractif dans le domaine de l’industrie cinématographique, ce n’est pas sans déplaire. Bien que les retombées soient favorables à l’économie nationale, certains désapprouvent ce « tout économique ». A la suite de la conférence de presse dévoilant les noms des membres du jury et les premiers films sélectionnés à Cannes, le Spiegel s’est offusqué de l’absence d’allemands des deux côtés de l’écran. Si l’on porte un regard rétrospectif sur la Berlinale 2010, il apparaît que les critiques n’ont pas été tendres avec les films allemands en compétition. Doit-on en déduire que le cinéma 2010 ne sera pas allemand ? Les sélections pour Cannes semblent aller dans ce sens. L’avenir du cinéma allemand serait-il dans la production de films ? Lauréat de la 60ème Berlinale, The Ghost Writer de Roman Polanski, Ours d’argent de la mise en scène et coproduction allemande est peut-être un élément de réponse.
Mathilde Frézouls
23/04/10