Récemment choisi par la chancelière pour être Commissaire européen, Günther Oettinger fait parler de lui pour ses piètres performances en anglais - langue qu'il dit pourtant maîtriser parfaitement. Or, dans le monde politique allemand, parler un anglais courant semble aujourd'hui une exigence, sous peine de critiques... Nouvelle proie des médias pour son accent souabe, on en oublierait presque ses compétences et son rôle au sein de la Commission.
« Wir können alles » … sauf parler anglais ?*
S'il existe un domaine où M. Oettinger doit faire ses preuves, c'est du côté de sa pratique de la langue anglaise – si l'on en croit du moins les commentaires fusant sur YouTube. En décembre dernier à Berlin, lors d'une conférence organisée par la Columbia University de New York, le futur commissaire avait choisi de s'adresser à son public non pas en allemand, mais dans la langue de Shakespeare – selon lui la « langue de travail » de l'avenir. Peut être faudrait-il à ce propos rappeler à M. Oettinger que le français est aussi de droit et de fait une langue de travail de la commission et que par ailleurs les autorités allemandes n’ont eu de cesse ces dernières années de rappeler l’importance qu’elles accordait à la présence et l’utilisation de l’allemand au sein des institutions européennes. Quoi qu’il en soit lors de cette conférence à Berlin, le texte, quoique rédigé dans un anglais plus que correct, avait souffert à l'oral d'un accent tonique bien mal maîtrisé. Le clip de la conférence de presse qui fit suite à l'entretien de M. Oettinger au Parlement européen, le 14 janvier 2010 confirme cette impression. Là, sans texte préparé, les fautes de grammaire et autres inexactitudes étaient beaucoup plus présentes.
Nouvelle victime des médias
Ses discours en anglais diffusés sur internet ont fait de M. Oettinger la nouvelle proie des médias, faisant presque oublier les piètres performance en la matière du vice chancelier M. Westerwelle, qui avait lui aussi été victime de critiques. Toutefois à la différence du ministre des affaires étrangères, l'ancien ministre-président du Bade-Wurtemberg parle volontiers anglais, même lorsque cela n'est pas nécessaire.
D'après les internautes, Mr Oettinger s'exprime en « souanglais » (= souabe + anglais) ou en allemand, « Schwänglisch » (= Schwäbisch + Englisch). Mais même lorsqu'il s'exprime dans sa langue natale, l'accent très fort de Günther Oettinger est souvent incompréhensible pour ses compatriotes des autres länders. Sa prononciation à la souabe a même été rebaptisée « Späzle-Englisch », du nom des nouilles traditionnelles de la région du Bade-Wurtemberg.
Les sites internet, mais aussi les journaux, ne se font pas prier pour parler de ce nouveau « phénomène ». Le quotidien de référence Süddeutsche Zeitung, s’est par exemple livré à une transcription littérale d'une phrase de M. Oettinger : « On se won händ, se creises revielt, sät se ris ä nied for mor governänte reguläschn » (on the one hand, the crisis revealed that there is a need for more governmental regulation)**.
Enfin l’incontournable présentateur et humoriste Harald Schmidt dans son émission sur ARD***, prend également plaisir à se moquer du nouveau commissaire européen avec un « Lexikon Oettinger », un dictionnaire pour apprendre l'anglais façon Oettinger.
Le choix de Mme Merkel...
M. Oettinger n'était pas le premier choix de la chancelière pour le poste de Commissaire Européen à l'énergie, mais le troisième. Ni le ministre fédéral de l'environnement Norbert Röttgen (CDU), ni le ministre-président de Hesse Roland Koch (CDU) tous deux pressentis pour ce poste n'en ont voulu. Madame Merkel s'est alors tournée vers Günther Öttinger, et a déclaré être très contente qu'il ait répondu à cette offre.
Malgré le manque d'expérience de M. Oettinger sur la scène internationale, Angela Merkel se dit convaincue qu'il sera « un poids lourd » dans la politique à Bruxelles. Comme ex-ministre-président d'un des Länder économiquement les plus puissants du pays, il peut être considéré comme crédible en matière économique.
Au sein de la Commission, M. Oettinger a désormais en charge pour cinq ans des dossiers décisifs : la mise en œuvre de la politique énergétique européenne, le développement des énergies nouvelles, la réduction de la consommation d'énergie ou encore de la création d'un marché intérieur compétitif au sein de l'Union.
Cette polémique autour de la pratique de l'anglais revient régulièrement en Allemagne. On se souvient de la conférence de presse inaugurale de Guido Westerwelle comme ministre des affaires étrangères qui avait fait le buzz (« Auf deutsch of course », www.lagazettedeberlin.de/5598.html).
Claire E. A. Webster et Madeline Bourvon
01/03/10
*Le slogan officiel du Land de Bade-Wutemberg est « Wir können alles. Außer hochdeutsch. » (« Nous savons tout faire. Sauf parler l'allemand standart. ») fait référence au fort accent local.
** « D'une part, la crise a révélé un besoin de plus de réglementation gouvernementale »
Né en 1953 à Stuttgart, Günther Hermann Oettinger se lance tôt dans la politique. Dès 1977, il devient membre de la "Junge Union", le mouvement pour la jeunesse de l'Union chrétienne-démocrate d'Allemagne (CDU), en Bade-Wurtemberg, et en sera le président de 1983 à 1989.
Avocat de formation, il est élu au Landtag (parlement régional) du Bade-Wurtemberg en 1984, puis président de la CDU dans le district du Nord-Wurtemberg de 2001 à 2005. De 1991 à 2005, il fut également président du groupe parlementaire régional de la CDU, puis ministre-président du land le 29 avril 2005. Il préside depuis 1999 au sein de la CDU, le comité pour la politique des médias.
En 2006, il est réélu ministre-président lors des élections régionales et dirige par la suite un gouvernement régional de coalition, composé de membres de la CDU et du Parti libéral-démocrate (FDP).
Désigné membre de la nouvelle Commission Européenne en octobre 2009 par Angela Merkel, il remplace, à Bruxelles, le social-démocrate Günter Verheugen depuis février 2010.