Certains peuvent trouver l’Ambiant, la minimale ou le Chill-out rasoir. « De la musique pour bobo en mal de bar lounge » diront les détracteurs. Heureusement, des grands électroniciens comme Robert Babicz font taire les critiques en créant des univers électroniques autonomes, qu'on peut écouter aussi bien dans son salon que dans des Klubs. « Immortal Change », son deuxième album, sort en mars 2010, et relève d’un travail d’orfèvre. Retour sur cette grande figure (à la frange blonde) de l’électro allemande.
Robert Babicz
« J’avais comme idée, a travers cet album, la volonté d’une représentation de mes sentiments intimes, de choses quoi me sont arrivées l’année dernière, et d’une manière générale mon opinion personnelle de la musique électronique ». Robert Babicz à propos d’ « Immortal Change ».
Babicz, l'un des pères fondateurs du « Son de Cologne »
The Köln Connection
Cologne, années 90. Un groupe d’électroniciens popularise la minimal et l’Acid Techno et forge ainsi l’identité sonore de la ville: The Modernist, Reinhard et Wolfgang Voight, Mate Galic, Roland Casper, et Robert Babicz qui mixe à l’époque sous le nom de Rob Acid. Ensemble, ils jouent principalement dans trois clubs devenus aujourd’hui mythique: le Rave Club, le Space Club et le Warehouse. On parle alors à l’époque d’un « Son de Cologne » et la ville se place sur le podium des pôles d’excellence en matière de musique électronique. Robert Babicz est né en Pologne mais vit à Cologne depuis l’âge de 8 ans. Après s’être fait connaître sous le nom de Rob Acid, sa musique opère un changement à la fin des années 90. Papa d’une petite fille en 2000, il décide de reprendre ses recherches sonores. C’est vers l’Ambiant music et le Chill-Out que ses explorations le mèneront. L’année suivante, il fonde « Shortcut », son propre label où il produit 6 titres en deux ans, encore sous le pseudo de Rob Acid. Puis Rob Acid fait place à Robert Babicz car c’est sous son propre nom qu’il sort en 2007 « A Cheerfull Temper ». Il justifie le titre de l’album par la sensation qu’il a de vivre entre deux mondes : « Le monde réel, de tout les jours, et un monde irréel de rêves, comparable à la toile de fond d’un conte de fées ». Bien que Babicz se déplace entre les genres (minimale, Techno, House), les titres de l’album, comme Sin et Loosing Memories surprennent par une profonde compatibilité pour les clubs. C’est que le bonhomme a déjà une longue expérience pour faire vibrer les foules. « A Cheerfull Temper » et« Immortal Change », son nouvel opus, sont publiés chez Systematic, label fondé par le DJ berlinois Marc Romboy.
« Je construis des espaces, et parfois des galaxies, où votre esprit peut vagabonder, s’asseoir, écouter et apprécier » R. B.
Circumnavigation musicale
Ca commence par une promenade en forêt, avec des bruits d’oiseaux et les feuilles qui crissent sous les pas. Une trompette jazzy fait mourir quelques notes, une guitare bossa prend le relai, puis quelques accords de piano et enfin des léger beats. Morning Kiss, morceau d’ouverture d’« Immortal Change » nous embarque immédiatement dans un monde merveilleux d’éléctro exquise où Robert Babicz est un guide, un passeur. Tbilisi, second titre de l’album, démarre avec des crépitements de feu, Babicz devient alors un conteur, et sa musique une fable électronique. Plus loin dans l’album, il s’autorise même une reprise de Tbilisi avec simplement un trio de corde : « J’ai demandé à des amis de jouer de leurs instruments sur mon album, car je voulais un son le plus artisanal et attendrissant possible ». Piano, guitare acoustique ou électrique, basse ou saxophone, chaque instrument est utilisé avec parcimonie pour créer des ambiances électroniques feutrées. « Je construis des espaces, et parfois des galaxies, où votre esprit peut vagabonder, s’asseoir, écouter et apprécier » explique Robert Babicz. Pour nous, ll ne reste qu’à nous lover dans ses mélodies soyeuses. Les 7 minutes atmosphériques de Dark Flower sont un bijou d’Ambiant music. Sur Astor, Babicz décrasse la minimale en insufflant une vitalité et une douceur qui est souvent bien trop rare dans ce type de musique. Arrive le dernier titre de l’album. Bruit sourd d’un avion en plein vol, brouhaha d’aéroport. La voix d’un commandant de bort annonce en anglais (mais avec un fort accent allemand) l’arrivée imminente sur Cologne. Ce titre s’appelle Thank you for travelling. Mais de rien Mr. Babicz, merci à vous.