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 Conseil européen 11 février 2010
Angela Merkel, Georges Papandreou et Nicolas Sarkozy
© Présidence de la République-A.Arraou
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« J’ai le sentiment d’être un peu chez moi ! ». Un regard charmeur, une démarche assurée, un léger sourire en coin ! Le Premier Ministre français François Fillon suscite le rire parmi les étudiants au sein de l’Audimax, le célèbre amphithéâtre de l’université Humboldt de Berlin. Avant de prononcer son discours sur la croissance dans l’Union européenne, le chef du gouvernement s’improvise professeur d’histoire en rappelant les origines du célèbre philosophe et fondateur de la prestigieuse université Alexander von Humboldt, dont la mère Marie-Élisabeth Colomb était française. Il n’en faudra pas beaucoup plus pour attirer l’attention de l’auditoire.

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 Conférence de presse du 10 mars 2010 à Berlin
François Fillon et Angela Merkel
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Une heure plus tard, il lui faudra déployer davantage de moyens pour convaincre la chancelière allemande Angela Merkel. Mercredi 10 mars, le président de la République française Nicolas Sarkozy avait envoyé son bouclier en mission de reconnaissance à Berlin suite au désaccord entre la France et l’Allemagne sur la question de la crise grecque. Angela Merkel s’opposait alors à une aide financière directe à la Grèce, handicapée par un déficit sans précédent dans l’histoire de l’Union européenne. Baisse de l’euro, tractations européennes, fermeté puis concession allemande, au final accord : retour sur un mois de scène de ménage au sein de l’Union européenne et du couple franco-allemand.
Les premières tentatives de sauvetage
Début février, la bombe est lâchée sur les places financières. Le gouvernement grec publie le montant de son endettement : 300 milliards, soit 113% du Produit intérieur brut (PIB) en 2009. Un chiffre colossal, si on le compare à l’endettement de la France et l’Allemagne qui atteint respectivement 77,6% et 73,2% de leur PIB en 2009, alors que le pacte de stabilité et de croissance du Traité de Maastricht fixe la limite à 60%. Le problème quand on est uni c’est qu’on l’est pour le meilleur et pour le pire. Les seize membres de l’Eurogroupe, liés par une devise commune, n’échappent pas à la règle. Une monnaie fluctue en fonction des spéculations sur les différentes places financières et donc de la santé des finances publiques d’un Etat. Résultat : la valeur de l’euro baisse subitement…

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 Conseil européen du 11 février 2010
© Présidence de la République
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…et c’est la panique à bord du bateau européen ! Il faut redonner confiance aux spéculateurs. Ainsi, l’annonce du plan de sauvetage européen le 11 février les a rassurés et l’euro recommençait à se stabiliser à 1,378 dollar le lendemain. Certes, la Grèce ne représente que 3% du PIB de l’ensemble de l’Union européenne et n’aurait donc, à elle-seule, pu provoquer le naufrage de la zone Euro. En revanche, elle pouvait provoquer un effet ricochet ouvrant une brèche, dans laquelle auraient pu se faufiler les pays du PIGS- sigle donné au Portugal, à l'Italie, l'Irlande, la Grèce et l'Espagne (Spain)- dont les économies subissent également un endettement incontrôlé.
La recherche des coupables : « Club Med » grec versus incompétence de l’UE
Après l’adoption du plan de sauvetage d’urgence à destination de la Grèce, l’heure des bilans sonne. L’UE cherche les explications au déclenchement de la crise mais aussi les responsables. Le premier cité à comparaître est aussi la victime : l’état hellénique. En effet, sa réputation de « Club Med » la précède, la Grèce ne se distingue pas par sa rigueur budgétaire. La chancelière allemande voulait donc guérir le mal grec à sa source : assainir les finances helléniques et contraindre le premier ministre Papandreou à suivre un programme de réformes et d’austérité dans son pays. Celui-ci s’est dit déterminé : « Nous sommes prêts à prendre toutes les mesures nécessaires afin d’être sûrs que soit atteint notre objectif de réduire notre déficit de quatre points en 2010 à 8,7% ».
Les chefs d’Etat et de gouvernement s’en sont alors pris à l’Union. La crise budgétaire grecque fait ressortir les limites de l’Union et son incapacité à agir dans une telle situation. Au fur et à mesure de la construction européenne, les états membres n’ont cessé de transférer des compétences vitales à l’UE, notamment monétaires. Tout se passe relativement bien, jusqu’à ce qu’un Etat ne respecte plus les règles fixées initialement. Il n’existe alors aucun mécanisme pour contraindre le pays à se remettre sur les rails. Le mal est donc plus profond selon le Président européen Herman von Rompuy « les récents développements dans la zone euro soulignent l’urgence de renforcer notre gouvernance ». Nicolas Sarkozy, lui, lance le concept d’un « gouvernement économique européen », idée à laquelle Angela Merkel reste hostile.

Les racines allemandes de la crise grecque
Rebondissement dans le procès du mal grec : Berlin est appelé à la barre. Deuxième exportateur mondial après la Chine, première économie de l’UE, l’Allemagne a mené une politique de réduction des coûts de travail et de dumping fiscal, établissant une relation asymétrique avec ses voisins devenus moins concurrentiels. En parallèle, les ménages allemands consomment peu, ce qui freine les importations des autres membres de l’Union européenne. La ministre française de l’économie, Christine Lagarde, se découvre alors des qualités d’avocat général. Dans une interview publiée le lundi 15 mars par le quotidien économique Financial Times, Christine Lagarde critiquait ouvertement la politique économique de l’Allemagne, « Je ne suis pas sûre que ce soit un modèle viable à long terme et pour l'ensemble du groupe » (Eurogroupe).
La chancelière allemande se retrouve ainsi accusée de faire passer ses intérêts nationaux avant ceux de l’UE, dès lors qu’elle se sent menacée chez elle. Les contribuables allemands refusent de payer une dette qui n’est pas la leur : 78% d’entre eux s’opposent au financement de la crise grecque par l’Allemagne, le taux le plus élevé de ce sondage réalisé pour le compte de Fondapol (Fondation pour l’innovation politique). Les français, par exemple, ne sont que 47% à être défavorables à une aide à la Grèce. Alors avec des élections régionales décisives en Rhénanie Westphalie du Nord le 9 mai prochain, Angela Merkel, dans une position délicate, plaide le pragmatisme. Sauf que le 17 mars devant son parlement, elle va jusqu’à lancer l’idée d'une exclusion d'un Etat de la zone euro. C’en est trop pour les membres de l’Eurogroupe. La solidarité et la crédibilité de l’Union européenne entière se retrouvent publiquement en danger.
L’adoption du plan de sauvetage : entre rigueur allemande et solidarité française
Retournement de situation : Angela Merkel est consciente qu’elle est allée trop loin en parlant d’exclusion mais tient bon, seule contre tous, le cap de la rigueur contre celui de la solidarité dans ses négociations avec Nicolas Sarkozy. Le 25 mars, les pays de l’Eurogroupe s’accordent finalement sur un plan essentiellement conçu par l’Allemagne et la France, représentant à eux deux la moitié de la richesse de la zone Euro. La chancelière, surnommée depuis la « dame de plomb », a imposé sa volonté d’une intervention du FMI (Fond Monétaire Internationale). Pendant plusieurs semaines, elle insistait pour que les prêts à la Grèce ne soient issus que de l’institution financière internationale, une idée rejetée en bloc par le président français, qui faisait renaître les vieilles craintes gaulliennes d’une ingérence d’une institution financière, dans laquelle les Etats-Unis ont un pouvoir non négligeable. Au final : deux tiers des prêts seront accordés par les membres de la zone euro, un tiers par le FMI.
Ce compromis franco-allemand ne vise pas à renflouer les caisses de la Grèce, mais de lui donner la possibilité d’emprunter à des taux « raisonnables ». En effet, les spéculateurs, sceptiques quant à la capacité de remboursement des prêts par la Grèce, n’investissaient plus dans les titres grecs. Cette méfiance des marchés n’a fait qu’augmenter le taux d’intérêt, et en raison de ces taux punitifs exorbitants, la Grèce n’était alors plus en mesure d’emprunter et donc de financer son endettement. De plus, le président de la Banque centrale européenne (BCE), Jean Claude Trichet, soulignait la nature préventive de l’accord. Il ne sera déclenché qu’en dernier ressort, si la Grèce ne peut plus emprunter. La raison première de ce plan est donc de montrer la solidarité de l’Eurogroupe et d’ainsi rassurer les marchés financiers sur la disponibilité de l’Europe à aider la Grèce pour les inciter à réinvestir.
La concrétisation et le déclenchement du plan
Mais les spéculateurs, loin d’être naïfs, ne se contentent pas des belles paroles politiciennes et jugent l’accord du 25 mars trop peu concret pour être crédible. Les ministres des finances de l’UE, la Commission européenne et la BCE se réunissent alors exceptionnellement le dimanche 11 avril en vue de rendre le plan de sauvetage opérationnel. Au final, ils s’accordent sur un montant de 30 milliards d’euro de prêt des membres de zone Euro dans le cadre de prêts bilatéraux. L’Allemagne serait le plus gros contributeur – à hauteur de 8,4 milliards d’euro - si la Grèce venait à déclencher le plan. Le taux d’intérêt préférentiel retenu est de 5%, soit nettement moins que le taux punitif du marché de 7,5%, voir parfois de 9%. Le FMI, lui, accorde un prêt de 15 milliards d’euro, dont le taux d’intérêt reste encore inconnu.
Vendredi 23 avril : la Grèce abdique et déclenche le plan de sauvetage. L’état hellénique se retrouve dans la situation très délicate de devoir faire rapidement face aux obligations des créanciers. Rien que pour l’année 2010, elle doit rembourser une dette arrivée à échéance de 50 milliards d’euro, 11 milliards avant fin mai. La décision d’activer l’aide de l’UE et du FMI fait suite à l'annonce de la révision du déficit grec par Eurostat. La rumeur courait dans les quotidiens grecs, elle a était confirmée par l’institut de statistique européen : le déficit grec s’élève à 13,6 % du PIB, et non à 12,9 %. Après l’activation de la sonnette d’alarme par la Grèce, la BCE et la Commission européenne doivent étudier si la requête est justifiée. Ensuite, en fonction des lois des pays de l’Eurogroupe, les prêts bilatéraux devront être étudiés dans les parlements nationaux. L’Allemagne s’est d’ores et déjà montrée prudente, elle veut un programme d’austérité financière et n’est « pas prête à faire un chèque en blanc à la Grèce » a prévenu le ministre allemand des affaires étrangères Guido Westerwelle. Du côté du FMI, Dominique Strauss Kahn, directeur général du FMI, a promis de répondre rapidement à la Grèce alors que l’institution se targuait de pouvoir débloquer les fonds dans les heures suivant le déclenchement du plan. Mais ces propos avaient été tenus alors que le versement des prêts restait hypothétique. La réalité est maintenant tout autre.

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 Caricature AgoraVox
29 mars 2010
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La crise grecque a marqué le retour du couple franco-allemand comme moteur de l’intégration européenne, bien qu’ayant pris quelques rides depuis la convivialité schrödo-chiraquienne. Des élans d’affections publics comme l’invitation de Christine Lagarde au conseil des ministres allemand le 31 mars - possibilité donnée depuis le dernier sommet franco-allemand à un ministre d'assister individuellement à la réunion du gouvernement du pays partenaire - sont la démonstration médiatique de l’idylle franco-allemande… jusqu’à ce que la prochaine scène de ménage éclate. Jean-Paul Fitoussi, président de l’OFCE, craint que l’existence même d’un plan de sauvetage incluant le FMI puisse faire des économies fragiles comme l’Espagne et le Portugal les prochaines cibles des spéculateurs. En effet, le FMI qui s’adresse essentiellement aux pays en développement, n’est intervenu qu’une seule fois au sein de l’Union européenne, c’était en 1976 en faveur du Royaume-Uni. La participation du FMI, tant redoutée au début de la crise, est une preuve du manque de solidarité de l’Europe estime M. Fitoussi. La gestion de la crise hellénique, première épreuve cruciale de l’Eurogroupe, de l’UE donc aussi, est le gage de la crédibilité et de la stabilité de la zone monétaire commune, qui ne pourront être assurées qu’à long terme. Affaire définitivement à suivre …
Maud Koetschet, Mathieu Poinsot et Gaëlle Schwaller
23.04.2010 (Mise à jour le 26.04.2010)