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 DER ROSENKAVALIER (2008) Elina Garanca als Octavian, Christine Schäfer als Sophie | Das Fotograf: Bettina Stöß / stage picture 2008
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Un tonnerre d’applaudissements. C’est ce qui clôt la 65ème représentation du Chevalier à la Rose, le 28 février, mis en scène par Götz Friedrich et présenté pour la première fois en 1993 au Deutsche Oper de Berlin. Un succès retentissant qui s’explique par l’œuvre magistrale de Richard Strauss, magnifiquement conduite par le nouveau directeur musical de l’opéra, mais aussi par une mise en scène subtile mais non moins ironique du livret d’Hugo von Hofmannsthal.

Créé en 1911 à l’opéra de Dresde, Le Chevalier à la Rose est une des œuvres les plus remarquables du XXème siècle. Malgré l’apparente légèreté des opérettes viennoises, cet opéra n’en est pas moins un ouvrage tout en subtilités. Extravagances d’une Vienne sur le déclin, désenchantement, fuite du temps, désillusion, « passage du rêve à la réalité », selon les termes d’Hugo von Hofmannstahl imprègnent l’œuvre d’une joyeuse mélancolie. Portée par l’onirisme et le raffinement de la musique de Richard Strauss, cette représentation subjugue.

Un œuvre d’exception :
Bien que l’action doive se dérouler dans l’Autriche de Marie-Thérère, au XVIIIème, Götz Friedrich, par sa mise en scène fait ressortir le caractère intemporel du chef d’œuvre du maître munichois. Il choisit de mêler les époques. Décors aux airs rococos, mais néanmoins très modernes, le spectateur se voit transporter à la frontière entre deux mondes, à l’image de la musique qui oscille entre la technique du Gegensprache, la reproduction au naturel de la diction sur la musique, novatrice, et les valses viennoises, clins d’œil à une époque révolue, attachées au personnage du Baron Ochs. Travail admirable qui matérialise les principaux thèmes de l’œuvre. Toujours divisée, la scène est le théâtre de ces deux mondes qui se côtoient, le vrai et le faux. Le passage entre les deux est aisé comme le suggèrent les minces rideaux qui coupent la scène et qui n’ont de cesse de s’ouvrir et de se fermer. La vie est une mascarade à laquelle prennent part tous les personnages comme le suggère la mise en abîme sur laquelle s’ouvre le troisième acte. Parmi eux, le Baron Ochs, qui sous ses airs d’aristocrate n’en est pas moins un goujat ou le jeune Comte Octavian à l’amour inconstant. Tous virevoltent, guidés par la dynamique baguette de Donald Runnicles. Une seule semble échapper à cette envolée sauvage. Non présente durant le seconde acte et au début du troisième, la Maréchale domine pourtant l’œuvre. Seule à prendre conscience du caractère éphémère des choses, elle est à part. C'est une femme digne qui traverse le monde des apparences afin d'accomplir son initiation : en renonçant à son amant, le jeune Octavian, la Maréchale comprend qu'il est vain de s'attacher à posséder.

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 Représentation du Chevalier à la Rose à Berlin, en 1912.
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Une interprétation subtile :
Si Le Chevalier à la Rose est servi par une excellente mise en scène, les chanteurs interprètent avec brio l’ambiguïté de leur personnage. Basse mondialement connue, Kurt Rydl campe un Baron Ochs qui n’est pas seulement détestable. Malgré une voix qui en fait un personnage imposant, les mimiques lui donnent des airs de garçonnets. A ses côtés, Stefanie Atanasov, mezzo-soprano et Lucy Crowe, soprano, deux silhouettes graciles, incarnent à merveille les deux jeunes amants Octavian et Sophie. Toute la fougue des amours de jeunesse, la joie enfantine des premiers émois sont exprimés, par leurs jeunes voix. Un chant sincère, un jeu sarcastique : la clé du succès de cette mise en scène. Ainsi, le duo des anges, le chant final des deux jeunes amants souligne le caractère éphémère de cet ardent amour, non sans ironie. A l’inverse, dénuée artifice, la Maréchale est la figure centrale de cet opéra. La soprano Michaela Kaum qui a rejoins en 1997 la troupe du Deutsche Oper lui prête sa voix. Elle nous livre une femme sensible, mais impériale qui contrôle son émotion. Ossature de l’œuvre, elle domine notamment le magnifique trio final. « Je voudrais m’agenouiller devant cette femme/et je voudrais lui faire du mal aussi/car je devine qu’elle me le donne/et me prend quelque chose de lui à la fois » : chante la jeune Sophie à son sujet. C’est la Maréchale qui par son « va la rejoindre » à Octavian rend l’amour des deux jeunes amants possibles. A l’issue du troisième acte, alors que se sont éclipsés Sophie et Octavian, la Maréchale se retire. Derrière un rideau, se dessine une ombre chinoise, elle nous semble alors être ce fantôme qui hante le Chevalier à la Rose.
Tel que l’avaient souhaité Richard Strauss et Hugo von Hofmannstahl, l’harmonie entre la musique et le livret est parfaite. La précision de Ronald Runnicles sert, avec une main de maître l’œuvre. On se laisse porter dans ce monde « mi rêve mi réalité » jusqu’à la note finale. Grandiose.
Mathilde Frézouls
2/03/10
Informations pratiques :
Der Rosenkavalier : 4 et 7 mars 2010 au Deutsch Oper Berlin, Bismarckstrasse 35, 10627 Berlin.
Pour en savoir plus sur la représentation :
http://www.deutscheoperberlin.de/?page=spielplandetail&id_event_date=4609283