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Extrait du film I shot my love, de Tomer Heymann


Nombreux sont les réalisateurs gays qui choisissent de se mettre en scène et d’évoquer dans leurs films des aspects intimes de leur vie. A titre d’exemple, citons Tarnation de Jonathan Caouette et Omelette de Rémi Lange où celui-ci décide dans un journal filmé de dévoiler son homosexualité à sa famille. Il dit ces mots qu’aurait parfaitement pu reprendre à son compte le réalisateur israélien Tomer Heymann : « Il y a quelque chose que je voulais te dire. Mais je ne peux pas le faire sans la caméra » - un article de Juliette Goursat de Berlinale im Dialog, blog de l’OFAJ sur la Berlinale.

 



Dans I shot my love, l’heure n’est cependant pas au coming out. La difficulté est autre et bien connue des Israéliens : celle de la coexistence, de partager la vie de personnes dont la langue, la culture, la religion, les références sont autres que celles dans lesquelles on a grandi. Mais rien, ou presque qui ne touche dans le film à la grande Histoire, à part une allusion au conflit israélo-palestinien via les nouvelles à la télévision et l’évocation du hurlement des sirènes, que le réalisateur a bien pris soin de désynchroniser de son contenu originel en le plaçant en son off sur des images de son partenaire en train de danser, pour accuser le décalage entre les pratiques guerrières et artistiques.

Chez Tomer Heymann, ce sont bien les situations microcosmiques – la petite histoire – qui priment. En 2006, soixante-dix ans après que son grand-père a fui l’Allemagne nazie pour se réfugier en Israël, le réalisateur vient à Berlin pour présenter un film et rencontre un jeune danseur – Andreas Merk – dont il tombe amoureux. Andreas Merk, allemand, élevé dans le respect de la religion chrétienne décide de rejoindre Tomer Heymann à Tel-Aviv, où il doit de surcroît habiter avec la mère, qui depuis son divorce, n’a jamais pu se résoudre à l’idée de vivre seule et que ses fils aient quitté le domicile familial, parfois même le pays. Sans toutefois s’opposer à ce couple vivant sous son toit, elle ne manque pas de faire part à son fils que lui et son compagnon n’ont absolument rien en commun.

Dans ce combat qui est celui du vivre-ensemble, se filmer devient un soutien psychologique important. Certes les personnages se montrent parfois réticents à la présence de la caméra mais ils s’en amusent aussi beaucoup et évoquent souvent leurs sentiments par rapport au film. Andreas Merk fait par exemple remarquer que son attitude change, qu’il devient moins naturel et que Tomer est comme protégé par le fait d’être derrière la caméra. Le réalisateur se filme aussi à plusieurs reprises dans les miroirs, utilise des photos, ses premiers films lors d’une réunion familiale de Pâques et des films de famille tournés par son père en 8mm. Cette réflexivité mise en place par le film (la première personne oblige) n’est pas gratuite : elle est aussi un gage de réflexion. La présence objectivante de la caméra délie les langues et aide à se libérer des souffrances. Le grand-père de Tomer offre symboliquement à Andreas une Haggadah traduite en allemand. Andreas se confie. Tomer est enfin invité à Noël chez ses beaux-parents qui lui chantent « heilige Nacht ». La famille de Tomer, longtemps désunie, se réunit de nouveau, autour de la mère malade. Tomer et Andreas décident d’emménager ensemble. Le pouvoir cathartique de la caméra fait effet.

Si I shot my love laisse parfois le spectateur à l’écart à force de trop de complaisance, notamment dans la mise en image de l’idylle naissante entre Andreas et Tomer, le film de Tomer Heymann a le mérite de montrer, et même à la plus petite échelle qui soit, qu’un vivre-ensemble est possible, par delà les convictions politiques, religieuses, culturelles et sexuelles des uns et des autres.

Juliette Goursat de Berlinale im Dialog

Dernière séance sam 20.02.10 à 17:30 Cubix 7 (English subtitles)

 

Mise en ligne : Gaëlle Le Breton

Le 16.02.10

Source, Berlinale im Dialog : http://www.critic.de/berlinale-im-dialog/0666/tomer-heymann-cinema-gay-a-la-premiere-personne/ 


A lire également sur la Berlinale 2010

 

Historique : http://lagazettedeberlin.de/5877.html

Ouverture et juri: http://lagazettedeberlin.de/5882.html

Infos billetterie : http://lagazettedeberlin.de/5883.html

Compétition: http://lagazettedeberlin.de/5886.html

Compilation francophone : http://lagazettedeberlin.de/5887.html

« Perspective du cinéma allemand » : http://lagazettedeberlin.de/5889.html

Tour d’horizon à mi-parcours du festival : http://lagazettedeberlin.de/5889.html

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Cindy liebt mich nicht, de Hannah Schweier : http://lagazettedeberlin.de/5900.html

Coopération franco-allemande: http://lagazettedeberlin.de/5902.html

Submarino de Thomas Vinterberg : http://lagazettedeberlin.de/5903.html

Fermeture du festival : http://lagazettedeberlin.de/5909.html 

 








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