Le samedi 24 avril aura lieu la « Nacht der Museen » à Francfort (Main) et Offenbach. C'est l'occasion de faire une mise au point sur ses connaissances du néo-impressionnisme: jusqu'au 9 mai 2010, la Schirn Kunsthalle à Francfort propose une vue d'ensemble de l'oeuvre de Georges Seurat, peintre français fondateur du pointillisme. Cette célèbre technique picturale, reposant sur des procédés scientifiques, a inspiré de nombreux peintres du 19ème siècle et annoncé l'arrivée de l'art moderne.
Georges Seurat
Source: Schirn Kunsthalle Frankfurt
Né le 2 décembre 1859 dans une famille aisée de Paris, Georges Seurat est entré dans l'art par la porte du dessin, qu'il pratiquait déjà sur les bancs du lycée. Deux années de cours à l'ecole municipale d'arts plastiques lui permettent de faire ses preuves avant d'entrer à l'Ecole des Beaux-Arts de Paris à ses dix-huit ans. Alors que l'étude des classiques tels que Michel-Ange le laisse sur sa faim, c'est à la quatrième exposition impressionniste de 1879 que se produit l'impulsion. Mû par le « choc inattendu et très profond » qu'il dit avoir éprouvé face aux oeuvres de Monet et Pissarro, il quitte les Beaux-Arts au bout d'un an pour à se consacrer au projet qui définira sa carrière: l'invention du pointillisme, technique picturale reposant sur la théorie des couleurs.
« La pureté de l'élément spectral étant la clef de voûte de ma technique... »*
S'appuyant sur les recherches de divers physiciens, théoriciens de l'art ou encore de chimistes, le pointillisme consiste à faire apparaître le mélange des couleurs dans les yeux du spectateur, au moyen d'innombrables points de couleur minutieusement juxtaposés sur la toile. Les travaux du chimiste Michel-Eugène Chevreul y tiennent une place importante: le chimiste détermina en 1861 que la présence de certaines couleurs nuançait les couleurs avoisinantes. En ne faisant usage que des six couleurs primaires et complémentaires (soit le bleu, le rouge, le jaune, l'orange, le violet et le vert), on parvient donc à révéler des couleurs secondaires au fur et à mesure que l'oeil s'éloigne de la toile.
C'est avec rigueur et discipline que Georges Seurat développa cette technique à partir de 1865, sur des toiles telles que « Le Bec Du Hoc » (1885), « Le Chenal à Gravelines » (1890) ou encore « Le Cirque » (1890-91), toutes exposées à la Schirn Kunsthalle. Mais il a aussi fait usage d'autres méthodes et supports en complémentarité de ses recherches picturales. Les tableaux exposés sont accompagnés de nombreux dessins, faits au Crayon Conté et caractérisés par un jeu d'ombres et de silhouettes qui font écho à ses recherches en couleur. On y voit également les fameux « croquetons », ces tablettes en bois facilement transportables dans les « boîtes à pouce » prisées à l'époque par les peintres. Seurat leur réserve des sujets typiquement impressionistes, capturant des sorties du dimanche au bord de l'eau, des flâneries, en préparation à des toiles plus imposantes.
Car c'est là le thème de prédilection de Seurat: la société parisienne, observée dans son habitat naturel. En intitulant son exposition « Georges Seurat: Figur Im Raum » (Figure dans l'espace), la Schirnhalle fait référence à un fil rouge qui parcourt son oeuvre: des personnes individuelles, souvent les amis ou parents de l'artiste, dans un cadre typique de Paris ou de sa banlieue. Mais on y retrouve aussi des paysages forestiers, une représentation novatrice de la Tour Eiffel en construction ou encore des ports, issus de ses séjours estivaux en Normandie. Poétiques et méditatifs, les tableaux de Seurat invitent à l'évasion, à prendre du recul au sens figuré comme au sens propre du terme.
* Extrait d'un mémorandum écrit par Seurat en 1870.