imprimer   12.02.2012 
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Répondre à la question de l’évolution de la pyramide des âges avait été énoncé comme l’une des priorités du gouvernement Merkel. Il ne s’agit plus aujourd’hui de prendre des mesures pour anticiper la tendance, mais bien de prendre des décisions pour affronter une réalité. L’Allemagne se fait vieille, le gouvernement tire la sonnette d’alarme et envisage des solutions  qui sont loin de faire consensus. La raison : une enquête du DIW (Deutsche Institut Wirtschaftsforshung) qui met en avant la misère croissante des séniors.




Dès les années 70, l’Allemagne tombe en-dessous des 2,05 enfants par femme jugé nécessaire pour assurer le renouvellement des générations. Aujourd’hui le taux de fécondité est de 1,4. La situation est préoccupante et les scénarios échafaudés jusqu’en 2050 sont alarmistes. D’ici là, les plus de 60 ans devraient représenter plus de 40% de la population selon le Statistische Bundesamt Deutschland. Depuis plusieurs décennies, le système de retraite par répartition est sous pression. Comme chaque génération cotise pour payer la retraite de la génération précédente, le maintient de l’équilibre entre cotisants et retraités est capital. Face à la hausse de l’espérance de vie, au vieillissement de la population, mais aussi à la persistance d’un taux de chômage important, les entrées d’argent se font moins importantes. L’Allemagne doit désormais adapter le montant global des prestations servies au vieillissement de la population, ce qui se traduit pour les futurs retraités par un « gagner moins ». Les scientifiques s’accordent à dire que la situation sera pire que prévue, constat également fait par le dernier rapport du DIW. Par exemple, beaucoup de travailleurs prenant leur retraite après 2020 devraient toucher une pension de retraite de moins de 600€ par mois, un montant inférieur à celui de l’allocation Hartz IV. Avec un tel constat, la résistance aux mesures gouvernementales se durcit.



Les premières tentatives de réforme :

 

La célèbre phrase de Norbert Blüm (CDU), « die Rente ist sicher » (la retraite est sécurisée) prononcée en 1986 semble bien loin. L’époque faste des Adenauer, Brandt, Schmidt et Kohl est désormais révolue. La dynamique des retraites, c'est-à-dire le fait qu’elles bénéficiaient de la hausse des salaires, est aujourd’hui remise en cause. Parce que les 20 millions de retraités représentent une frange importante des électeurs, aucun des gouvernements précédents n’avait entrepris de s’attaquer à une réforme sérieuse du système en vigueur. Jusqu’en 2001, les pensions de retraite étaient les principales sources de revenus des retraités. Avec la durée de versement de cotisation qui s’allonge, l’Etat n’est plus capable d’accumuler suffisamment de réserves. Pour limiter l’endettement des caisses de l’assurance retraite, le taux de cotisation est passé de 17,7% en 1991 à 19,5% en 2004. Aujourd’hui, l’Etat ne peut plus assurer la belle part du revenu des retraités. C’est Walter Riester, Ministre des Affaires Sociales dans le premier cabinet Schröder, qui prend conscience le premier de l’asphyxie du système. Sont alors votées des mesures dont l’objectif principal était de maintenir un taux de cotisation inférieur à 20% jusqu’en 2020, puis 22% en 2030. Le succès de cette mesure devait résulter du fort développement des retraites complémentaires. Dès 2001, le gouvernement encourage donc les pensions privées par capitalisation afin de compenser la baisse des prestations publiques. Mais la réforme n’a pas récolté l’adhésion escomptée. Il s’est avéré très vite que le seuil des 20% serait atteint beaucoup plus tôt que prévu et que les promesses faites étaient intenables. Un plan d’urgence a dès lors été déclenché.



Travailler plus … vieux :

 

                En la matière, la grande affaire de la coalition Noire-Rouge fut d’augmenter l’âge de départ en retraite. L’idée apparaît dès 2004, mais n’est voté qu’en mars 2007. D’ici 2029, l’âge du départ en retraite pour s’assurer d’une pension à taux complet est de 67 ans. Les départs anticipés sont toujours de mise, mais il faut avoir au moins 63 ans, âge minimum légal pour être autorisé à se la couler douce. Seulement, une retraite amputée de 3,6% par année de travail soit 14,4% ne suffit pas toujours pour les beaux jours. Pour inciter les séniors à travailler plus pour gagner plus, le gouvernement leur promet une prime pour toute année de service supplémentaire. Il s’agit là de faire face au taux démographique le plus bas d’Europe. Mais le gros pari du gouvernement est qu’il compte sur les entreprises pour embaucher les séniors. L’initiative « 50 ans et plus » a donc été mise en place par le ministère du Travail et depuis 2002, le nombre de plus de 65 ans occupant un emploi a augmenté de 40%. Bien que les politiques scandent que près d’un quart des 60-80 ans souhaiteraient continuer à travailler, la grande majorité de la population s’oppose à cette réforme du « travailler plus vieux pour gagner plus ». Par les temps qui courent, un emploi stable jusqu’à 67 ans semble illusoire. D’autant que quatre entreprises sur sept avouent ne pas employer les plus de 50 ans. La plupart des cotisants sont d’autant plus opposés à cette réforme que si elle permet de maintenir le niveau de vie des retraités actuels, eux ne sont pas assurés du même revenu. Pire, une récente enquête du DIW leur révèle qu’ils risquent de devenir une des tranches de la population la plus pauvre.


Le rideau de fer des retraites :

 

                Une retraite standard, après 45 ans de cotisation est de 1224€ à l’Ouest et de 1086€ à l’Est. S’il existe une différence entre les revenus des séniors, la situation dans les nouveaux Länder n’est pas si mauvaise que ça. Cela tient principalement au traité de réunification qui avait décidé que ceux ayant travaillé et cotisé à l’Est toucheraient une prestation équivalente à un travailleur comparable à l’Ouest. Aujourd’hui, l’indice des pensions de retraites est plus faible à l’Est même si les retraités ne le sentent pas forcément. Mais la dégradation du marché du travail, écaille le vernis passé pour la réunification et rend les disparités plus apparentes. Le privilège de survalorisation mathématique des retraites va disparaître.




Quelle: Geyer, J., Steiner, V: Erwerbsbiografien und Alterseinkommen im demografischen Wandel - eine Mikrosimulationsstudie für Deutschland. Politikberatung kompakt Nr. 55/2010, DIW Berlin

Johannes Geyer et Viktor Steiner du DIW se sont demandés comment influer les réformes dans les anciens et les nouveaux Länder. Leur étude parue le 17 mars 2010 fait une simulation pour les générations de 1937 à 1971 en prenant l’année 2005 pour référence. Il apparaît qu’en 2005 les plus jeunes ont 34 ans, alors que les plus âgés sont déjà à la retraite. L’étude observe le niveau des pensions perçues au fur et à mesure que les générations partent à la retraite. Quelque soit le Land, les résultats sont accablants. Il sera très difficile pour un travailleur d’atteindre le niveau de retraite auquel il pourrait prétendre aujourd’hui. Les seules à pouvoir se vanter de connaître une hausse de leur niveau de vie sont les femmes de l’Ouest, mais cela est lié à la hausse du taux d’emploi des femmes. Pour les hommes de l’Ouest, la situation ne s’annonce pas si catastrophique puisqu’ils conserveront 90% des pensions actuelles. En revanche, pour leurs compatriotes de l’Est, ce sont de toutes autres perspectives qui s’offrent à eux.  Les hommes des générations postérieures à 1962 pourront escompter des pensions à hauteur de 600€ par mois et pour les femmes le niveau de retraite devrait descendre entre 800 et 500€ par mois. Pour eux, cet état de fait est corrélé à celui du marché du travail. Dans les années 90 s’ouvre le marché du travail à l’est entrainant à des vagues de chômage sans précédent. Les retraites sont le reflet des années travaillées, or nombreux sont ceux qui abandonnent l’idée de trouver un travail et beaucoup se contentent de temps partiels et de petits boulots, notamment les femmes.




Quelle: Geyer, J., Steiner, V: Erwerbsbiografien und Alterseinkommen im demografischen Wandel - eine Mikrosimulationsstudie für Deutschland. Politikberatung kompakt Nr. 55/2010, DIW Berlin

Pour les enquêteurs du DIW, il ne suffit pas simplement d’encourager le développement des compléments retraite, car pour ceux ayant eu des « parcours à trous », il est souvent plus difficile d’investir dans ces revenus supplémentaires faute de moyens. La seule solution préconisée par le rapport est la hausse de l’âge du départ à la retraite. Mais la récente réforme faisant encore débat, il est pour l’instant hors de question pour les politiques de se lancer dans une nouvelle campagne pour faire l’apologie du « travailler plus vieux ».

 




Pour venir à bout du déséquilibre entre retraités et cotisants, l’actuelle coalition noire-jaune n’a pas encore tranchée quant à la solution à adopter. Si les libéraux n’hésitent pas à remettre en cause l’Etat Providence, pour la CDU-CSU le plus raisonnable serait de garantir un niveau de vie minimum aux futurs retraités. En attendant, suite au gel des salaires, le gouvernement a décidé de ne pas augmenter les retraites. Une décision qui ne va pas sans la colère des un tiers de l’électorat que constituent les séniors.

 

Mathilde Frézouls

2/04/10








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