En 52 minutes, The Antlers nous racontent une histoire, avec un prologue, 2 personnages et un épilogue. « Hospice », classé parmi les meilleurs albums de 2009, a permis de révéler un groupe new-yorkais dont la musique et les paroles sont à fleur de peau. En concert prochainement en Allemagne.
Problème de la musique numérique et de la possibilité de télécharger (légalement bien sûr) seulement certains morceaux d’un album : risquer de ne pas apprécier à sa juste valeur les opus, qui n’atteignent leur beauté que dans la complétude de l’album. « Hospice » ne peut être divisible par les 10 titres qui le composent, car sa beauté se trouve dans l’histoire contée par The Antlers.
The Antlers: Michael Lerner, Peter Silberman et Darby Cicci (crédit photo: Ben Ritter)
Success Story
Il existe peu d’exemples de projets solo qui finissent par devenir un véritable groupe. The Antlers prouvent le contraire. Au début, il ne s'agissait que d'un seul homme, Peter Silberman, chanteur et guitariste. Après avoir déménagé à Brooklyn, il se coupe de sa famille et de ses amis afin de composer ses deux premiers albums, parus sous son propre nom. Puis il recrute deux musiciens, Michael Lerner à la batterie et aux percussions, et le multi-instrumentiste Darby Cicci (clavier, trompette, banjo). Le groupe enregistre deux albums. En mars 2009 sort « Hospice », entièrement autoproduit par The Antlers. L’album se vend jusqu’à l’épuisement des stocks, obligeant le groupe à presser d’autres copies. « Hospice » est tellement acclamé par la critique que le label new-yorkais French Kiss Records signe le groupe. The Antlers réenregistrent et remasterisent leur « Hospice » en Aout 2009. Succès mérité.
The Anlters en concert
Sad Story
« Hospice » est un album-concept et narre l’histoire d’un homme travaillant dans un centre de recherche et de traitement du cancer. Cet homme y rencontre Sylvia, une patiente atteinte d’un cancer de l’os. Il tombe amoureux d’elle et reste à ses côtés alors qu’elle s’éteint peu à peu. Au fil des 10 chapitres qui composent l’album, les chansons embrassent tour à tour le point de vue de l’homme et celui de Sylvia. On y découvre la joie désespérée, la peur, les regrets, l’amour.
Silberman raconte la genèse de l’album. « A l’origine « d’Hospice » il y a les sentiments qu’on éprouve lorsque l’on s’occupe d’un malade incurable, qui disparaît en face de nous. On n’a pas le droit de discuter avec lui, car c’est lui qui souffre et qui mourra. Alors on doit encaisser ça, mais on ne peut le faire que jusqu’à un certain degré. En fin de compte, on réalise que c’est cette personne qui finit par nous détruire ».
Dit comme ça, ça n’a pas l’air très joyeux. Ça ne l’est pas. Alors pourquoi ? La vie est déjà dure comme ça, pourquoi se plonger la tête dans une bassine de pathos pour s’y laisser noyer ? Mais parce que c’est beau, c’est bien fait, ça éveille quelque chose en nous. La tristesse ne fait pas forcément danser les foules, mais peut nous faire submerger. Jeff Buckley et Radiohead ont autant de succès car il ont réussi à mettre la mélancolie en musique. Il en est de même avec The Antlers. Silberman se met à nu, émotionnellement et musicalement.
Peter Silberman et son tapi de pédales d'effets: l'archétype du shoegazer
Wonderful Story
Tels des funambules, The Antlers oscillent entre calme et tension. Les mélodies sont d’une beauté infinie et créent un étonnant contraste entre la brutalité de l’histoire et la douceur des chansons. La noirceur des paroles n'en est que magnifiée. Musicalement parlant, « Hospice » vogue entre du Bon Iver, Anthony & The Johnson, Sigur Rss et Elliot Smith. Sur Sylvia, The Antlers flirtent aussi avec du shoegazing* à la M83 par un certain chaos de réverbs et de delays. Les nombreux arrangements de Two confèrent un coté Arcade Fire, qui n'est pas pour nous déplaire. Bear est peut être la masterpiece de l’album. Le morceau débute en douce comptine-complainte et se change en gracieuse pop-song qui rappelle du Belle & Sebastian. La voix fragile et cristalline de Peter Silberman réussit à être déchirante sans jamais tomber dans la mièvrerie, particulièrement sur le crépusculaire Wake.
« Nous voulions réussir à faire quelque chose d’intense mais pas trop compliqué. Je n’aime pas le mot « foisonnant », mais finalement c’est le meilleur moyen pour décrire « Hospice ». Les structures des morceaux sont comme des chansons pop – strophe/refrain, strophe/refrain – mais la musique est simplement post-rock » explique Peter Silberman.
Dans la musique, l’amour a toujours été un fonds de commerce, pourtant la maladie est quelque chose de grave – mais tellement courant et commun qu’elle en est un thème légitime. A aucun moment Silberman ne se veut larmoyant, et The Antlers ne cherchent pas à nous pousser dans un abîme dont on ne ressortirait pas entier. Le groupe réussit simplement à apposer des mots et des notes à ce tabou qu’est le cancer. L’épilogue de l’album arrive et Silberman a exorcisé ses démons. « Hospice » se termine et nous laisse dans une douce quiétude. On reste cependant encore bouche bée par cette grande et magnifique expérience que le groupe nous a offerte.
Le groupe sera en concert en Allemagne en mars. A ne pas rater !
* Le Shoegazing tire son nom des mots anglais «shoe» (chaussure) et «gaze» (regarder) et décrirait la tendance des guitaristes shoegazers à rester concentrés sur leurs pieds et leurs pédale d’effets pendant leurs concerts. Exemples de musique relevant du Shoegazing : M83, School Of Seven Bells, The Big Pink.