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Garagiste français à Berlin

imprimer   19.05.2013 
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Le tribunal constitutionnel de Karlsruhe, la plus haute juridiction allemande, a tranché contre le système des allocations chômages « Hartz IV », jugé insuffisant pour permettre aux enfants de chômeurs dépendants des aides de vivre décemment. Un débat s'est alors engagé pour trouver une meilleure répartition de l'aide sociale. Il s'articule autour de deux axes: comment permettre une vie descente aux enfants sans alourdir les dépenses de l'Etat et quelles mesures mettre en place pour que l'argent attribué bénéficie directement aux enfants. Mais l'idée que les chômeurs ne méritent pas d'aides est aussi présente sur la scène politique et dans le discours du leader du parti libéral Guido Westerwelle, par ailleurs vice-chancelier de la république Fédérale et ministre des affaires étrangères, qui a déclaré que le « système Hartz IV rappelle la décadence de l'Empire Romain »


Des prestations en nature plutôt que de l'argent

 

Il a été établi que les besoins des enfants ne sont pas seulement alimentaires mais aussi culturels et que les sorties scolaires, tout comme l'apprentissage d'un instrument ou la participation à un club de sport doivent être rendus possibles pour les enfants de toutes les classes sociales. En effet, pour atteindre plus d'égalité dans la formation culturelle, ces activités doivent aussi être envisageables pour les enfants des chômeurs. Cependant, le parti libéral FDP dénonce le fait que les adultes bénéficiaires des allocations pour leurs enfants gaspillent en général trop d'argent dans des biens non nécessaires voire nocifs, comme l'alcool ou les cigarettes au lieu d'utiliser l'argent pour leurs enfants. La ministre du travail, Ursula von den Leyen, veut proposer un panel de mesures visant à fournir directement aux familles les biens dont leurs enfants ont besoin pour avoir accès aux loisirs (instruments de musiques, affaires de sport...) plutôt que de l'argent en vue d'acheter ces biens. Ces mesures éviteraient selon elle que les parents utilisent l'argent à d'autres fins que l'éducation de leurs enfants. Les enfants dont les parents sont divorcés ou séparés pourront bénéficier d'une aide pour les frais de transport, afin qu'ils puissent régulièrement rendre visite au parent avec lequel il ne vivent pas. Cependant, le budget imparti par le gouvernement ne couvrira pas le remplacement des machines à laver ou des réfrigérateurs hors d'usage des familles touchant le Hartz IV. Le SPD considère ces appareils électroménagers comme essentiels et dénonce un désengagement de l'Etat.

Toutefois, la redistribution du Hartz IV devrait aussi bénéficier aux malades et aux handicapés. Une aide à domicile sera mise à disposition des personnes invalides et une partie des médicaments devrait être remboursée aux malades qui sont dépendants du Hartz IV.

 

La réaction des familles et des Eglises

 

Les journalistes se sont récemment beaucoup intéressés aux familles dépendantes du Hartz IV pour voir si celles-ci arrivaient ou non à vivre des allocations du Hartz IV, à l'instar du Bild, quotidien populaire à grand tirage, qui s'attache à montrer les difficultés financières des ménages et interviewe la famille Kerber-Schiel de Dortmund, une des familles qui avait porté plainte contre la loi Hartz IV: « A partir du 20 du mois, cela devient difficile ». On a peu entendu parlé des réactions des familles qui avaient porté plainte en justice contre la loi Hartz IV après le verdict. Cependant les associations de familles sont satisfaites de la décision de le justice: « Die Deutscher Familienverband », association sans parti et laïque pour la représentation des familles en Allemagne, « attend maintenant du gouvernement et du parlement qu'ils arrêtent le rafistolage pour le minimum vital des enfants et qu'ils prennent enfin des mesures sensées pour les familles »

Les Eglises catholiques et protestantes réclament quant à elle l'application de la décision du tribunal. Le président de Caritas (association caritative catholique) souhaite « une vraie politique sociale de combat du chômage et de la pauvreté » tandis que l'Eglise évangélique d'Hambourg appelle à un « jeûne Hartz », qui consiste à vivre avec le montant de l'allocation Hartz IV pendant un mois pour se rendre compte de la difficulté de vivre avec peu de moyens.

 

 

 

 





Pourcentage de la population bénéficiant du Hartz 4

Des prestations adaptées au coût de la vie en fonction des régions?

 

Il existe une disparité régionale. En moyenne, 7,9% des Allemands touchent les allocations Hartz IV, mais à Berlin, c'est 16,7% de la population qui est dépendante de cette aide et à Brême 13,9%. L'est de l'Allemagne a aussi une proportion de personnes bénéficiant du Hartz IV supérieure à la moyenne, tandis que les Länders du sud de l'Allemagne ont une proportion d'allocataires inférieure à 8% de la population. En Bavière, région ou la proportion des allocataires du Hartz IV est la plus faible d'Allemagne, seule 3,7% de la population est dépendante du Hartz IV. On sait de plus que le coût de la vie n'est pas le même dans tous les Länders.

Mais à ceux qui arguent que les prestations sociales doivent être proportionnelles aux besoins de chacun, c'est à dire adaptées aux prix de la région dans laquelle les allocataires vivent, la ministre du travail rétorque cependant que les paramètres sont extrêmement nombreux et qu'on ne peut pas s'engager sur la voie d'une «énorme machine bureaucratique ».

Die Zeit, hebdomadaire d'information et d'analyse politique, ajoute qu'il y a aussi « des vérités qu'il ne faut pas passer sous silence ». Les étrangers seraient en effet plus bénéficiaires des aides sociales Hartz IV que les Allemands. Le Bild nuance cette affirmation en expliquant que certes 28% des bénéficiaires d'Hartz IV sont des étrangers alors qu'ils ne représentent que 13% de la population totale, mais qu'en fait la part des étrangers dans le système Hartz IV est inférieure à un tiers: ils ne sont donc pas les bénéficiaires majeurs des allocations Hartz IV.



Un ministre sorti d'un bain au lait d'ânesse

 

Le verdict du 9 février 2010 établit que les aides du Hartz IV sont insuffisantes pour permettre aux enfants en dépendant de vivre au dessus du seuil de pauvreté. Il faut donc augmenter les allocations pour les enfants. Augmenter le bien-être des enfants? Oui, mais d'où va provenir l'argent?

Les Verts et les sociaux-démocrates (SPD) réclament l'augmentation des minima sociaux. De son côté, la ministre du travail Ursula von den Leyen de la CDU (union chrétienne démocratique), elle même mère de sept enfants et jusqu'en décembre 2009 ministre de la famille, « souhaite que la dignité humaine des enfants soit respectée et estime que les aides du Hartz IV ne doivent pas être augmentées mais distribuées différemment de telle sorte que plus d'argent aille directement aux enfants ». Kristina Schröder (CDU), la toute jeune ministre de la famille (32 ans), récemment mariée, qui a succédé à Ursula von den Leyen en décembre, reste quand à elle assez vague sur le sujet. Elle déclare seulement qu' « il est juste et important que les familles qui sont dépendantes des allocations et les besoins de leurs enfants soient prises en compte »

Cependant, si la CDU ne se déclare pas opposée aux aides sociales, il n'en est pas de même des libéraux du FDP. Le leader du parti, Guido Westerwelle, a non seulement annoncé que le système Hartz IV rappelait « la décadence de l'Empire romain » mais il tient aussi ce débat sur la restructuration du « Hartz IV » pour cynique, étant donné que « les Allemands qui sont assidus au travail, doivent presque s'excuser de vouloir retirer des avantages du fait de travailler ». Selon lui, la pression fiscale est déjà trop forte et on ne doit pas ponctionner plus les ménages qui travaillent sous prétexte de donner une aide sociale plus élevées pour les enfants. Il dit encore « celui qui travaille ne doit pas être l'andouille de la nation ». Le quotidien Das Bild titre en effet « Guido reste Guido », il fait beaucoup de bruit et ne veut pas laisser passer sans critiquer « le bien être sans contraintes » de la population qui ne travaille pas et vit des aides de l'Etat. Il aimerait que « les allocataires du « Hartz IV » soient utilisés pour des travaux d'intérêt commun comme le pelletage de la neige » plutôt qu'ils ne fassent rien. Les affiches pour la campagne législative de septembre 2009 du leader du parti libéral avec le slogan « Arbeit muss sich wieder lohnen » (le travail doit de nouveau valoir le coup ) résument bien sa pensée.

Dans le magazine Wirtschafts Woche, le rédacteur en chef Roland Tichy évoque dans son éditorial « le pauvre Etat-Nounou » et déplore que « celui qui travaille se fasse avoir ». L'économiste Wolfang Franz ajoute dans le même magazine que « celui qui reçoit le Hartz IV et qui a des enfants s'en tire mieux que celui qui travaille à plein temps pour un petit salaire ». Selon lui, baisser les aides sociales de 30% serait nécessaire pour que les allocations ne soient pas plus attrayantes que le salaire mensuel d'un travail.

Les sociaux-démocrates rétorquent à cet argument que la création d'un salaire minimum permettrait aux 1,4 millions d'allemands dont le salaire est trop faible et auxquels l'Etat verse pour l'instant des compléments de revenus, de vivre décemment et à l'Etat de faire des économies. Frank-Walter Steinmeier du SPD reproche de plus à Guido Westerwelle son « incroyable cynisme » et « d'incendier la nation » en souhaitant réduire les aides sociales au dessous d'un seuil permettant une vie descente. De son côté, Klaus Wowereit a déploré que « M. Westerwelle profite de cette affaire pour se mettre en avant au détriment des chômeurs ».




Heiner Geißler qui aujourd'hui décrit volontiers M.Westerwelle comme un âne avait été comparé à un loup dans les années 80!

Cependant, les critiques ne viennent pas seulement de l'opposition mais aussi du propre camp de M. Westerwelle. Heiner Geissler, ancien secrétaire général de la CDU, déclare dans die Welt, quotidien du groupe Springer, que M. Westerwelle a raison de comparer le système Hartz IV à la décadence de l'Empire romain, car celle-ci « consistait entre autre dans le fait qu'après leurs bouffes les riches se baignaient dans du lait d'ânesse et que l'Empereur Caligula avait nommé un âne pour Consul, or depuis 100 jours, un âne est devenu ministre des affaires étrangères allemandes ». Il ajoute: « lors de la décadence de l'Empire romain, une élite s'empiffrait jusqu'à la nausée pendant que les gens de condition plus modeste souffrait de la faim, ce qui correspond bien en la situation d'aujourd'hui où quelques fortunés se baignent dans le superflu alors que 2 millions doivent vivre du Hartz IV et y parviennent à peine ». De même Horst Seehofer, le chef de la CSU, appelle « son ami Guido » a plus de sérénité par son jeu de mot « kein Tsunami, nur eine Wersterwelle »*. La chancelière est quant à elle tout d'abord restée discrète sur le sujet, ce qui a fait dire au leader du parti libéral qu' « elle n'a pas compris qu'elle ne régissait plus une coalition avec le SPD ». Elle a ensuite condamné son vice-chancelier en déclarant que « s'il faut renforcer les personnes les plus performantes, il ne faut pas oublier la solidarité avec ceux qui n'ont pas les moyens ». Comme a son habitude, Angela Merkel laisse parler puis siffle à la fin de la partie.

 

* »Pas de tsunami, seulement une Westerwelle », nom propre du leader du FDP que l'on peut aussi traduire dans ce contexte par « vague de l'ouest », étant donné qu'en allemand, « west » signifie « ouest » et « welle » « vague ».

 

bref historique des réformes Hartz : www.lagazettedeberlin.de/5906.html

 

Marie Passot

19/02/10








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