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La première édition de la Berlinale a ouvert ses portes à l’aube de l’été 1951, en juin, avec le chef d’œuvre d’Alfred Hitchcock « Rebecca ». Tout juste six ans après la fin de la seconde guerre mondiale. Trop peu de temps pour permettre de rendre à la ville de Berlin sa beauté et son énergie culturelle des années 20, mais suffisamment pour avoir l’envie et l’espoir de renaitre de ses cendres. Le Festival a alors pour but premier de se forger une réputation internationale lui permettant de rivaliser avec Cannes et Venise. Mais, dans l’ombre, il rêve de réhabiliter Berlin et d’en faire la vitrine d’un monde libre.

 

 

Le tout Hollywood se retrouve sur les ruines.

 

La première décennie de la Berlinale est définitivement orientée vers le glamour et les paillettes hollywoodiennes. Dans une ville en ruines et qui peine à se reconstruire, il est bon de voir les plus grandes stars du moment se déplacer et honorer le Festival de leur présence. Après les années noires du nazisme et de la guerre, les berlinois sont heureux et reconnaissant de voir des stars d’Hollywood comme Gina Lollobrigida, Sophia Loren, Jean Marais, Vittorio De Sica, Errol Flynn ou encore Henry Fonda faire le déplacement. Un ton léger et jovial flotte sur un Festival, qui est encore loin des polémiques politiques dont il fera les frais dans le futur. Il galvanise une ville meurtrie et se fait peu à peu un nom et une place parmi les grands. Un nom parfois écorché comme en 1957 lorsqu’Errol Flynn – complètement saoul – lors d’une conférence de presse, ne cesse de prononcer « Bernilala » !

 

 

Le mur et la Berlinale

 

Les années 60 sont plus sombres et marquées par une politique Est/Ouest conflictuelle qui s’enlise avant d’atteindre son paroxysme en 1961 avec la construction du mur qui scinde la ville de Berlin en deux. Si cela jette un froid certain sur le Festival, il aura tout de même lieu mais deviendra aux yeux du monde le symbole d’une ville qui souffre physiquement et idéologiquement. A ce moment là, l’espoir de survie de la Berlinale est réellement précaire…

Si cette période se démarque par l’absence totale à l’affiche des films en provenance de l’Est, l’Europe et plus particulièrement la nouvelle vague française, tire son épingle du jeu. Jean-Luc Godard et Agnès Varda sont récompensés en 1965, puis en 1966 c’est Roman Polanski qui décroche l’Ours d’Or avec son film « Cul-de-sac ».

Mais la Berlinale n’échappe pas à la contestation étudiante de 68 qui éclate interrompant la compétition en plein milieu. Et c’est soutenus par Truffaut et Godard que les étudiants solidarisés avec les ouvriers en grève occupent la grande salle du Festival.

 

Les années scandaleuses

 

Les années 70 font grand bruit dans l’histoire de la Berlinale. A commencer par l’immense scandale que déclenche le film « O.K » de l’allemand Michael Verhoeven en 1970, qui relate l’histoire vraie d’une fillette vietnamienne violée et assassinée par des soldats américains. Le film provoque de telles réactions de protestations qu’il est retiré de la compétition. La polémique enfle, les journalistes et les réalisateurs se solidarisent avec Verhoeven provocant la démission du jury et l’annulation du Festival.

En 1976, c’est la copie de « L’empire des sens » de Nagisa Oshima qui se voit confisquée par la police en pleine projection et en 1979, c’est au tour de Michael Cimino avec « Voyage au bout de l’enfer » ("The Deer Hunter", USA) - considéré comme étant le film le plus marquant sur la guerre du Viêtnam – de faire scandale. En signe de protestation, les délégations de plusieurs pays socialistes retirent leurs films et quittent le Festival.

Ce n’est que dans les années 80 que la Berlinale s’intéresse enfin au nouveau cinéma allemand. Et c’est en 1982 que Werner Fassbinder est finalement reconnu et récompensé par l’Ours d’or pour son film Le Secret de Veronika Voss.

En 1985, Die Frau und der Fremde de Rainer Simon sera le premier (et le dernier !) film de la RDA à recevoir l’Ours d’or. Mais en 1986, un nouveau scandale éclate avec le film « Stammheim » de Reihnard Hauff – une reconstitution du procès des membres de la RAF, plus connus sous le nom de « Bande à Baader » – récompensé par l’Ours d’or. Gina Lollobrigida, alors présidente du Jury, prend la parole et enfreint son devoir de réserve en annonçant publiquement qu'elle a voté contre le film et dénonce par la même occasion une décision, selon elle, « préfabriquée ».

 

La chute du mur : 20 ans après.

 

Les années 90 voient la fin de la guerre froide. Le Festival célèbre la réunification et la chute du mur en organisant pour la première fois des projections dans la partie Est de la ville. Berlin devient le symbole physique d’un nouveau départ et le Festival veut en être le miroir.

Pour sa 60ème édition, le Festival revient sur cette séparation Est/Ouest mais de façon symbolique et à échelle mondiale cette fois en cherchant, par sa programmation, à réunir Hollywood et l’Asie. Avec toujours le même mot d’ordre : tenter de dépasser les frontières. Une politique désormais indissociable de la Berlinale.

Cette année, le lancement des 10 jours de compétition s’effectuera avec le film chinois « Tuan Yuan » (« Séparé Ensemble »), un drame historique qui retrace l’histoire d’un soldat forcé de fuir vers Taïwan à l’approche des troupes de Mao en 1949 et qui ne retrouvera son amour de jeunesse que plusieurs décennies après. Un film profondément symbolique comme le précise le directeur du Festival Dieter Kosslick « 20 ans après la réunification allemande, nous montrons une histoire de séparation personnelle qui découle d'une séparation collective, et (une histoire) de réunification".

Sont très attendus également le dernier thriller de Martin Scorsese « Shutter Island » avec Leonardo DiCaprio ainsi que le film du très controversé Roman Polanski « The Gost writer » avec, entre autre, pour tête d’affiche Pierce Brosnan. Et, cette année, la France retient son souffle avec la présentation en première mondiale du film de Benoit Delepine « Mammouth » avec un Gérard Depardieu très espéré dans la capitale allemande.

A noter également que le chef d’œuvre expressionniste en version restaurée et rallongée (une vingtaine de minutes supplémentaires ayant été retrouvée en 2008) du cinéaste Fritz Lang « Métropolis » sera projeté sur écran géant le 12 février à la Porte de Brandebourg.

 

Aujourd’hui, il est indéniable que la Berlinale accentue son souhait d’être au centre du dialogue international. Une position privilégiée, gagnée au fil des décennies, et qui lui confère une importance désormais indiscutable sur l’échiquier du cinéma mondial.

 

Letizia Mariotti

10/02/10

 

Festival International du film de Berlin du 11 au 21 février. Programme et infos :


Site de la Berlinale

A lire également sur la Berlinale 2010

 

Ouverture et juri: http://lagazettedeberlin.de/5882.html

Infos billetterie : http://lagazettedeberlin.de/5883.html

Compétition: http://lagazettedeberlin.de/5886.html

Compilation francophone : http://lagazettedeberlin.de/5887.html

« Perspective du cinéma allemand » : http://lagazettedeberlin.de/5889.html

Tour d’horizon à mi-parcours du festival : http://lagazettedeberlin.de/5889.html

Frauenzimmer, de Saare Ailia Waasner : http://lagazettedeberlin.de/5891.html

I shot my love, de Tomer Heymann : http://lagazettedeberlin.de/5893.html

Cindy liebt mich nicht, de Hannah Schweier : http://lagazettedeberlin.de/5900.html

Coopération franco-allemande: http://lagazettedeberlin.de/5902.html

Submarino de Thomas Vinterberg : http://lagazettedeberlin.de/5903.html

Fermeture du festival : http://lagazettedeberlin.de/5909.html 

 








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