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Bessie Love s’apprêtant à câbler une caméra Mitchell, vers 1925. (crédit : Cinémathèque Française)

Trois villes de cinéma au début du vingtième siècle. Du 10 mars au 1er août, l’exposition « Tournages », visible à la Cinémathèque Française nous entraine au cœur des coulisses du 7ème art. Les remarquables photos de tournages, mais aussi les quelques objets présents, nous font revivre cette époque de gloire du Muet, des débuts du parlant. Au fil des clichés, on suit les parcours des grands noms du cinéma de Fritz Lang à Cecil B. DeMille, mais aussi d’acteurs ou de techniciens. Un voyage dans le temps au cœur de cette « machine à rêve » qu’est le cinéma.




Début du tournage de Robin
des Bois (Robin Hood) dans la cour
centrale du New Pickfair Studio en
avril 1922. De gauche à droite : Wallace
Beery, Robert Florey, le chef opérateur
Arthur Edeson, Douglas Fairbanks et
le réalisateur Allan Dwan derrière un
mégaphone géant pour mouvement
de foules. Le célèbre décorateur
Cedric Gibbons, qui deviendra un « Art
Director » très infl uent à Hollywood,
fait ici ses premiers pas. Production :
Fairbanks-United Artists. (crédit : Cinémathèque Française)


L’exposition est née de la rencontre de deux magnifiques collections, celle de la Cinémathèque tout d’abord, riche de 500 000 clichés et celle du cinéphile Gabriel Delpierre qui en compte 150 000. A l’arrivée, Isabelle Champion, amie historienne du cinéphile qui lui céda sa collection à sa mort, et Laurent Mannoni nous présentent 220 photos de tournages enrichies par divers documents grâce auxquels nous traversons l’écran. En 1951, Gabriel Delpierre rencontre le photographe de plateau Robert Corbeau. Celui-ci l’initie alors à la sensibilité de cet univers intimiste qui nous permet de découvrir les secrets du 7ème art. Fasciné par les actrices du Muet, le cinéphile entame sa collection, aidé par son ami. Son choix se porte sur les photographies « qui raconte des histoires », celle qui présentent cinéastes, machines, acteurs et appareils.




Ingrid Bergman et le chien Buzzy sur le plateau d’Intermezzo (id., Gregory Ratoff, 1939) devant un projecteur Mole-Richardson à ampoule incandescente. Production : United
Artists. Premier fi lm américain de la vedette suédoise, il s’agit d’un remake du fi lm de Gustav Molander qu’elle tourna en 1936 (crédit : Cinémathèque Française)

De part et d’autre de l’écran :

 

                Dans cette exposition d’envergure, rien n’est laissé au hasard. Bien sûr au fil du parcours, le visiteur est invité à décrypter lui-même les clichés, mais sa découverte du cinéma du début du vingtième siècle est fléchée. En dix étapes, on découvre l’univers du 7ème art. En premier lieu nous sont présentés ces photographes qui nous ont permis de traverser l’écran comme Roger Corbeau en France ou Horst von Harbou indissociable du travail de Fritz Lang. Petit à petit notre parcours nous fait passer des décors naturels à l’univers des studios et c’est tout le travail de lumière qui est par là renouvelé. Alors qu’avant il fallait attendre le soleil d’été pour filmer, les plateaux de cinéma se retrouvent envahis de groupes électrogènes dont certaines lampes de 100 000 watts propices aux jeux de clair-obscur. On découvre ensuite les fascinants décors d’abord réalisés en trompe l’œil, mais qui très vite laissent place à la démesure comme lorsqu’Erich von Stroheim fait reproduire le casino de Monte-Carlo pour son film, La folie de femmes. Les photographies de tournage nous permettent aussi de faire la lumière sur le métier de cinéaste, de découvrir le rôle de ce chef d’orchestre dirigeant son équipe. Un des éléments les plus marquant de l’exposition est sans aucun doute la mise en valeur de ces deux cinémas qui se côtoient : le Muet et le Parlant. Le Chanteur de Jazz est le premier film parlant, sorti en 1927. Au départ, les cinéastes rejettent cette technique à l’image de Charlie Chaplin. La plupart pensent qu’elle dénature le cinéma en le rapprochant du théâtre. Et pourtant, très vite le Parlant s’impose et Chaplin tournera Les Temps Modernes, son dernier film muet, en 1936.  Parler de ces films, en voir des images ou des extraits est une chose, mais encore faudrait-il pouvoir admirer les techniques décrites dans l’œuvre intégrale. C’est ce que propose la cinémathèque. Pendant toute la durée de l’exposition, tous les jours en début d’après-midi, un film évoqué par le parcours sera projeté.




Katharine Hepburn sur le plateau de Sylvia Scarlett (id., George Cukor, 1935). Production : RKO-Radio Pictures. • ci-contre : Fred Astaire en marge de Sur les ailes de la danse
(Swing Time, George Stevens, 1936). Production : RKO-Radio Pictures. (crédit : Cinémathèque Française)

Dix cinéastes :

 

                Lorsqu’on balaye 30 ans de cinéma, on embrasse la carrière de nombreux maîtres en la matière. Tout au long du parcours, la Cinémathèque nous présente d’illustres noms. A travers eux l’on saisi toute l’importance de Paris, Berlin et Hollywood dans le cinéma de cette époque. Au tout début de l’aventure cinématographique, c’est la France qui domine avec notamment des maisons comme Pathé. Cette situation ne survivra pas aux années 1910 et surtout à la Première Guerre Mondiale. C’est à cette époque que sont construits les premiers studios à Hollywood, en 1911. Parallèlement, les allemands imposent de nombreuses règles au cinéma. Mais la richesse de ces trois capitales du cinéma tient surtout aux échanges. Poussés par le contexte politique, nombre de réalisateurs Allemands fuient l’Allemagne nazie et partent à la conquête d’Hollywood non sans avoir au préalable effectué un passage par Paris. Ce fut le cas pour Fritz Lang. Suite à l’interdiction par Goebbels de son film Le testament du Docteur Mabuse, le cinéaste part pour Hollywood et ne reviendra en Allemagne que dans les années 50. Grand nombre d’œuvres produites croisant expressionisme allemand et gros moyens hollywoodiens se révèlent extrêmement bouleversantes. L’Aurore réalisé par Friedrich Wilhelm Murnau en 1927 à la suite de son invitation à Hollywood par la Fox est en effet considéré comme l’un des plus grands chefs d’œuvre de l’histoire du cinéma. Afin de souligner cette dimension d’échange, la Cinémathèque organise trois conférences entre les mois d’avril et de juin. Toutes trois mettent en avant « les destins croisés » de ces capitales du cinéma. Une mise en perspective remarquable.

 

                « Tournage : Paris-Berlin-Hollywood » est l’occasion de se replonger dans l’âge d’or du cinéma, de découvrir l’envers du décor des plus grands films d’alors. La balade s’adresse surtout aux plus cinéphiles, mais les plus curieux y trouveront leur compte en bifurquant à la sortie vers la bibliothèque de la Cinémathèque pour approfondir un peu. Bien plus qu’un parcours à ne suivre qu’une fois, cette exposition titille notre curiosité et nous entraine vers les salles obscures attenantes afin de (re)découvrir les perles du cinéma.

 

Mathilde Frézouls

24/03/10

 

Informations pratiques :

« Tournages : Paris-Berlin-Hollywood » à la Cinémathèque Française du 10 mars au 1er août 2010 : http://www.cinematheque.fr/fr/expositions-cinema/tournages/cycles/cycle-tournage.html

La Cinémathèque Française, Musée du Cinéma : 51 rue de Bercy Paris XII° (Métro Bercy)

Du lundi au samedi de 12h à 19h et le dimanche de 10h à 20h.

Tarifs : Billet de l’exposition + musée : 5€ (plein tarif), 4€ (tarif réduit), 2,50€ (moins de 18 ans)

Forfait expo + musée + film : 7€








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