

Un rêve est sur le point de s’exaucer pour tous les passionnés de Metropolis. En effet, la découverte exceptionnelle en Argentine le 3 juillet 2008 des pellicules du film redonne une nouvelle jeunesse à l’œuvre de Fritz Lang privée tantôt de plusieurs séquences. Plus de quatre-vingts ans après la sortie du chef d’œuvre réalisé en 1927 et à l’occasion de la Berlinale*, le film sera diffusé en avant-première mondiale dans son intégralité à Berlin et Francfort.* * 
3 juillet 2008, Buenos Aires. La trouvaille plus que surprenante des copies perdues de pellicules est arrivée à point nommé pour compléter les travaux de restauration entamés par la fondation Friedrich-Wilhelm-Murnau à Wiesbaden et achevés depuis deux semaines. Le gouvernement et les fonds culturels de Francfort-sur-le-Main ont déboursé 600 000 euros pour soutenir le projet cinématographique. La somme suffira à restaurer les négatifs de 16 mm contenant plus de vingt-cinq minutes supplémentaires de bande, soit une partie non négligeable pour une meilleure compréhension de l’histoire.
Tout le mérite dans cette découverte inattendue revient à Paula Felix-Didier. Dès sa prise de fonction au poste de directrice du musée du Cinéma de Buenos Aires en janvier 2008, Paula s’intéresse à une bande de Firtz Lang. Mais pas n’importe laquelle. Elle découvre inopinément dans les archives une bobine de Metropolis léguée au musée quelques années auparavant. La surprise est à son comble quand la conservatrice découvre des séquences inédites du film. Alors, pour s’assurer de l’authenticité de la bande, Mme Félix-Didier l’envoie à la fondation allemande Friedrich-Wilhelm-Murnau pour la faire expertiser. La fondation confirme l’originalité de l’enregistrement et entreprend sa restauration. Bien que très endommagée, la bobine est récupérée. Les adeptes de Metropolis n’auraient pas pu espérer mieux. 
Fritz Lang : sa vie, ses œuvres
Retour sur un réalisateur hors du commun. Fritz Lang naît le 5 décembre 1890 à Vienne et se réserve au départ à un tout autre destin. Issu d’une famille bourgeoise et fils d’architecte, Fritz commence à étudier la peinture et l’architecture. Vite lassé de ses études, il abandonne tout et décide de parcourir le monde. Malheureusement, mobilisé pendant la Première Guerre Mondiale, Fritz revient à Vienne pour servir son pays. Ensuite blessé au front, c’est pendant sa convalescence que Lang réfléchit mûrement à se lancer dans le cinéma. Ainsi, au début des années vingt, il démarre sa carrière de réalisateur dans le cinéma muet avec l’aide de sa première femme, Thea Von Harbou, qui le soutient dans sa tâche et élabore la plupart des scénarios.
Ses films appartiennent au mouvement expressionniste où les objets et les rues très géométriques ont une place prépondérante. L’apparence prime à travers des décors noirs et blancs. Les Trois Lumières (1921), M le Maudit (1931), son premier film parlant, Le Testament du docteur Mabuse (1933), lui procurent notamment une reconnaissance mondiale. Les thèmes de l’amour et du complot y sont récurrents, tandis que la décadence du régime allemand est souvent dénoncée. Ce film avant-gardiste précède la Seconde Guerre Mondiale où la propagande de masse et la manipulation caractérisent le régime. Lang sait d’ailleurs si bien manier le sujet que son talent séduit les Nazis. Hitler et Goebbels lui proposent de diriger le cinéma allemand. Le réalisateur refuse et quitte l’Allemagne pour ne pas collaborer avec le régime et s’exile d’abord à Paris, puis aux Etats-Unis. Pendant son séjour à New York, Fritz Lang reste coi devant l’immensité des gratte-ciels. Metropolis est sur le point de voir le jour. 
Metropolis , un mythe de 4 189 mètres
Tout semble démesuré dans ce film. En tout cas les chiffres sont impressionnants. 310 jours de tournage de 1925 à 1926, 37 000 figurants et 750 enfants ainsi qu’un budget de 5 millions de Reichsmarks (au lieu de 1,9 millions prévus) ont presque ruiné la société de production UFA. D’ailleurs Metropolis s’inscrit comme l’un des films les plus chers de l’histoire du cinéma. Des moyens donc déployés à la hauteur des résultats… spectaculaires, même si la sortie s’avère être un échec commercial. De fait pour rattraper les déboires, le film jugé trop long subit plusieurs coupures. Il passe d’une longueur de 153 minutes à 118 minutes alors qu’à l’époque un film ne dépasse pas 90 minutes.
L’espace joue un rôle fondamental dans Metropolis. Dans les hauteurs, la ville regroupe les puissants et les riches habitants qui dominent la ville. Dans les souterrains, les prolétaires considérés comme le mal s’assurent du fonctionnement de la ville. Le contraste entre la classe populaire et les capitalistes est très marqué. Le cœur du scénario tourne autour d’un personnage principal membre des puissants : Joh Fredersen. A la tête de la cité futuriste, le jeune homme descend un beau jour dans la basse cité et rencontre par hasard Maria, une esclave de la cité. Là-bas, l’homme découvre des lieux délabrés et un monde bien différent du sien. Complètement bouleversé, Joh essaie alors de défendre la cause des travailleurs auprès de son père, sans succès. De fait, Joh crée un robot, Futura, à l’image de sa bien aimée Maria pour inciter les ouvriers à la révolte. Joh ambitionne de réconcilier les deux classes. Un rêve sans doute utopique pour le jeune homme qui mettra tout en œuvre pour atteindre son but.
Dans ce film, le réalisateur à voulu mette en exergue à la fois la science fiction avec l’intelligence artificielle et le danger de la technologie sur les Hommes. Metropolis est une œuvre-clé et s’inscrit comme le premier film au Registre de la Mémoire du monde de l’UNESO en 2001.
A présent, il faudra s’armer de patience pour découvrir la nouvelle version de 145 minutes du film culte et attendre la projection officielle du 12 février sur petits écrans, ou à Berlin pour les plus chanceux. J- 08…
Filmographie :
1919 : Le Métis (Halbblut) & Le Maître de l'amour (Der Herr der Liebe) & Les Araignées (Die Spinnen) & Le Lac d'or (Der goldene See) & Madame Butterfly (Harakiri)
1920 : Le Vaisseau au diamant & L'Image vagabonde (Das wandernde Bild)
1921 : Les trois Lumières (Der müde Tod) & Vier um die Frau
1922 : Le Docteur Mabuse (Dr Mabuse, der Spieler)
1924 : Die Nibelungen
1927 : Metropolis
1928 : Les Espions (Spione)
1929 : La Femme sur la Lune (Die Frau im Mond)
1931 : M le Maudit (M Eine stadt sucht einen Mörder)
1933 : Le Testament du Docteur Mabuse (Das Testament des Dr. Mabuse)
1933 : Liliom
1936 : Furie
1937 : J’ai le droit de vivre (You only live once)
1938 : You and Me
1940 : Le Retour de Franck James
1941 : Les Pionniers de la Western Union (Western) & Chasse à l’Homme (Man Hunt)
1943 : Les Bourreaux meurent aussi (Hangman also die)
1944 : Le Ministère de la Peur (Ministry of Fear) & La Femme au Portrait (The Woman in the window)
1945 : La Rue rouge (Scarlet Street)
1946 : Cape et Poignard (Cloak and Dagger)
1948 : Le Secret derrière la Porte (Secret Beyond the Door)
1950 : Guerrillas (American guerrilla in the Philippines) & House by the river
1952 : L'Ange des Maudits (Rancho notorious) & Le démon s'éveille la nuit (Clash by night)
1953 : La Femme au Gardenia (The Blue Gardenia) & Réglement de compte (The Big Heat)
1954 : Désirs humains (Human Desire)
1955 : Les Contrebandiers de Moonfleet (Moonfleet)
1956 : La Cinquième Victime (While the City Sleeps) & L'invraisemblable Vérité (Beyond a Reasonable Doubt)
1959 : Le Tigre du Bengale (Der Tiger von Eschnapur) & Le Tombeau hindou (Das Indische Grabmal)
1960 : Le diabolique Docteur Mabuse (Die Tausend Augen des Dr. Mabuse)
* A lire aussi : www.lagazettedeberlin.de/5788.html
** Diffusion mondiale du film le 12 février simultanément sur écran géant à la porte de Brandebourg, sur ARTE et à l’opéra de Francfort à 20h45.
Mélanie Duault
04/02/10 


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