imprimer   12.02.2012 
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La société Google, fondatrice du moteur de recherche du même nom s'est donnée comme mission "d'organiser l'information à l'échelle mondiale et de la rendre universellement accessible et utile". Son programme Google map participe à cette conquête des données en cartographiant les villes dans le monde entier. Street view une application développée en 2007 permet même, grâce à des assemblages de photos numériques, de voyager virtuellement à l'intérieur d'une rue depuis son poste d'ordinateur. Ce programme déjà disponible dans une vingtaine de pays pose un sérieux problème en Allemagne concernant le respect de la vie privée.




Pris le pied par dessus la clôture!

"Don't be Evil", ne soyez pas malveillant.

 

La devise du groupe devrait selon ses détracteurs s'appliquer à lui-même. En effet, un tel programme est perçu par les Allemands comme une réelle intrusion dans la vie privée. La protection des données personnelles occupe une place prépondérante dans le débat public dans la République Fédérale, le passé tant (le Troisième Reich et le régime de parti unique à l’Est) explique pour une grande part cette sensibilité particulière.

Les voitures du géant américain sillonnent l'Europe depuis près de 4 ans, surmontées d'une sorte de périscope avec une vue à 360° qui prend des clichés panoramiques des rues et donc des passants, des voitures, des portails, des jardins et des maisons.

La libre utilisation de ces données pourrait constituer un formidable filon d'information pour les voleurs, leur permettant de repérer tranquillement et de chez eux, les faiblesses des systèmes d'alarmes ou les divers points d'entrée d'une maison.

Il s'agit de plus d'une atteinte non sans conséquence au droit à l'image, en effet des personnes, sans jamais l'avoir voulu, peuvent se retrouver sur le web, fumant sur un balcon en secret, à moitié nues en train de dormir dans leur jardin, ou bien devant un mur, forfait accompli, une bombe de peinture dans la main...

Pour toutes ces raisons les Allemands restent très hostiles à son développement; en témoigne des actes de sabotages perpétrés sur les "Google's Car" ou bien certaines vidéos disponibles sur internet.

 




Un deux roue saluant amicalement la Google's car...

Un régime spécial pour l'Allemagne?

 

"Nous n'allons pas laisser faire ça" s’énerve Reinhold Harwart chef de fraction CDU du conseil municipal de Molfsee (Schleswig-Holstein) : "on peut tout voir sur ces photos, ce serait ouvrir nos maisons aux criminels." Google ne s'est pas senti menacé par ces propos. En effet Kay Oberbeck, porte parole de Google Europe se justifie par le fait que la rue est un espace publique et que "Street view n'est pas destiné aux criminels".

La société américaine a néanmoins accepté de faire une exception pour l'Allemagne. Ainsi, celui qui refuse que sa maison soit montrée sur internet pourra faire effacer sa photo. De plus, les visages comme les plaques d'immatriculations des véhicules sont automatiquement rendus méconnaissables, a assuré Arnd Haller, chef du département juridique de Google Allemagne. "Il est difficile d'interdire à une entreprise de lancer un service si celui-ci est légal", a-t-il ajouté, indiquant qu'actuellement les conditions techniques pour faire appliquer ces protections étaient en phase de mise en place.

La chancelière Angela Merkel a quant à elle expliqué qu'elle croit en la liberté d'internet mais a souligné que ce n'e devait pas être « une zone libre de droit ». Elle a même assuré le 27 février dernier sur son podcast hebdomadaire que ceux qui considèrent Street View comme une intrusion dans leur sphère privée pouvaient utiliser leur droit à s'y opposer.

 


Où vont nos visages?

 

Si comme on peut le voir sur l'application, les visages et immatriculations sont bien floutés par le logiciel, cette opération se fait après la prise des clichés. La question est donc de savoir ce que deviennent les prises de vues originales. Au niveau européen, un groupe de travail, « article 29 », ainsi dénommé car institué en application de l'article 29 de la Directive 95/46/CE sur la protection des données personnelles a été créé pour faire respecter le dit article. Présidé par le président de la CNIL*, Alex Türk, il regroupe les différentes autorités européennes de la protection des données. Devant la nécessité de réglementer les informations détenues dans ces photographies, il a demandé à l'entreprise américaine, selon laquelle les photos étaient conservées un an en cas "d'éventuelles erreurs", de ramener ce délais à six mois au regard de la bonne fiabilité du logiciel de floutage. Le groupe exige par ailleurs, une campagne d'information de la population avant toute prise de nouveaux clichés. Ces mesures de protection sont en accord avec la décision de la cours de Karlsruhe du 02/03/2010 qui a rejeté la loi sur la conservation des données télécom qui devront donc être effacés. www.lagazettedeberlin.de/5968.html

 

Le géant américain dans sa volonté de cartographier le monde va donc devoir continuer a faire des efforts s'il veut éviter d'avoir des blancs sur ses cartes.

 

* Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés

 

François Tillette de Mautort

02/03/2010

 









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