

L’élection du ministre président de Rhénanie du Nord-Westphalie ne pourrait être qu’une échéance électorale parmi d’autres. Et pourtant, à l’approche du 9 mai 2010, les politiques tremblent. Alors que l’actuel gouvernement Merkel est dans la tourmente, l’opposition se frotte les mains et espère récupérer le Land qui a été pendant si longtemps son bastion. Pour l’instant, il reste dirigé par une coalition noire-jaune, rien n’est encore joué, les sondages l’attestent. Mais en quoi ces élections sont-elles aussi capitales ?

La Rhénanie du Nord-Westphalie est le Land des superlatifs : le plus peuplé et le plus fort du point de vue économique. Avec ses 18 millions d’habitants, sa contribution à hauteur de 22% dans le produit intérieur brut et ses 37 des 100 plus importantes entreprises allemandes, l’enjeu peut sembler de taille. Mais la principale particularité du Land qui justifie le tapage médiatique actuel est d’être le baromètre politique du pays. Dans dix semaines, les résultats tomberont tels un verdict, notamment pour l’actuelle coalition noire-jaune. Huit mois après son élection à la tête du pays, il s’agira pour les partis au pouvoir de voir le crédit accordé par les électeurs au traité de coalition. Les tractations politiques actuellement en cours pour la conquête du Land pourraient bien coûter cher au gouvernement Merkel.

Un couple qui bat de l’aile :
La coalition noire-jaune au pouvoir semble plus instable que jamais. En cause : le traité de coalition signé en octobre par lequel le gouvernement avait décidé de cinq points fondamentaux à traiter pendant son mandat. Pourtant, même sur ces questions les ministres se déchirent, le texte étant assez flou pour que chacun l’interprète à sa façon. La santé, le nucléaire ou la réforme fiscale, toutes les occasions sont bonnes pour que le couple CSU-CDU/ FDP se déchire. A la veille des élections en Rhénanie du Nord-Westphalie, il s’agit pour chaque parti de ne pas décevoir son électorat. Pour la chancelière, il est hors de question de prendre la moindre décision importante avant l’échéance du 9 mai et il faut donc reporter la question de la réforme fiscale à une période plus calme. Dès lors, le FDP accuse la CDU-CSU d’immobilisme, de ne pas aller jusqu’au bout des réformes promises. Suite à l’empressement de Guido Westerwelle à conduire certaines politiques dont la réforme du Harz IV, Angela Merkel a exprimé son mécontentement. La comparaison qu’il a faite du système social allemand au déclin de l’Empire Romain a entrainé les foudres de la chancelière. Dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung du 25 février, elle déclare « je voudrais éviter certaines formulations qui donne l’impression […] qu’on brise des tabous. Ce qui va de soit doit rester évident ». Pour la chancelière, il est donc hors de questions de revenir sur les acquis de l’Etat Providence alors que les libéraux manifestent leur volonté de supprimer ce système qu’il juge complexe et coûteux. Entre les deux, le ton monte et les prises de bec se suivent. La question se pose dès lors de savoir si une nouvelle coalition noire-jaune en Rhénanie du Nord-Westphalie serait saine.

Les déboires du FDP :
Autre point politique sensible : la réforme fiscale. Promise par le FDP à ses électeurs, elle semble délicate à mettre en œuvre. Alors que les libéraux désirent simplifier la législation et diminuer les impôts des classes moyennes pour 2011, Wolfgang Schaüble, actuel ministre fédéral des finances, a souligné qu’il était impossible de mener cette mesure à son terme en cette période de « diète budgétaire ». Suite à la crise et aux prévisions de dépenses notamment pour les retraites de 2010 de 4 milliards d’euros, il convient, selon lui « de renoncer à cette politique infaisable » qui correspond à une perte de cinq milliards d’euros pour la République Fédérale. Pour certains, les libéraux ne songent qu’à satisfaire leur électorat. La question d’une politique clientéliste revient de plus en plus. Après la baisse de la TVA pour les hôteliers, beaucoup se demandent qui seront les prochains à bénéficier d’avantages. Les prises de position du leader Westerwelle sont loin de plaire à tout le monde. Pour preuve, les derniers sondages qui soulignent que 29% des Allemands sont satisfaits de la politique du vice-chancelier en février contre 41% en janvier. Bien que toujours soutenu par son parti, les gaffes répétées du leader pourraient coûter au FDP sa place au sein de la coalition à la tête du Land de Rhénanie du Nord-Westphalie. Depuis les affaires du voyage en Amérique du Sud ou encore de l’ouverture d’un hôtel à Bonn pour laquelle la présence du leader du FDP avait été requise afin de motiver les investisseurs, le parti a baissé de sept points dans les sondages.

Changement de stratégie :
Dix semaines avant l’élection, ces événements renforcent l’image de « coalition de la discorde » qui colle à la peau du gouvernement Merkel. Face aux nombreux refus de la chancelière de conduire les réformes souhaitées par les libéraux, le FDP adopte une nouvelle stratégie pour la campagne en Rhénanie du Nord-Westphalie. Même si le dernier sondage Emnid du 12 mars 2010 donne la CDU gagnante avec 37%, la partie est loin d’être jouée. L’actuel Ministre Président du Land, Jürgen Rüttgers (CDU) est au cœur d’un scandale politico-financier. Il a été contraint de se séparer du secrétaire général de la CDU locale, M. Hendrik Wüst, qui est aussi son directeur de campagne, à deux mois et demi des élections. Des courriers envoyés par la CDU à de potentiels sponsors en prévision du congrès qui doit se tenir le 20 mars à Münster auraient laissé entendre que, pour la somme de 6000 euros, il était possible d’obtenir un entretien en tête à tête avec le ministre-président. De telles révélations pourraient avoir de graves conséquences quant à l’issue du scrutin du 9 mai. Ayant peur de perdre le pouvoir, du fait de son impopularité croissante actuelle et des discordes répétées avec la CDU, le FDP négocie discrètement depuis quelques semaines une éventuelle alliance avec le SPD. Une coalition rouge-noire serait dès lors à envisager. Pour la presse allemande, ce revirement d’alliance pourrait s’interpréter comme une sanction des libéraux à l’égard de la CDU.

Le malheur des uns, le bonheur des autres :
Les récents propos du vice-chancelier sont une occasion en or pour l’opposition de prendre la parole. Et le SPD ne s’en est pas privé. Crédité de 33% des intentions de vote en Rhénanie du Nord-Westphalie, le SPD suit de très près la CDU. Les déboires des partis au pouvoir font la joie de l’opposition qui profite des faits pour se réinvestir la scène publique, qu’elle avait quelque peu délaissé depuis la défaite en septembre 2009 lors des législatives. Dans un discours prononcé à Dortmund le 14 mars, Sigmar Gabriel, président du SPD a déclaré voir dans le désaccord FDP/CDU le signal du disfonctionnement de la coalition actuelle. Il a ajouté : « ces élections sont d’une importance capitale pour toute l’Allemagne, car jamais une coalition au pouvoir n’a connu d’aussi piètres débuts ». En vue des élections, le SPD a opéré un virage radical. Profitant des propos provocateurs du vice-chancelier, le parti a rappelé son attachement au Hartz IV et réclame aussi d’importantes réformes sociales telles que l’instauration d’un salaire minimum de 8,50€ de l’heure ou encore l’allongement de l’allocation chômage. Ayant eu vent des tractations entre FDP et SPD, il est étrange que le SPD base toute sa campagne contre celle de son futur allié possible.
D’ici le 9 mai, tout peut encore basculer. Les récents sondages soulignent la grande variabilité des intentions de vote et les possibilités de coalition sont encore toutes envisageables.
Mathilde Frézouls
20/03/10