

Bimah est le dernier des théâtres juifs de Berlin, ceux qui acceuillaient des troupes de toute l'Europe depuis la fin du XIX ème siècle avant d'être fermés par les nazis pour y aménager leurs salles de bal. Il y a 9 ans, Dan Lahav a réouvert ce lieu après plus de 60 ans de fermeture, où se chante et se joue tous les mois le Chabbat imaginaire de la culture juive.

Combien sont ceux qui ont conservé quelque part une curiosité inassouvie pour la culture juive, dont ils connaissent peut-être l'histoire mais qu'ils n'ont jamais pu approchée, s'étant toujours butés, dans les quartiers juifs de leurs villes, aux visages muets d'hommes en costumes religieux ou aux signes hébraïques des vitrines. Leur attention s'éveille de nouveau quand sont évoqués au hasard un personnage, un fait ou un lieu ayant trait à cette communauté. Cela leur sert tout juste à sentir un peu plus vivement que cette âme juive leur échappe, présente partout en nomade qui ne se laisse saisir, plus encore que celles des autres peuples, que dans l'intimité des traditions. C'est dans le Chabbat qu'elle repose depuis toujours. Du vendredi avant le coucher du soleil au samedi après la sortie des étoiles, le peuple juif protège son âme en accueillant la reine Chabbat, fiancée qui lui a été offerte pour sceller son alliance avec l'Eternel. Les juifs séfarades sanctifiaient même l'union en allant à la rencontre de leur gardienne et sortaient des enceintes de leurs villes pour célébrer sa venue. Les deux bougies Shamorvezakhor s'allument ce soir-là dans les maisons: Shamor répand le Chabbat et Akhor rappelle la rédemption de l'esclavage en Egypte.
De cet esprit de veille pour « garder Chabbat » dans leur foyer, pour faire de ce jour leurs délices et l'honorer en ne suivant pas les voies ordinaires ainsi que le prescrivait le prophète Isaïe, les juifs ont puisé leur enthousiasme et leur force de commémoration transmis par la musique et le chant. Fêter Chabbat partout où ils se trouvaient, c'était improviser des cérémonies sans objets religieux, inventer des rituels avec des rudiments de vie, donner des contours de symboles à des gestes prosaïques et s'attacher à des détails pour leur donner l'ampleur d'un conte.
En ce soir de Chabbat imaginaire au Théâtre Juif Bimah, Dan Lahav a réuni sa famille : son vieil oncle chanteur de la synagogue de Moscou, son cousin par alliance allemand descendant d'une troupe de théâtre juive et sa tante pianiste avec sa fille venues d'Ukraine. Ils racontent ces traditions méconnues qui ont maintenu leur lien et par l'étymologie d'un seul mot yiddish, par l'histoire d'un seul geste ou l'origine d'un seul chant, ils donnent une idée plus sensible de ce qui a rassemblé ce peuple que tout récit exhaustif.
"Chabbat Shalom" Prochaine le 25 avril 2010
Bimah-Jüdisches Theater Berlin
Jonasstrasse 22-12053 Berlin
U8 Leinestrasse
Tel. : 030 251 10 96
www.bimah.de
Louise Bastard de Crisnay
18/03/2010
