

Submarino de Thomas Vinterberg
Après plusieurs tentatives, La Gazette de Berlin a réussi de bon matin un "Herausforderung" : obtenir des tickets pour la projection très attendue du film Submarino du talentueux réalisateur danois Thomas Vinterberg. Une projection bouleversante d'une heure quarante samedi dernier au Berlinale Palast où les applaudissements vibrants d'émotion ont clôturé la séance.

Thomas Vinterberg est un maître incontesté du drame familial. Créateur avec Lars von Trier du mouvement cinématographique Dogme 95, il est révélé au niveau international avec son film Festen, récompensé en 1998 à Cannes par le Prix spécial du Jury. Il réitère aujourd'hui dans le genre tragique avec "Submarino" dont le titre du film fait référence à une technique de torture qui consiste à maintenir la tête sous l'eau et à la faire ressortir juste avant que les poumons ne se remplissent. Cette métaphore illustre parfaitement la lutte des personnage principaux pour tenter de se maintenir à flot.
En lice pour l'Ours d'Or, le film est adapté d'un roman danois de Jonas T. Bengtsson. C'est l'histoire de deux frères à l'âme piétinée par une mère absente et alcoolique. Projetés trop tôt hors de l'enfance et livrés à eux-mêmes, les deux garçons d'une dizaine d'années s'occupent, tels des adultes, de leur petit frère encore nourrisson. La mère est dans l'incapacité totale de prendre soin d'eux, trop occupée à boire. Détail révélateur : elle n'a d'ailleurs pas pris la peine de trouver un prénom pour son dernier enfant. Ce sont les deux garçons qui, sous la blancheur lumineuse d'un drap, improvisent un baptème pour ce petit frère sans nom. La caméra filme religieusement la cérémonie et suit le doigt à l'ongle un peu sale qui trâce sur le crâne encore fragile un signe de croix. L'espace d'un instant, les enfants se retrouvent protégés symboliquement du monde extérieur par le frêle linge blanc. Dans la salle, chacun retient son souffle et attend l'inévitable retour à la réalité De cette éphémère blancheur imaculée, on bascule dans la profonde noirceur de la mort.
Copenhague, quelques années plus tard dans leur vie d'adulte : Nick, l'ainé des deux, 33 ans, vient tout juste de sortir de prison. Il s'entraîne froidement dans une salle de sport et façonne ses muscles à défaut de sa vie. Le cadet, héroïnomane, est tiraillé entre ses deux amours : son fils et sa dope, la dope et son fils. Il tente tant bien que mal de l'élever et aspire par dessus tout à une vie meilleure pour eux deux. Les deux frères mènent des vies parallèles, et tour à tour se cherchent et se ratent. Ce film poignant traite de la maltraitance, des blessures d'enfance irréversibles, de la famille et de la construction de l'identité. Sans jamais tomber dans le pathétique, Thomas Vinderberg pose un regard distancié mais plein d'humanité sur des personnages écorchés vifs. Il filme subtilement avec une étonnante et rare beauté, la destruction et l'auto-desctruction au fil des ans et des générations. On ne ressort pas indemne de la salle, et le coeur serré, les lèvres tremblantes on contemple avec émotion la dure et brutale réalité.
Caroline Marie-Cussy, le 18/02/10


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 Les deux acteurs principaux : Jacob Cedergren et Peter Plaugborg
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Filmographie
Submarino - 2010
Dear Wendy - 2005
It's All About Love - 2003
Les Héros - 2000
Festen - 1998
Le garcon qui marchait à reculons - 1994
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