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 Une scène de "Frauenzimmer", film documentaire de Saara Aila Waasner
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Fraîchement diplômée de l'académie du film de Bade-Wurtemberg, la jeune réalisatrice Saara Aila Waasner a vu son documentaire « Frauenzimmer » sélectionné dans la section « Perspektive deutsches Kino » à la Berlinale. Un début de carrière prometteur pour la jeune femme qui a choisi de parler d'un sujet délicat: la prostitution.

La Gazette de Berlin: Dans votre documentaire, vous dessinez le portrait de trois femmes qui vendent leurs charmes pour gagner leur vie. C'est un sujet aussi sensible que osé. Pourquoi l'avoir choisi?
Saara Aila Waasner: En réalité, c'était un pur hasard. Je passais une soirée chez des amis, quand un copain m'a parlé de sa marraine qui travaille en tant que prostituée. L'histoire m'a intriguée d'autant plus quand j'ai appris que cette femme avait déjà l'âge de la retraite. Dans mon imagination, seules les jeunes filles exerçaient ce métier. Donc j'ai commencé à faire des recherches et j'ai découvert qu'il y a beaucoup de femmes âgées qui proposent leurs services, par exemple sur des sites spécialisés. La question du vieillissement dans cette branche m'a tellement intriguée que j'ai eu envie de faire un film la-dessus.
La Gazette de Berlin: La prostitution est un métier dont tout le monde n'est pas fier. Il semble difficile de trouver des femmes qui sont prêtes à dévoiler leur activité au grand public. Comment avez-vous procédé pour trouver vos protagonistes?
Saara Aila Waasner: J'ai épluché les sites « de rencontre » à la recherche de femmes qui me semblaient avoir une histoire particulière à raconter. L'avantage, c'est qu'il y a toujours moyen de les contacter grâce aux coordonnées destinées aux clients. Je les ai appelées et présenté le projet. C'est vrai que beaucoup de femmes étaient sceptiques au début. Elles ne font pas confiance aux journalistes, car les médias ne parlent pas souvent de leur métier d'une manière très positive. Mais finalement, j'ai pu rencontrer une trentaine de femmes qui étaient d'accord pour me raconter leur parcours. Mais certaines n'étaient finalement pas prêtes à se faire filmer, elles craignaient des conséquences pour leurs familles ou pour leur vie sociale.

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 Christel (59 ans), une des protagonistes de "Frauenzimmer"
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La Gazette de Berlin: Vous avez finalement choisi trois femmes qui se plaisent dans leur métier. Etait-ce le cas pour toutes les femmes que vous avez rencontrées?
Saara Aila Waasner: Tout d'abord, il faut savoir que toutes les femmes auxquelles j'ai parlé exerçaient leur métier de leur propre gré. Ce qui ne veut pas dire que la prostitution forcée n'existe pas, bien sûr. Mais il s'agit souvent d'étrangères détenues dans des réseaux de traite d'êtres humains. C'est un crime et c'est donc un tout autre sujet que le mien. Parmi les femmes auxquelles j'ai pu parler, il y en avait bien sûr certaines qui se prostituaient parce que c'est de « l'argent facile », mais d'autres soulignaient par exemple le fait que ce métier leur permet d'organiser leur temps de travail selon leurs envies, et que c'est cette liberté qu'elles apprécient.
La Gazette de Berlin: Ceci sonne très bien. En effet, vous montrez trois femmes fortes et émancipées. C'est un regard très positif sur ce métier qu'est la prostitution. Est-ce qu'on vous a reproché d'embellir la réalité, par exemple de la part de féministes engagées?
Saara Aila Waasner: Soit les féministes ne sont pas venues voir mon film, soit elles l'ont aimé. En tout cas, je n'ai reçu que des réactions positives. Et je pense que cela est dû au fait que l'ambition de ce film n'est pas de dresser une réalité générale sur ce milieu. Ce sont les histoires très personnelles de ces trois femmes, leur vie et leur parcours à elles. Christel par exemple est un cas tout à fait particulier, elle a vécu toute sa vie sans tirer aucun plaisir de la sexualité, puis elle a basculé vers l'autre extrême qui est la prostitution. C'est assez atypique et cela ne vaut pas pour la majorité des prostituées. Le public comprend très bien cela. Beaucoup de gens trouvent que ce film donne de l'espoir, non seulement pour des femmes qui se prostituent mais pour tout le monde. Il montre qu'il n'est jamais trop tard pour se réinventer.
Propos recueillis par Alexandra Friedmann
24/02/10

Lire l'article sur "Frauenzimmer"
Lire l'article sur "Frauenzimmer": http://www.lagazettedeberlin.de/5891.html