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Le 2 février 2010, correspondants  et envoyés spéciaux allemands étaient présents dans la salle d’audience du Tribunal de Pontoise. Quelques jours avant l’ouverture du procès de responsabilité concernant l’accident du Concorde, la presse allemande s’est emparée du sujet. 97 Allemands avaient péri dans la catastrophe du 25 Juillet 2000. Les familles des 96 touristes et de l’hôtesse avaient été indemnisées très vite et d’un montant record pour l’Europe.

 


Le ton de la presse allemande est à l'ouverture du procès de Pontoise très différent de celui utilisé en Juillet 2000. En effet, le pays était alors plongé dans un état de choc et les médias ressasseait les mêmes photos catastrophiques du nuage de fumée et du travail des secours sans oublier le film amateur où le concorde est en flammes. Informative, la presse revient sur la chronologie du drame et explique la thèse officielle de l'accident. En 2010, la sobriété est de mise, la presse est solennelle. Ainsi, comme dans les colonnes de "die Zeit", les journalistes ne cherchent pas la polémique : "Le tribunal de Pontoise qui se trouve dans la banlieue de Paris devrait dans les prochains mois expliquer qui est responsable d'un accident lourd de conséquences".

 




Logo de l'agance de voyage Peter Deilmann Reederei

Sur cent passagers, quatre-vingt-seize étaient allemands

Embarqués à bord du Concorde AF 4590, les 96 allemands morts lors de l’explosion de l’avion étaient tous partis faire une croisière dans les Caraïbes. A part une famille de cinq, tous étaient en couple sans enfants. L’avion aurait dû atterrir sur le tarmac de l’aéroport international John F Kennedy, à New-York, ville où transitait le bateau de croisière « Deutschland ». En effet, le vol avait été organisé par l’agence de voyage allemande Peter Deilmann Reederei, basée depuis 1968 à Neustadt, en Schleswig-Holstein où se trouve notamment la baie de Lübeck. C’était la quatrième fois que le tour opérateur organisait une croisière avec le Concorde. Ainsi, les 96 touristes venaient des quatre coins de l’Allemagne dont 39 de Rhénanie du Nord. Ils avaient pour la plupart embarqué à Francfort et s’apprêtaient à passer deux semaines à bord d’un luxueux bateau de croisière. Baptisé depuis deux ans à l’époque, le « Deutschland » est entièrement décoré dans le style des années 20 avec des chandeliers, des lustres et une salle de bal. La plupart des touristes avaient booké pour deux semaines de croisière dans les Caraïbes mais certains allaient même jusqu’en Equator par le Canal de Panama. Ensuite, le « Deutschland » se rendait à Sydney pour les Jeux Olympiques.




Gerhard Baum

Une indemnisation exemplaire

Selon la thèse officielle, le concorde aurait roulé sur la piste de décollage sur une pièce métallique non conforme appartenant au CD-10 mais des interrogations portent aussi sur la qualité des pneus du Concorde lui-même. Les familles des victimes ont été indemnisées très vite étant donné qu’un accord à l’amiable était établi à peine un an après le crash. Les clauses sont secrètes mais le montant total de 168 millions de francs, soit 25 610 000  d’euros, payés conjointement par la compagnie exploitant ce Concorde, Air France, le fabriquant de pneus, Goodyear, le constructeur du Concorde, EADS, et la compagnie du DC-10, Continental Airlines est souvent avancé. Les familles ont été dédommagées selon leur degré de parenté par rapport aux victimes. Le maximum serait de 11 millions de francs et le minimum de 169 000 francs. Cela est bien supérieur à la moyenne européenne et encore plus au chiffre allemand. En effet, dans le cas de mort lors d’un crash aérien, l’Allemagne prévoit 27 350 euros d’indemnités dans la mesure où le préjudice moral n’y est pas inclut comme aux Etats-Unis  ou en France. Deux raisons principales expliquent cette indemnisation. Tout d’abord il en allait du prestige de la France embêtée par un accident qui choqua son opinion publique ainsi que celle de ses voisins. De plus, le « facteur américain » est rentré en compte. En effet, selon la Convention de Varsovie de 1929, complétée par l’Accord de Montréal en 1966, c’est le droit en rigueur dans la ville de destination qui vaut pour définir les dédommagements des victimes et leurs familles lors de crash aériens. Ainsi, ces dernières auraient pu faire valoir leurs droits aux Etats-Unis où les familles reçoivent 2,9 millions d’euros alors qu’une indemnisation dépasse rarement 1 million en Europe. Comme le soulignait Ronald Schmid "avec la menace de plaintes américaines, le ton a changé" et les assureurs d’Air France ont relevé leur première offre. Expert de la sécurité aéronautique, Maitre Ronald Schmid fait partie du consortium des cinq experts allemands du droit de l’air, dont l’ancien ministre de l’intérieur Gerhard Baum, qui a défendu les familles des victimes.

Ainsi, le procès qui se déroulera à Pontoise jusqu’au 28 Mai 2010 ne sera pas une histoire de gros sous mais il s’agit plutôt de connaître les raisons d’un drame qui choqua l’opinion et entraina trois années plus tard la fin précipitée de l'exploitation des Concordes.

 

Maud Koetschet

08-02-10


- L’épopée de l’avion de ligne supersonic débute en 1958 lors de premières études franco-britanniques sur la question. Les deux gouvernements signent un accord dès 1962. Tout juste une année plus tard, la compagnie BOAC (qui deviendra British Airways), Air France et Pan America signent des options d’achat. L’avion baptisé « Concorde » en 1967 vole pour la première fois en 1969. S’envoyer en l’air, c’était quand même tendance cette année là. André Turcat et Jacques Guignard, respectivement pilote et co-pilote effectuent un vol de 42 minutes avec à bord le mécanicien Michel Rétif et l’ingénieur Henri Perrier. En 1972, BOAC commande cinq concordes et Air France quatre.

-  Le Concorde rentre dans l’histoire en 1973. Pour la première fois, l’Atlantique sera traversé en 3h30 (d’Orly à Washington). A partir de ce moment là, le Concorde multiplie les records comme le montre la performance de 1974 : au même moment décollent un Concorde à Boston et un Boing 747 à Paris, le Concorde arrive à Paris, fait le plein et repart alors que le 747 vole vers Boston. Le concorde arrivera à Boston cinq minutes avant le Boing. Cependant, il faudra attendre le 21 janvier 1976 pour avoir un vol commercial à bord des seize appareils supersoniques.

- Star de l’aéronautique, le concorde n’est pourtant pas rentable. Ainsi, dès 1994, le nombre de vols réguliers baisse considérablement. L’avion est cher à entretenir et les billets très cher. La compagnie pense alors faire des avions à deux classes séparées. Cependant, cela n’aboutira pas car en 2002, les avions perdent leur certificat de navigabilité en France comme en Grande-Bretagne et le dernier vol commercial Air France reliant Paris à New York, le 24 mai 2003, est accueilli à l’aéroport JFK  par des lances de pompiers pour lui rendre hommage. A bord, les 58 passagers sont les derniers hommes et femmes à être arrivées à New York avant leur heure de décollage à Paris. Dès lors, pour la première fois dans l'histoire de l'Humanité, les individus mettent à présent plus longtemps qu’auparavant pour se rendre d’un point à l’autre de la Terre.

- La thèse officielle du crash de Gonesse est jusqu’à maintenant la présence non prévue d’une pièce métallique sur la piste de décollage. Elle devrait appartenir à un des appareils de Continental Airlines qui d’ailleurs été officiellement mise en examen le 10 Mars 2005. La compagnie devra entre autre expliquer pourquoi cette pièce était en titane et donc non conforme au lieu d’être en aluminium. L’enquête c’est terminée le 27 Novembre 2007 et la fin du procès est prévue pour le 28 Mai 2010.

M.K.

 





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