L’une a été révélée sur les écrans, l’autre sur nos platines. Elle joue la comédie, lui de la musique. Cinéma indie américain pour Zooey Deschanel, indie-folk pour M. Ward. Chacun aurait pu continuer son petit bonhomme de chemin. Mais heureusement, ils se sont rencontrés et forment depuis le duo She & Him. En concert le 30 avril au Lido de Berlin.
Mais qu’est ce qu’elles ont toutes ces actrices à pousser la chansonnette ? Sous prétexte qu’on a un filet de voix atypique peut-on se permettre de sortir un disque ? Nous ne citerons aucun nom en particulier, mais n’est pas chanteuse qui veut. Il en est tout autre pour Zooey Deschanel. Premièrement, la belle ne se sert pas de son nom pour vendre. Elle n’est que « She » tandis que Matthew Stephen Ward, qui signe sous le nom de M. Ward, est « Him ». Nous apprécions ce geste d’humilité.
Zooey Deschanel
She :
Zooey Deschanel, c’est peut être les plus jolis yeux gris-bleu du cinéma indépendant US actuel. Son prénom peu banal, elle le tient du personnage Zooey Glass, héroïne du roman « Franny & Zooey » de Salinger. Sous une large frange, son visage mystérieux est révélé au grand public en 2002 dans The Good Girl. Zooey y interprète Cheryl, une jeune espiègle travaillant dans un supermarché et chargée de faire les annonces au micro. Depuis, elle captive Will Ferrel dans Elfi (2003), accompagne Mark Wahlberg dans l’inquiétant Phénomènes (2008) de M. Night Shyamalan, envoute Jim Carrey dans Yes Man (2008) et subjugue Joseph Gordon-Lewiss dans (500) Days of Summer (2009). Malgré sa carrière d’actrice, elle trouve le temps de concilier le cinéma avec son amour de la musique. Elle monte un groupe de cabaret-jazz en 2001, If All the Stars Were Pretty Babies, avec Samantha Shelton et apparaît en 2007 sur deux titres de Coconut Records, le groupe de Jason Schwarzmann, neveu de Francis Ford Coppola. Avec la si jolie voix qu’elle possède, pourquoi se priver ?
Him :
Singer-songwriter multinstrumentiste installé dans la très hype Portland (Oregon), M. Ward a bâti avec ses 7 albums solo un pont entre le XXIème siècle et la musique folk, blues, country traditionnelle. Il compte de nombreuses collaborations dont Cat Power, Norah Jones, Bright Eyes et Beth Orton. Il joue au sein du supergroupe Monster of Folk avec Jim James (My Morning Jacket), Conor Oberst et Mike Mogis (Bright Eyes). Sur "Transfiguration of Vincent" (2005), il dévoile une reprise folk de Let’s Dance transportant David Bowie dans les vertes contrés du middle ouest américain si cher à Neil Young.
“J’ai la chance de me retrouver avec des gens passionnants et de ne pas toujours faire la même chose. J’adore jouer le rôle de producteur. Je me comporte alors un peu comme un photographe : j’essaie de soigner le mieux possible les contrastes, de trouver un équilibre entre l’obscurité et la lumière. » explique-t-il.
Sur le tournage de The Go-Getter, en 2007, Zoeey croise le chemin M. Ward, qui signe la musique du film : en plus d’y tenir le premier rôle, elle enregistre une reprise d’un titre de Richard et Linda Thompson, When I Get to the Border, pour la bande originale du film. De cette rencontre fructueuse nait la volonté de faire de la musique ensemble. Elle sera "She" et lui "Him".
Him & She (crédit: Sam Jones)
Back to the 60’s
Un an après sort un premier album baptisé simplement « Volume One ». L’univers de She & Him semble tout droit tiré d’une chanson des Beach Boys, du film American Graffiti ou d’un tableau d’Edward Hopper. L’Amérique des années 60 qui nous saute à la figure. Une Amérique ensoleillée, insouciante et vintage. Celle de Del Shannon, The Diamons, Lee Dorsey, The Platters, Johnny Burnette et The Skyliners. Zooey Deschanel n’a pas que sa beauté d’irrésistible mais aussi la voix. Elle qui cite comme référence Cole Porter, Gershwin, Carole King, Roy Orbison et Bobbie Gentry sait se faire crooneuse à la Nancy Sinatra. Zoeey rayonne dans nos oreilles et dans nos cœurs au fil des chansons. Les chansons sont justement un bain de soleil. Extrait du premier album le clip de Why Do You Let Me Stay Here bénéficie d’une seconde version réalisée en 2009 dans une banque désaffectée de L.A., avec l’équipe de (500) Days of Summer : Joseph Gordon-Lewitt aux côtés de Zoeey, Marc Webb à la caméra et Mason Novick à la production. Le résultat : un charmant remake de Bonnie & Clyde chorégraphié et stylisée.
En 2010 sort « Volume Two » dans la lignée du premier album. Les 13 titres s’enchaînent dans une cohérence parfaite et le duo confirme ainsi son talent. Chaque chanson est un bouquet d’étincelles aux arrangements multiples. She & Him nous charment toujours autant par leurs harmonies légère et rétro. Si les fraises tagada s’écoutaient en musique, ce serait ça ! Au carrefour de la country, de la pop, de la folk et du Rock, She & Him se tiennent debout, wayfarer sur le nez, cheveux gominés pour lui, robe à fleurs pour elle, dans la main un panneau pointant la Californie. On se rêve alors de tout plaquer, partir en Cadillac pour les plages de Frisco, sans oublier de prendre en stop She & Him au passage...
Camille Larbey, 22/04/10
* Monster Of Folk est un supergroup composé de Jim James (My Morning Jacket), Conor Oberst et Mike Mogis (Bright Eyes) et M. Ward (She & Him).