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Putes, mais pas soumises





Et si prostitution rimait avec libération? Dans le documentaire « Frauenzimmer » de Saara Aila Waasner, choisi pour la rubrique « Perspektive Deutsches Kino » à la Berlinale, trois « grandes-mères » racontent leur vie en tant que prostituées.



Emancipation, courage, liberté – ce ne sont sûrement pas les premiers mots qui viennent à l'esprit quand on pense à la condition des prostituées. Pourtant, ce sont bien ces aspects que dévoile Saara Aila Waasner dans son documentaire « Frauenzimmer », ou trois prostituées berlinoises qui ne rentrent pas dans le clichée de la fille de joie jeune, belle et exploitée racontent leur parcours et leur métier. Le vieillissement dans le plus ancien métier du monde – tel était l'angle initial de la jeune réalisatrice fraichement diplômée de la Filmakademie de Baden-Württemberg*. Mais son approche sensible et libérée de préjugés dépasse largement cette première ambition, en montrant sans voyeurisme trois femmes fortes, leur différents visages et les masques qu'elles portent.

 



 

Changer de vie de plein fouet

 

Karolina a 64 ans et travaille comme dominatrice depuis 16 ans. Tout au long de sa vie, elle se sentait enfermée – dans les murs du cabinet ou elle était secrétaire, dans son rôle de femme et de mère ordinaire, mais aussi dans la relation avec sa propre mère très présente pour qui elle a eu longtemps une dépendance affective. Le divorce, le déménagement à Berlin et le choix de sa nouvelle profession ont été pour elle une libération.

Christel a été mariée pendant trois décennies, elle est mère de quatre enfants. Pourtant, c'est seulement après son divorce qu'elle découvre la sensualité, qu'elle a son premier orgasme. La cinquantaine dépassée, elle cherche à rattraper ce qui lui manquait si longtemps. L'attention et les compliments de ses clients sont pour elle de meilleurs médicaments que les antidépresseur qu'elle a pris pendant longtemps. Même après avoir rencontré Bernd, son compagnon, elle ne veut pas renoncer à son nouveau métier.

A 49 ans, Paula tient sa propre maison close. Pourtant, son premier amour était sa professeur de musique. Aujourd'hui, elle se dit bisexuelle. Son plus grand désir, c'est d'être aimée pour ce qu'elle est, que ce soit par un homme ou une femme. De l'amour, elle n'en a pas reçu beaucoup, surtout pendant les neuf ans de prison que lui a valu une tentative de fuite de la RDA (République Démocratique d'Allemagne).

Blessures, ruptures, mais aussi aboutissement personnel et épanouissement: avec beaucoup de franchise et d'humour, ces trois femmes donnent à percevoir leur quotidien et brisent les idées préconçues. Paula décore la vitrine de son bordel avec des œufs de pâque tout en racontant que c'est bien grâce à la « queue » qu'on reconnaît les clients**. Ainsi, on suit Karolina à la foire avec ses petits enfants, mais aussi pendant le shopping avec un de ses « esclaves ». Puis, la dernière preuve que ce documentaire n'est pas une pièce tragique: à la fin, Christel et Bernd célèbrent leur mariage.

 

*académie du cinéma de Bade-Wurtemberg

**En Allemand, les œufs (Eier) ne sont pas uniquement pondus par les poules mais pendent aussi entre les jambes des hommes (les testicules).

 

Alexandra Friedmann

16/02/2010

 

Titel: Frauenzimmer

Regie: Saara Aila Waasner

Länge: 74 Min

Produktionsland: Deutschland

Produktion: Royal Pony Film 

Co-Produktion: ZDF, Mainz; Filmakademie Baden-Württemberg, Ludwigsburg


Lire l'interview avec Saara Aila Waasner: http://www.lagazettedeberlin.de/5923.html

 

A lire également sur la Berlinale 2010

 

Historique : http://lagazettedeberlin.de/5877.html

Ouverture et juri: http://lagazettedeberlin.de/5882.html

Infos billetterie : http://lagazettedeberlin.de/5883.html

Compétition: http://lagazettedeberlin.de/5886.html

Compilation francophone : http://lagazettedeberlin.de/5887.html

« Perspective du cinéma allemand » : http://lagazettedeberlin.de/5889.html

Tour d’horizon à mi-parcours du festival : http://lagazettedeberlin.de/5889.html

I shot my love, de Tomer Heymann : http://lagazettedeberlin.de/5893.html

Cindy liebt mich nicht, de Hannah Schweier : http://lagazettedeberlin.de/5900.html

Coopération franco-allemande: http://lagazettedeberlin.de/5902.html

Submarino de Thomas Vinterberg : http://lagazettedeberlin.de/5903.html

Fermeture du festival : http://lagazettedeberlin.de/5909.html 

 








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