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 UNESCO Weltkulturerbe Zeche Zollverein, Foto: Reinicke/StandOut.de
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Il y a deux mois, Essen donnait le coup d’envoi d’une année de festivités dédiées à la culture. Avec Pecs en Hongrie et Istanbul en Turquie, la Ruhr a été désignée capitale européenne de la culture. Jusqu’en décembre, le passé mineur de la région sera à l’honneur. Ancien poumons crachant du charbon de l’Allemagne, longtemps cœur économique et centre névralgique de l’Europe, la Ruhr souhaite maintenant se métamorphoser et devenir un des cerveaux culturels. Sans rien renier de son passé, la région compte faire de sa spécificité une force motrice du projet.


Un exemple de reconversion, c’est ce qu’espère devenir les cinquante-trois communes de la Ruhr. Autrefois admirée pour ses activités industrielles, la Ruhr aspire à trouver un nouveau souffle dans la culture. Elle se rêve une destinée à la Liverpool, capitale européenne de la culture en 2008, qui a vu depuis sa côté sympathie exploser et dont l’image a fait peau neuve. Mais à défaut de pouvoir se targuer d’avoir eu les Beatles, la Ruhr compte bien puiser là où elle a si longtemps trouvé sa force : ses ressources minières. A travers une programmation de près de 300 projets et de 2500 activités, la région compte nous « faire comprendre le mythe de la Ruhr, impulser une identité régionale faisant jusqu’à présent défaut et faire bouger l’Europe » comme nous l’indique la brochure RUHR 2010.

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 Landschaftspark-Nord Duisburg, Foto: Manfred Vollmer
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Un noir passif :
La Ruhr symbolise la région minière par excellence. Depuis l’ouverture du premier puits en 1837 dans la région d’Essen, se sont quelques sept millions de tonnes de charbon qui ont été extraites des mines. Deux révolutions industrielles et deux guerres mondiales plus tard, le bassin minier de la Ruhr est plus puissant que jamais. Pendant la Guerre Froide, l’acier produit est utilisé pour l’industrie automobile en pleine démocratisation, mais aussi et surtout pour l’armement. Le dynamisme de la région est à son comble. Alors que charbon et acier étaient les matières premières d’industries de guerre, ils se retrouvent au cœur d’un processus européen de coopération et de paix. En 1951 est instauré la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier. L’idée d’une Europe unie prend forme et le succès de la Ruhr n’y est pas étranger. Mais peu à peu, la vitalité industrielle de la région faiblit et les puits ferment les uns après les autres. En 1986, sur le site du Zollverein, une équipe descend dans la mine. Elle sera la dernière. La fermeture des sites est lourde de conséquences puisqu’aujourd’hui sur les 200 puits autrefois en activité, ils ne sont plus que quatre et que la Ruhr compte 275 000 personnes sans emploi. Malgré les difficultés, il est impossible de tirer un trait sur le passé. Pour cause, un décret ministériel empêche la destruction du site industriel d’extraction du charbon du Zollverein. Celui-ci sera classé en 2001 au patrimoine mondial de l’Unesco en raison de la « preuve inestimable qu’il apporte quant à l’essor et le déclin de cette industrie capitale lors des 150 dernières années », explique le site de l’Unesco. Il s’agira dès lors de valoriser cette culture minière, élément fédérateur des 53 communes de la Ruhr comme lorsqu’au mois de mai des ballons jaunes s’élèveront à 80 mètres de hauteur pour signaler un ancien puits.

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 Jochen Knobloch: Duisburg, Universität Duisburg-Essen – Campus Duisburg. In: Fritz Pleitgen / Nikolaj Beier / Jochen Knobloch: Im Flug über das Ruhrgebiet. Hinstorff Verlag 2009
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Tout un programme :
Si industrie et économie ont été à l’origine de l’Europe, la culture aurait pu être un bien meilleur terreau comme a pu le dire Jean Monnet : « si je pouvais recommencer la construction européenne, je m’attaquerais en premier lieu à la culture ». A travers la désignation de capitales européennes de la culture, la Commission Européenne travaille depuis 1985 à valoriser la richesse et la diversité culturelle. Comme l’explique son site, il s’agit pour chacune des villes choisies de tirer partie de sa spécificité. Et c’est l’ambitieux projet de reconversion dans les activités culturelles qui avait séduit les membres du jury lorsqu’ils avaient étudié la candidature de la Ruhr. Alors que dans les années soixante, le nombre de mineurs est divisé par deux, le Land de Rhénanie du Nord et l’Etat d’Allemagne prennent conscience de la nécessité de développer de nouvelles activités et d’augmenter le niveau de formation des habitants. En 1965, une première université ouvre ses portes à Bochum. Aujourd’hui, la région compte une vingtaine d’université, mais aussi 100 salles de concert, 120 théâtres et 200 musées dont le fameux Folkwang Museum, symbole du désir de mutation. «Les vieilles industries se sont transformées en des lieux de design, de création ou des musées à l'image du spectaculaire complexe minier Zollverein d'Essen qui a accueilli les cérémonies d'inauguration» a déclaré le Dr Fritz Pleigten, directeur de la Ruhr 2010.

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 Oliver Scheytt (links) und Fritz Pleitgen, Geschäftsführung der RUHR.2010 GmbH, Foto: Peter Prengel
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Un patrimoine commun :
« Dans la Ruhr a longtemps prévalu une mentalité de clocher » explique Fritz Pleigten et la région ressemble de ce fait plus à une grande étendue morcelée. Mais depuis qu’elle a été désignée capitale européenne de la culture, les limites entre les villes tendent à s’effacer. Pour illustrer ce projet de faire une région « une ville », au mois de juillet sera dressée une immense table sur près de 60 km pour que se rencontre les différents acteurs d’une région qui ne se connaissent pas. Pour cette occasion, un tronçon de l’autoroute entre Dortmund et Duisbourg sera fermé à la circulation. Mais la Ruhr doit avoir un rayonnement européen et intégrer son projet dans une dimension plus vaste. Comme l’Europe, la région peut s’enorgueillir d’une grande richesse culturelle liée aux vagues successives d’immigration. Sur les 5,3 millions d’habitants que comptent l’ancien bassin minier, le bureau des étrangers dénombres 500 000 personnes originaires de 170 pays dont la Turquie, les pays de l’ex-Yougoslavie, la Pologne, la Grèce, l’Italie ou le Maroc. Pour Fritz Pleigten, il s’agira de faire le lien avec le pays d’origine et de souligner que la Ruhr est « un conglomérat d’immigration tourné vers l’avenir ». Seront au cœur du projet les problématiques du « bien vivre ensemble », de la découverte et de la compréhension de l’autre. « Nous voulons profiter de cette année de capitale européenne de la culture pour poser ces questions, les discuter et, je l’espère, y apporter des réponses. » conclue-t-il.

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 Installation raumlaborberlin Soap Opera Foto Matthias Horn
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Il est temps de balayer cette « image ternie » que l’on associe bien trop souvent à la Ruhr. C’est ce que nous suggère de faire la Commission Européenne depuis qu’elle a choisi la région pour être Capitale Européenne de la Culture. Il ne tient qu’à nous, désormais, de nous engager sur la « route de l’industrie » et de voir « le changement grâce à la culture - la culture grâce au changement ».
Mathilde Frézouls
15/03/10
Pour en savoir plus sur RUHR 2010 : http://www.essen-fuer-das-ruhrgebiet.ruhr2010.de/