Plus de 80 000 entrées enregistrées le 4 février dernier pour le film allemand « Zeiten ändern dich ». En effet, la très attendue biographie du célèbre rappeur allemand, Bushido, suscite l’euphorie de la part du jeune public, avide de découvrir des aspects méconnus de l’artiste.
Bushido est aimé. Bushido a du succès. Mais peu de gens connaissent l’origine de cette gloire. Sa carrière démarre réellement en 2000 lorsque le rappeur sort son titre King of Kingz. Il travaille d’abord avec le label « Berlin Aggro » qu’il quitte durant l’été 2004 pour créer avec l’aide de son ami, D-BO, son propre label nommé « Ersguterjung ». Le succès ne se fait pas attendre et Bushido reçoit en 2007 le titre de meilleur rappeur de l’année. L’artiste cumule au palmarès huit disques d’or notamment pour Electro Ghetto, Staatsfeind Nr. 1, Von der Skyline zum Bordstein zurück, 7, Deutschland, gib mir ein Mic!,Vendetta et deux d’argent pour Von der Skyline zum Bordstein zurück . Aujourd’hui Bushido est incontestablement la star du hip hop allemand la plus en vogue. Qui aurait imaginé la destinée de ce jeune homme ? Le producteur Bernd Eichinger et le metteur en scène Uli Edel ont essayé de réaliser un film „authentique“ pour retracer l’ascension du jeune rappeur. « Uli et moi nous voulions faire un film comme la musique de Bushido, authentique, provoquante et radicale » déclare Bernd Eichinger en conférence de presse. C’est d’ailleurs pour cette raison que Bushido joue son propre rôle dans le film. Largement inspiré des films biographiques d’Eminem dans « 8 Miles » et de 50 cent dans « Get Rich or die tryin », les deux hommes essaient de décrypter le mythe allemand. Retour au cœur de « Zeiten ändern sich ».
Le film commence avec Bushido assis dans son bus de tournée lisant une carte d’anniversaire de la part d’un expéditeur très particulier: son père. Puis flashback dans les souvenirs d’enfance du rappeur. Anis Mohamed Youssef Ferchichi, connu sous les pseudonymes de Bushido ou encore de Sony Black, nait le 28 septembre 1978 à Bonn. Fils d’un père allemand et d’une mère tunisienne, Anis est abandonné très tôt par son père. Il grandit donc à Berlin avec sa mère et son frère. L ‘importance de la famille est évidente dans ce film. Nous y voyons un Bushido très protecteur à l’égard de sa mère (Hannelore Elsner) et de son petit frère. La scène où Bushido encore très jeune défend sa mère face à son père (Adolfo Assor) alcoolique est presque touchante. Après le départ de son père, le rappeur devient « l’homme de la maison ». Mais traumatisé par cet abandon, Anis arrête l’école à seize ans et s’adonne à la culture de rue où il perce dans le monde des graffeurs sous le nom de Fuchs. Bushido découvre ensuite une autre passion, la musique et commence à composer dans sa chambre. Le choc survient surtout le jour où il assiste en direct à la télévision à la destruction des tours jumelles. Les attentats du 11 septembre lui donnent envie d’écrire pour vivre et évacuer toute la haine qu’il a, en particulier pour son père. A côté de la musique, le jeune s’occupe d’une tout autre manière en revendant de la drogue pour gagner de l’argent afin de nourrir sa famille. Quoi de plus normal d’avoir un fils qui prépare ses sachets de drogue dans sa chambre en présence de son autre fils de sept ans ? Arrêté à cause de la drogue, le rappeur prend conscience qu’il n’aura aucun avenir s’il continue sur cette voie. Un concert à la prison en échange de sa liberté marque le signe d’un nouveau départ. Pour exister, Anis choisit d’abord un nom, Bushido, qui signifie en japonais « voie du samouraï ». Mais au fond une personne importante manque encore à l’épanouissement de l’artiste. Soutenu par sa petite amie, Selina (Karoline Schuch), Bushido décide de revoir son père. Arrivé à l’appartement de son géniteur, le rappeur tombe des nues en voyant un père faible et malade. Bushido porte encore la colère envers son père pour toutes les horreurs qu’il a fait endurer à sa mère. Ahuri, il repart avec des mots très durs « Pour moi tu es mort ». Puis avec les conseils d’Arafat (Moritz Bleibtreu), son « ange gardien » et fidèle précepteur, Bushido retourne voir son père avant le début de son concert final. Il décide enfin à pardonner son père, va le chercher et l’emmène à la porte de Brandebourg. La scène finale montre l’avènement de Bushido en concert à la porte de Brandebourg avec ses parents réunis et les milliers de fans. Tout est bien qui finit bien.
Les critiques fusent
Néanmoins, il ne faut pas s’attendre à un film très musical. La vie familiale et sentimentale de l’artiste prime sur la musique. Le choix résulte de la volonté du réalisateur à rentrer dans l’intimité du rappeur. L’accent n’est donc pas mis sur les morceaux polémiques puisque le réalisateur passe outre les textes racistes, misogynes et homophobes du rappeur. La violence elle aussi est estompée, sauf lors de la scène où le chanteur frappe sa copine parce qu’elle l’a traité de « porc ». Force est pourtant de constater que les spectateurs semblent apprécier. En effet, le public a même applaudi. Où est le respect ? Le premier acte de la vie de Bushido s’achève. Hâte de voir le second. Le succès est au rendez-vous et le film serait même prêt à dépasser l’audience d’Avatar. Les petits hommes bleus ont du souci à se faire…