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L'exposition « Macht Zeigen, Kunst als Herrschaftsstrategie » (signes de pouvoir, l'art comme stratégie de domination) du Deutsches Historisches Museum de Berlin présente différentes manières dont les hommes politiques et les puissants de ce monde se servent de l'art pour asseoir leur pouvoir. Le professeur Wolfgang Ullrich, spécialiste des images de la publicité et de la propagande, a sélectionné des photographies d'œuvres d'art de l'époque classique à nos jours, qui témoignent de ces usages variés de l'art à travers l'Histoire.




La Galerie de Cornelis van der Geest, Willem van Haecht 1628

Les puissants et l'art : un couple déjà ancien

L'exposition est organisée chronologiquement. A l'entrée sont présentées des photographies de tableaux du 16e au 19e siècles qui montrent que l'usage de l'art pour établir la puissance n'est pas un phénomène nouveau. Le tableau La Galerie de Cornelis van der Geest de 1628 vise par exemple à faire l'éloge de son commanditaire, le riche bourgeois d'Anvers van der Geest. On peut en effet lire en français sur le tableau représentant sa galerie d'art personnelle « vive l'esprit ». Or le mot flamand «geest» signifie « esprit ». Le curateur de sa galerie, le peintre flamand Willem van Haecht, donne donc une image valorisante du bourgeois qui l'emploie, d'autant plus que le grand nombre d'œuvres d'art possédées par van der Geest est mis en valeur. Cette représentation permet de consolider la puissance du bourgeois dans la ville.




photo officielle du président français François Mitterrand

La France et l'Allemagne: une utilisation différente des symboles?

La plus grande partie de l'exposition concerne la manière dont les hommes politiques contemporains utilisent l'art. Les photographies officielles des présidents de la Cinquième République française comparées à celles des chanceliers allemands sont intéressantes. Quatre des six présidents se font photographier devant la bibliothèque de l'Elysée, un livre à la main, voire en train de lire, pour François Mitterrand, alors que les chanceliers se font photographier à leur bureau en train de travailler. Des Français intéressés par la culture et des Allemands laborieux et travailleurs? Doit-on comprendre que pour donner une bonne image d'eux-mêmes les Français doivent mettre en valeur leur culture tandis que les Allemands doivent privilégier leurs capacités de travail et leur vaillance ? Chaque homme politique a sa propre idée pour se mettre en valeur. Alors que Gerhard Schröder choisit une pose presque provocatrice en lisant ses papiers d'un air un peu je-m'en-foutiste, Angela Merkel pose assise à son bureau sous le portrait d'Adenauer peint par Oskar Kokoschka en 1963. M. Schröder cherche-t-il à montrer qu'il est humain dans son rôle de chancelier et Mme Merkel qu'elle souhaite s'inscrire dans la lignée de son prédécesseur de la CDU?

 




Gerhard Schröder à son bureau regardant Fingermalerei-Adler de Baselitz

Les Français n'hésitent pas à poser devant les drapeaux où Marianne, tandis que les Allemands s'écartent des insignes de leur nation de peur que cela ne rappelle la période nazie. Seul Gerhard Schröder se fait photographier à son bureau le regard dirigé vers une peinture d'aigle. Il faut cependant remarquer que Fingermalerei-Adler (peinture au doigt-Aigle) peint en 1972 par Baselitz représente un aigle renversé et démonte l'identification symbolique de l'Allemagne conquérante et patriotique.




Guido Westerwelle et Norbert Bisky

Trop d'art tue l'art?

Guido Westerwelle, vice-chancelier n'hésite pas à se faire photographier avec des artistes, comme Norbert Bisky avec qui il accroche une des toiles peintes par ce dernier. Quant à Klaus Wowereit, maire de Berlin, on le voit dans son cabinet de travail où l'on distingue bien sûr des œuvres d'art. Jonathan Meese, jeune artiste de 40 ans diplômé de l'Académie des arts de Hambourg en 1998, déplore que les hommes politiques se servent de l'art pour faire leur promotion sans servir l'art lui-même. On peut lire sur les murs de l'exposition: « La politique doit toujours venir à l'art, jamais l'inverse » ou encore « Après que les hommes politiques ont donné le pouvoir à l'art, ils peuvent abdiquer ».

Cependant, si les hommes politiques instrumentalisent l'art, ils ne sont pas les seuls. La dernière partie de l'exposition montre comment l'art est devenu une stratégie d'entreprise. Pour faire bien, les hommes politiques et les personnes de la « haute société » doivent forcément s'intéresser ou faire semblant de s'intéresser à l'art. En filigrane de cette exposition apparaît aussi peut être une critique de cet intérêt pour l'art que font mine d'avoir tous les puissants


Cette exposition est agréable à regarder et les photographies sont bien organisées et catégorisées. Il est cependant dommage que plus d'exemples ne soient pas montrés et que les photographies soient parfois peu analysées. L'exposition ne pâtit tout de même pas trop de ce manque car elle montre bien que pouvoir et art sont intrinsèquement liés.

 

Marie Passot

26/02/2010

 

Exposition « Macht Zeigen, Kunst als Herrschaftsstrategie » du 19 février au 13 juin 2010

curateur Wolfgang Ulricht

au Deutsches Historisches Museum

Hall d'exposition I. M. Pei 10117 Berlin

entrée : 5€








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