

Créé en 1945, le Süddeutsche Zeitung (SZ), quotidien munichois de centre gauche, s’est au fil du temps imposé comme le journal de référence au niveau fédéral. La récente annonce de la suppression de 21 emplois confirme la crise globale de la presse qui n’épargne désormais plus les ténors du paysage médiatique. Modification des habitudes de lecture, tournant technologique, raréfaction des annonceurs : Les journalistes doivent-ils s’inquiéter pour leur profession ?

« La limite du tolérable »
Le SZ a en effet annoncé début mars 2010 la suppression de 21 postes, soit 14 rédacteurs et 7 secrétaires au sein de l'équipe de l’édition locale de Munich fortement concurrencée par le Münchner Merkur . Wolfgang Krach, rédacteur en chef, critique ces décisions : « Les suppressions de postes depuis 2009 ont d’ores et déjà franchi la limite du tolérable au Süddeutsche Zeitung . Le journal a toujours choisi de valoriser la qualité, donc d'éviter les licenciements » et de déplorer que le SZ de 2010 ne soit plus celui qu’il était en 2008.

Une crise structurelle plus ancienne.
La crise qui affecte aujourd’hui le SZ trouve ses origines dans un mouvement bien plus ancien. Contactée par La Gazette, Eva Werner porte parole de la fédération des journalistes allemands (« Deutscher Journalisten Verband » - DJV), explique que « la baisse des tirages des quotidiens a commencé depuis longtemps. Elle varie entre 2 et 4% selon les années. A cela s’ajoute cependant le recul massif des annonces publiées ». Ainsi Die Welt, l’autre grand quotidien du groupe Springer (avec le Bild), a aussi pris des mesures de regroupements de ses rédactions. Eva Werner reste cependant optimiste : « l’hebdomadaire Die Zeit, par exemple a connu en 2009 une augmentation record du nombre d’exemplaires publiés ».

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 Exemplaire "SZ Wissen"
Source: www.sueddeutsche.de
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T-shirt, DVD, café…
La diversification s’impose déjà depuis plusieurs années aux grands titres de la presse. Il se murmure ainsi que les revenus liés au marchandising du quotidien alternatif berlinois Tageszeitung (T-shirts, café équitable, tasses…) seraient très loin d’être marginaux dans le budget du journal. L’incontournable hebdomadaire Der Spiegel décline lui aussi les documentaires vidéo (TV Spiegel), les livres, les dvd des classiques du cinéma (Große Kinomomente) ayant ainsi une démarche marketing en s’orientant vers une optimisation du titre comme « marque ». Le Süddeutsche Zeitung n’est pas en reste : en 2004 sont créés trois compléments au journal (l’hebdomadaire SZ Bibliothek , la collection de CD de piano Klavier Kaiser et la revue scientifique SZ Wissen ), suivis en 2005 d’une série de DVD de grands réalisateurs : SZ Cinemathek. En 2008 déjà la maison-mère du journal « Südwestdeutsche Medien Holding » (SWMH) avait licencié 80 personnes. En 2009, le SZ avait encore diminué ses effectifs en ne renouvelant pas des contrats touchant à leur fin. Les licenciements annoncés début mars témoignent que la situation ne s’est pas entretemps améliorée. D’après la fédération des journalistes allemands « la crise est loin d’être finie ». La crise financière actuelle et la réduction drastiques des budgets des annonceurs intervient donc comme une réplique de tremblement de terre sur des édifices déjà fragilisés. Depuis plusieurs années déjà Internet modifie lentement mais surement les habitudes de lecture en érodant inéluctablement les chiffres de vente des journaux.

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 Version papier ou internet?
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Internet remet-il en cause le métier de journaliste ?
Pour Klaus Methfessel, directeur de la « Georg von Holtzbrinck-Schule » (école spécialisée pour journalistes économiques) « les quotidiens nationaux, sont plus durement touchés par la crise que les autres, car ils sont en concurrence directe avec les informations quotidiennes qu'Internet peut fournir ». Dans un pays aux structure fédérales très fortes et où les titres locaux se portent relativement bien la presse à vocation nationale peine donc à apporter au lecteur un contenu spécifique . La presse écrite semble donc devoir laisser une place toujours croissante au web-journalisme. La fédération des journalistes allemands considère cependant que ce nouveau type de journalisme « ne détrônera pas l’ancien », au moins par ce que le web-journalisme pêne à monétiser son offre et ne génère donc que de faibles revenus, du moins pour le moment. Les licenciements que subissent les rédactions traditionnelles ne seront pas donc que partiellement compensés par des web-journalistes. Les synergies pérennes tardent à émerger entre le papier et le numérique. Surtout personne dans le secteur en plein bouleversement ne semble encore avoir trouvé la Pierre philosophale.

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 Philipp Jakob Siebenpfeiffer
(1789-1845)
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La presse : « pain quotidien de la Démocratie » ?
Sur la question de l’avenir du journalisme, Heribert Prantl, rédacteur en chef pour la politique intérieure du Süddeutsche Zeitung , rappelait au printemps 2009 dans les colonnes du quotidien que le Philosophe Jürgen Habermas et Dieter Grimmonne (longtemps juge responsable de la liberté de la presse à la Cours constitutionnelle) avaient plaidé pour un soutien étatique à la presse tant elle est indispensable au bon fonctionnement de la démocratie. Reprenant en substance les mots de Philipp Jakob Siebenpfeiffer (journaliste et protagoniste de la fête de Hambach*), il avait alors expliqué que la liberté de la presse est consubstantielle à la démocratie dont elle en est le véritable « pain quotidien ».
Toutefois l’éditorialiste se gardait bien lui de tendre la main vers l’état mais pariait plutôt sur des éditeurs de presse « responsables », conscients et fiers de leur responsabilités et par ailleurs sur l’augmentation des tarifs d’abonnement.
Souhaitons que ce vibrant appel ne reste pas un plaidoyer incantatoire et que les décisionnaires qui ont su récemment venir en aide massivement au secteur financier ne laissent pas choir dans la tourmente les garants fragiles mais indispensables de la démocratie.
Regis Présent-Griot et Elodie Mareau
17.03.2010
*La fête de Hambach est un événement cosmogonique pour l’unité et la démocratie en Allemagne. Du 27 au 30 mai 1832 près de 30 000 personnes se réunissent autour du château de Hambach (sur la commune de Neustadt an der Weinstraße en Rhénanie-Palatinat) pour réclamer l’unité du peuple allemand mais aussi la liberté et la reconnaissance des droits fondamentaux. Le journaliste et juriste Philipp Jakob Siebenpfeiffer avait notamment appelé à ce rassemblement. Il aurait aussi par ailleurs fait un parallèle entre l’illégitimité qu’il y a à saisir les presses d’imprimerie et entre fermer les fours à pain.
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l'article est bien écrit, mais c'est un peu plaidoyer pro-domo? ou bien?