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Alors que se déroule la 60ème édition de la Berlinale, en coulisse, les professionnels du monde du cinéma s’activent. C’est l’occasion de s’interroger sur la coopération franco-allemande dans le cinéma. Partenaire du festival dans le cadre du Prix « Dialogue en perspective », l’OFAJ a convié des professionnels français et allemands à s’exprimer sur ce thème lors d’une Table Ronde. Regards croisés.


La Berlinale c’est bien sûr des stars sur tapis rouge, des premières en grandes pompes et des paillettes. Mais pas que. Le cinéma c’est aussi du business. Et pour cause, les spécialistes profitent du festival pour se rencontrer et prendre le pouls du septième art. Bonne nouvelle, depuis quelques années, les coproductions franco-allemandes se portent bien. Grâce à l’OFAJ se sont retrouvés des grands de l’industrie du cinéma pour dialoguer sur cette entreprise d’avenir, entre désirs, frustrations, ouvertures et succès.  




L'affiche allemande de "Bienvenu chez les Chtis"

Le cinéma franco-allemand :

 

                Dans le septième art, les liens entre France et Allemagne ne sont pas nouveaux. On peut par exemple penser à Jules et Jim de Truffaut et à la fuite des protagonistes vers la Forêt Noire pour échapper à la Première Guerre Mondiale. Alors qu’on entend régulièrement que le cinéma est en crise, qu’en est-il des productions franco-allemandes ? Si on se penche sur les chiffres, il semble que tout va bien, merci. Cela s’explique sans doute par la bonne santé des cinémas nationaux. De part et d’autre du Rhin, le nombre de places vendues augmente d’année en année. 200 millions d’entrées en France en 2009, on n’avait pas conne ça depuis 1984 ! En 2007, la part des productions nationales était de 36,5% en France et de 18,9% en Allemagne. De quoi garder le sourire, en effet. Si les actrices françaises s’exportent bien, à l’image de Marion Cotillard, le cinéma allemand bénéficie lui aussi d’un souffle nouveau grâce à ce que l’on appelle la « Nouvelle vague allemande ». Celle-ci est portée par les membres de « l’école de Berlin » qui compte notamment dans ses rangs Fatih Akin,  Florian Henckel von Donnersmarck ou encore Tom Tykwer. Que des premiers de la classe. Les films germaniques ne sont désormais plus réservés aux classes d’allemand mais connaissent en France un large succès. L’inverse se vérifie aussi, l’humour franchouillard de Bienvenu chez les Chtis semble avoir réussi à traverser la frontière. Christine Berg, chargée de projets au Filmförderungsanstalt (fonds allemand de soutien au cinéma) avoue d’ailleurs : « ce film m’a fait mourir de rire ! ».




"Le Ruban Blanc" une coproduction franco-allemande palme d'or à Cannes.

Des frontières qui persistent :

 

                Pourtant la coopération franco-allemande dans le cinéma ne va pas toujours de soi. C’est ce qu’explique Stefan Arndt de chez X-Film, producteur et responsable de la coproduction Le Ruban Blanc de Michel Hanecke. S’il n’existe aucun autre domaine franco-allemand bénéficiant d’autant de dynamisme que le cinéma, « la coopération reste difficile » explique t-il. « Les deux systèmes sont très différents. En France, le réalisateur est quelqu’un de respecté, les chaînes de télévision investissent beaucoup et les moyens mis à disposition des réalisations sont généralement importants, ce qui n’est pas le cas en Allemagne. Pour que la coopération soit possible, il faut que les producteurs qui se rencontrent aient les mêmes profils. » Au-delà des différences administratives et fonctionnelles, il existe aussi des particularités culturelles propres à chacun. Michel Reilhac, directeur général délégué d’Arte France Cinéma responsable des productions cinémas prend notamment l’exemple de l’humour. « L’humour touche des critères fondamentaux subconscients et il est très difficile de s’enthousiasmer pour un même film en même temps » souligne-t-il. L’humour vise toujours un grand nombre d’entrées. S’il reste une particularité nationale, il est possible qu’il fasse rire le public au-delà de ses frontières. Ce fut le cas de Good Bye, Lénine ! de Wolfgang Becker.




"Good Bye, Lenine !"

Les impulsions politiques :

 

                En juin 2000 était créée l’Académie franco-allemande du cinéma suite à l’impulsion de Gerard Schröder et Jacques Chirac. Dix ans après, il semble que l’intuition de renforcer la coopération dans le domaine du septième art ait été bonne. Entre 1994 et 1999 les coproductions franco-allemandes variaient entre un et cinq films. En moyenne, depuis 2000 se sont quelques dix films par an qui sont coproduits. Même si les productions françaises sont dominantes, le succès de la démarche est indéniable.   Le Filmförderungsanstalt (FFA) allemand et le Centre National du Cinéma (CNC) français permettent chaque année à des projets franco-allemands de voir le jour. En 2001 est adopté le « mini traité » qui permet aux deux organisations de subventionner certains projets. Tous les ans, une commission composée de trois représentants français et de trois allemands examine les demandes de subventions. Jusqu’à 300 000€ par pays peuvent être accordés !  Christine Berg détaille le travail du FFA : « nous soutenons de jeunes producteurs mais aussi de grosses productions. Notre palette est assez large et nous retenons comme seul critère pertinent pour la sélection l’intérêt commun pour les deux pays ». « «Aujourd’hui la réflexion évolue vers la mise en place de nouveaux moyen de soutien comme l’aide financière à la première prise de vue qui devrait voir le jour en 2011 » précise-t-elle. Longue vie aux coproductions semble être le mot d’ordre.




"Antichrist" coproduit par Arte Cinéma France.

Le cas ARTE :

 

                Dans le paysage audio-visuel franco-allemand la plus belle réussite est indéniablement la chaîne Arte. Chaque année, elle investit 3,5% de son chiffre d’affaire dans des coproductions cinématographique soit un budget d’environ 7 millions d’euros ! Depuis sa création en 1990, elle a soutenu près de 500 films, 270 réalisateurs de 50 nationalités différentes. Un franc succès. Michel Reilhac explique « chez Arte la coopération n’est pas un problème. Les échanges d’idées, c’est tous les jours. « Le Grand accord » est la parfaite illustration de cela ». Grâce à lui, six coproductions franco-allemandes sont financées par la chaîne, à condition bien sûr qu’elles soient au moins le troisième film du réalisateur et que le scénario révèle une histoire avec une certaine ampleur. Au total, la chaîne soutient environ vingt films par an. Il s’agit là d’un magnifique tremplin pour les coproductions de tous bords.  

 

                A l’issue de la Table Ronde, Alfred Holighaus, directeur de la sélection Perspektive Deutsches Kino de la Berlinale, conclue la discussion avec optimisme, ravi de voir l’enthousiasme autour des projets de coproductions franco-allemandes. Alors que la crise frappe le septième art de plein fouet, « il est important qu’émergent de telles entreprises pour sauvegarder ces fragiles oasis que sont les salles noires ».

 

Mathilde Frézouls

17/02/10


A lire également sur la Berlinale 2010

 

Historique : http://lagazettedeberlin.de/5877.html

Ouverture et juri: http://lagazettedeberlin.de/5882.html

Infos billetterie : http://lagazettedeberlin.de/5883.html

Compétition: http://lagazettedeberlin.de/5886.html

Compilation francophone : http://lagazettedeberlin.de/5887.html

« Perspectives du cinéma allemand » : http://lagazettedeberlin.de/5889.html

Tour d’horizon à mi parcours du festival : http://lagazettedeberlin.de/5889.html

Frauenzimmer, de de Saara Aila Waasner : http://lagazettedeberlin.de/5891.html

I shot my love, de Tomer Heymann : http://lagazettedeberlin.de/5893.html

Cindy liebt mich nicht, de Hannah Schweier : http://lagazettedeberlin.de/5900.html

Submarino de Thomas Vinterberg : http://lagazettedeberlin.de/5903.html

Fermeture du festival : http://lagazettedeberlin.de/5909.html 








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