« Mieux que Las Vegas ! » Vraiment ? Il est vrai que pendant deux heures, on s’y croirait presque ! Au point même d’approuver le commentaire de Klaus Wowereit sur le spectacle « Qi » en représentation au Friedrichstadtpalast. Disons-le quand même, M. le Maire de Berlin, il manque les grands hôtels de luxe à perte de vue, les machines à sous à foison et les strip-teaseuses à gogo. Pour le reste, détrompez-vous, M. Wowereit n’est pas si chauvin que cela ! La presse, elle aussi, a été bluffée par la revue-spectacle « Qi » multipliant les éloges sur les divers numéros de danse, de chants, d’acrobaties et plus encore. Pour tous ceux en recherche de sensations fortes, « Qi » se donne en spectacle sur la plus grande scène de théâtre d’Europe jusqu’au 13 juin 2010.
Photo de Stephan Gustavus
Pour tous les âges et tous les goûts
Elles n’ont échappé à personne. A la sortie des stations de S-Bahn à Alexanderplatz ou Friedrichstrasse, pour ne citer qu’elles, les multiples affiches de la campagne publicitaire « Qi » attirent l’œil du passant. « Qi » met, lui-même, la barre très haut en se qualifiant dans sa brochure de promotion de « plus grand show de Berlin, superlatif du monde du spectacle ». Oui, rien que cela ! Forcément, les attentes sont élevées, le faux-pas ne pardonnera pas. Alors pour scotcher le public d’entrée, rien de mieux qu’une chanteuse blonde et sexy entourée de jeunes hommes bodybuildés torses nus vêtus de boxers et masques en cuir, tels des Zorros des temps modernes. A ce premier tableau endiablé succède sans transition une gentille ballade mignonne digne du dernier Disney. Le mélange des genres surprend, intrigue puis au final plait. Le public est prévenu, il y en aura pour tous les goûts.
Les « Flying Cranes » de Stephan Gustavus
Toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus fort
Au total, plus de cent artistes, faisant chacun partie de l’élite dans leur discipline, se mettent en scène. Parmi les chouchous du public se bousculent incontestablement les patineurs Anita Hartshorm et Frank Sweiding, le duo d’acrobates des frères Iroshnikov et les trapézistes russes « The Flying Cranes ». Ces deux derniers ont notamment été salués par le milieu du spectacle se voyant respectivement attribuer les clowns d’argent et d’or du festival international du cirque de Monte Carlo, que l’on pourrait qualifier d’« oscars des artistes ». Alors que les frères Iroshnikov scotchent le public par la maîtrise de leurs corps, les « Flying Cranes », quant à eux, lui coupe le souffle par leur légèreté. Un tour de force et un numéro de haute voltige pour calmer les avides de sensations fortes.
Photo de Stephan Gustavus
La crème de la crème du monde du spectacle
Du talent à l’état pur, le public est servi ! Encore faut-il savoir le sublimer. Effets de lumières et de sons, des performances musicales réalisées en live par un orchestre et une chanteuse vedette. Après tout, c’est presque devenu le b.a.-ba du monde du spectacle. Alors pour convaincre les derniers récalcitrants blasés « Qi » sort le grand jeu ! Glace, feu, eau, fumée. Tous ces éléments accompagnent tour à tour les performances des patineurs, danseurs et acrobates. Dans les costumes conçus par la star berlinoise de la mode Stephan Bolz, designer notamment de Madonna ou Robbie Williams, les interminables jambes des danseuses sont immanquablement mises en valeur.
Photo de Stephan Gustavus
A cette dimension esthétique, s’ajoute une mise en scène maîtrisée, dont l’élaboration revient à Sean Cheesman, ancien chorégraphe de Michael Jackson et Prince notamment. Dans « Qi », il repousse les limites de la danse dans une occupation de l’espace remarquable. De gauche à droite, de la profondeur à l’avant de la scène et de bas en haut : le spectateur ne sait plus très bien où donner de la tête ! Il faut dire que la salle réputée la plus moderne d’Europe, rénovée en juillet 2008 pour cinq millions d’euros, se prête parfaitement à la dimension spectaculaire du show.
Le Tango gay: un numéro d’avant-garde
Spectaculaire ? Assurément. Précurseur ? Incontestablement ! « Qi » se démarque effectivement par son caractère innovateur. Résolument moderne, le spectacle se base sur les ingrédients classiques avant de les proposer en une nouvelle version habilement remixée. C’est ainsi que le public se fait surprendre par un « Lac des cygnes » réactualisé ou encore un « Like a virgin » revisité en tango. Seulement « Qi » ne se contente pas de mettre à la sauce contemporaine les grands succès d’hier. Il joue la carte de la provocation. Le tango sensuel traditionnel entre un homme et une femme est remplacé par un tango gay. Le jeu de séduction reste le même, seuls les protagonistes changent, sans oublier le célèbre baiser de fin.
Photo de Stephan Gustavus
Afin de définitivement s’imposer comme la meilleure revue-spectacle de la capitale allemande, « Qi » n’a pas lésiné sur les moyens. S’entourant du gratin des artistes, d’un chorégraphe et d’un designer mondialement reconnus, le tout dans la plus grande scène d’Europe, il faut reconnaître que les promoteurs ne se sont pas trompés en se définissant comme « superlatif du monde du spectacle ». Mais « Qi » doit surtout son succès à son sens de la surprise et de l’innovation. D’autant plus une performance quand on sait que le public se rend au Friedrichstadtpalast d’un œil averti et exigeant ! Alors « qi » pour une petite escapade à destination de Vegas ?
Gaëlle Schwaller
30.03.2010
Qi : Informations pour les réservations
FriedrichstadtPalast Berlin Téléphone : 030 - 2326 2326