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Nic Endo et Alec Empire

Le Tresor Club de Berlin a choisi cette année la thématique " Blade Runner " pour sa soirée Speciale Berlinale. Au programme : illustrations sonores de Zan Lyons, projections de courts métrages et Dj Sets avec Patrick Pulsinger, Reznik et... Alec Empire. C'est l'occasion rêvée pour revenir sur le parcours de cet artiste berlinois légendaire. Entretien.

 

Soirée Speciale Berlinale "Blade Runner" le 11 février 2010 à partir de 20h00 au Tresor Club de Berlin.

 

www.tresorberlin.de


Portrait


Alec Empire ( Alexander Wilke-Steinhof ) est un artiste " underground " originaire de Berlin. Avec plus d'une dizaine d'identités artistiques, Alec Empire alias DJ 6666, Jaguar, LX Empire, Nero, Nintendo Teenage Robots et d'autres encore, endosse successivement, tel un caméléon, le rôle d'artiste, de producteur, de musicien ou encore de DJ. Avec près d'une centaine d'albums, EPs et singles à son actif, de nombreux remixes ( Björk, Korn, Rammstein, Mogwai, Primal Screen... ) et quasiment un million de ventes enregistrées dans le monde, cet électron libre ne suit pas les tendances. Bien au contraire, il les initie. Très engagé politiquement, c'est un artiste qui ne s'embarrasse pas de principes et change d'orientation musicale au gré de ses envies.

 

Créateur des labels indépendants Digital Hardcore Recordings en 1994 et plus récemment de Eat Your Heart Out en 2007, Alec Empire est l'un des membres fondateurs du groupe Atari Teenage Riot. A huit ans, il commence à jouer de la guitare. A douze, il donne son premier concert avec son groupe de l'époque, Die Kinder. Jusqu'à ses 16 ans, il côtoie la scène punk anarchique puis, fasciné par la scène rave underground des squats de Berlin, il se tourne vers l'Acid House. Au début des années 90, il délaisse le milieu techno des Free Parties, notamment à cause de certains néo - nazis qui cherchent à se l'approprier, il forme alors en 1992 le groupe mythique Atari Teenage Riot avec Carl Crack, Hanin Elias puis, plus tardivement, Nic Endo qui les rejoindra en 1997 et apportera au groupe un son encore plus chaotique. Ses nombreuses influences musicales vont du rap au punk, du classique à l'électronique en passant même par le funk pour certaines de ses productions solo. Toujours à la pointe de la technologie, Alec Empire jongle à la perfection avec synthéthiseurs, boîtes à rythmes, guitares et samplers.

 

Le label indépendant Digital Hardcore Recordings se démarque à l'époque avec des productions breakbeat mixées avec du Speed Metal et du Punk Rock 70s. Il instaure et revendique un style musical intitulé "Digital Hardcore" qui connaît un énorme succès notamment au Royaume-Uni. Pour une fois, les créateurs de ce nouveau genre ne sont ni anglais, ni américains, mais allemands. ATR ( Atari Teenage Riot ) est un des groupes pionniers qui travaillent ce son puissant et novateur, mélangeant énergie punk, beats jungle, techno futuriste industrielle, slogans et images militantes radicales. C'est avec l'album Burn Berlin Burn qu'Atari Teenage Riot atteint son sommet. C'est l'escalade du succès, une gigantesque tournée mondiale jusqu'à la descente aux enfers marquée par la mort en 2001 de Carl Crack. C'est la fin d'une aventure et le début d'une autre avec Nic Endo, avec qui Alec Empire travaille toujours. Présente sur scène avec lui, elle s'occupe de ses arrangements musicaux lors de ses lives. Le phénix renaît de ces cendres avec l'album Intelligence and Sacrifice et invite de grosses pointures comme Charlie Clouser de Nine Inch Nails à se produire avec lui sur scène. Depuis, Alec Empire poursuit sa carrière, enchaînant productions expérimentales avec le label Mille Plateaux et s'essayant même à la minimale avec Pulse Code Records. Il signe aussi des musiques de films avec par exemple une collaboration avec l'acteur/réalisateur japonais Tadanobu Asano. Son dernier mini-album Shivers marque un nouveau départ, une nouvelle approche musicale. Son univers hypnotique transporte encore une foi dans un autre monde, cette fois plus tranquille et mélancolique. Décryptage de " la bête " avec une interview.

 

Caroline Marie-Cussy, le 29/01/10


Interview


La Gazette de Berlin : Y a-t-il une raison particulière pour que vous chantiez en anglais ?

 

Alec Empire : J'ai écrit aussi en Allemand mais c'est vrai, la plupart du temps, lorsque ma musique est accompagnée par des paroles, elles sont en anglais. J'ai grandi dans les années 80 dans un Berlin coupé en deux par le mur et j'ai toujours ressenti le besoin de rechercher et d'atteindre un public au delà de Berlin et de l'Allemagne. La musique doit être internationale. Je désapprouve les artistes allemands qui se cachent derrière leur identité nationale. La musique doit être un dialogue. Bien sûr, cela ne doit pas être limité à la langue anglaise. Mais j'aime particulièrement le challenge que représente le fait d'écrire en anglais. J'ai ainsi touché un public international, ce qui n'était pas le but premier mais m'a beaucoup aidé. Chaque langue a son propre rythme et son timbre spécifique. Je trouve cela fascinant et, dans notre vie de tous les jours, nous semblons oublier cette magie.

 

La Gazette de Berlin : Vous avez passé quelques années à Londres puis vous avez décidé de revenir à Berlin. Vous sentez-vous étranger dans votre propre ville? Est-ce un moyen de vous "reconnecter" avec vous-même ?

 

Alec Empire : Je suis et me sens véritablement Berlinois tout en vivant entouré d'étrangers. Je pense que c'est une bonne chose; c'est ce dont Berlin a besoin.

Même si Berlin a réussi à créer l'image d'une ville à la vie musicale et nocturne effervescente, je trouve qu'il y a encore du chemin à faire. La force de Berlin, c'est autre chose. C'est son bagage historique qui lui donne une atmosphère bien particulière. Peu de villes ont surmonté des changements aussi importants sur une aussi courte période. Ce que j'adore à Berlin, c'est que tout est possible. Après la Seconde Guerre mondiale, les artistes, du moins ceux qui étaient intéressants, ont tenté de donner un nouveau départ radical après le fascisme dont l'art a été vaincu. Ensuite, le mur est tombé en 1989, permettant à la nouvelle génération de tout réinventer. Même si cela semble loin aujourd'hui, cet esprit de liberté circule toujours à travers la ville.

Berlin est tellement différente du reste de l'Allemagne que les idées novatrices ont été perçues par le public international bien avant le reste du pays. Je trouve ennuyeuse l'atmosphère conservatrice de Londres. La ville a été fortement touchée par la crise de l'industrie musicale mais, au lieu de se renouveler, la scène musicale se borne à répèter de vieilles formules. Les dix dernières années le montrent. Berlin n'a pas cette responsabilité historique. C'est très libératoire pour les artistes mais c'est aussi le plus grand danger car beaucoup se perdent dans cette abscence de limites. A Berlin, tu dois poursuivre tes objectifs, tu dois savoir ce que tu fais ou tu finis piégé. Je n'ai pas l'impression de revenir "chez moi", j'ai plus la sensation d'être devant une toile blanche sur laquelle je peux peindre ce que je veux.

 

La Gazette de Berlin : Votre discographie éclectique est très dense, depuis vos débuts avec le label Force Inc, puis avec les nombreux albums d'Atari Teenage Riot, Nintendo Teenage Robots et ensuite, avec vos productions solo, comme par exemple, Intelligence and Sacrifice, Futurist, The Golden Foretaste of Heaven et enfin Shivers. Comment faites-vous pour vous y retrouver parmi cette multitude d'identités artistiques ?

 

Alec Empire : J'ai commencé à enregistré des disques alors que j'allais toujours à l'école, j'étais très jeune. J'ai signé mon premier album à 18 ans. Ce n'est pas un secret : je me lasse facilement des catégories et genre musicaux. De nos jours, la plupart des musiciens écrivent pour un genre précis, moi non. J'adore explorer la musique avant de la définir. Pour moi c'est excitant. J'ai fait partie de plein de scènes différentes lorsqu'elles ont émergé... Mes disques illustrent tous les genres et toutes les petites scènes musicales. Le projet The Destroyer a fondamentalement inventé en 1992 le Breakcore ou Digital Hardcore qui était comme de la Drum'N'Bass mais dans une version plus agressive et bruyante. J'étais connecté à une scène underground engagée politiquement à travers les " rave parties "illégales. Je m'en suis détourné mais beaucoup d'artistes continuent aujourd'hui à produire ce son que j'ai inventé, en le réinterprétant et en créant leurs propres versions. Nintendo Teenage Robots a été le premier album que j'ai enregistré avec une game boy. Lorsque j'ai rencontré au Japon des programmeurs de Nintendo qui avaient créé la console, ils ont été très impressionnés par le fait que j'avais composé un album entier sur ce mini-ordinateur conçu au départ pour les jeux vidéos. L'album Alec Empire vs Elvis Presley qui est considéré comme le premier album "mashup" fait partie du Musée d'Art Moderne à New York. Pour moi, ce n'est pas une sorte de schizophrénie artistique mais une volonté de connecter des points qui ne l'étaient pas avant...Parfois, lorsque je compose pour des films, cela s'apparente à résoudre une petite énigme ou un problème mathématique.

 



La Gazette de Berlin : Malgré un aussi large sprectre musical, votre travail reste cohérent. Ce sont comme des "mises à jour" régulières. Vos choix ne paraissent pas impulsifs. Pouvez-vous expliquer comment votre musique évolue ?

 

Alec Empire : Je travaille constamment sur de nouvelles musiques et je m'intéresse aussi beaucoup à celle des autres. Cela me fait avancer. C'est un constant " work flow ". Chaque album semble cadrer une énergie où d'autres trouveront un nouveau point de départ. Les questions clés que je me pose sont de savoir où je me situe, ce qui doit être dit et ce que je dois dire avec ma musique. Une chanson comme Baby Skull, qui est une chanson politique, aurait pû porter les mêmes paroles sur une musique sonnant différemment mais je l'ai produite l'année dernière et le son doit donc être cohérent avec ce moment. Il y a une chose à propos de moi qui explique pourquoi je ne suis pas devenu complètement " mainstream " et pourquoi je réussis à poursuivre une carrière "saine" : je ne suis jamais les tendances. Cela veut dire que ma musique reste à part, qu'elle a son propre "timing" et est rarement dépassée. Mais cela veut aussi dire que je dois me forcer à trouver de nouvelles directions avant les autres. Ce n'est pas facile mais c'est ce qui me motive.

 

La Gazette de Berlin : Votre dernier album est vraiment différent de ce que vous avez pû faire avant mais c'est peut-être justement son atout. L'atmosphère paraît plus calme même s'il persiste une couleur sonore qui rappelle les paysages industriels. Etes-vous plus apaisé, plus tranquille qu'avant ?

 

Alec Empire : On a décidé de sortir Shivers comme une collection de chansons ne cadrant pas avec le prochain album mais que nous souhaitions faire entendre. La plupart des chansons ont été écrites quand je composais deux bandes originales de films; elles transmettent cette atmosphère. J'ai produit beaucoup d'albums au son tranquille dans le passé. Mon album avec le légendaire label Mille Plateaux, Low On Ice, en est un très bon exemple, ainsi que les remixes que j'ai faits pour Björk. Depuis que je fais de la musique, certains critiquent la variété de mes choix mais je pense que cela a joué en ma faveur parce que j'ai sû évoluer et élargir mon public. A ma grande surprise, Shivers a reçu l'année dernière un accueil favorable de la part des principaux critiques et beaucoup continuent à découvrir le disque. C'est celui qui a été le téléchargé le plus et le plus vite. C'était un petit succès innatendu. Je suis content que cela aide les gens à me voir sous un autre jour.

 



La Gazette de Berlin : Avec Nic Endo, vous formez une sorte de couple de cyborgs à la pastique parfaite. Vous semblez jouer avec votre image glamour rétro et futuriste à la fois. Ce style colle avec l'univers de Blade Runner. Etes-vous un fan?

 

Alec Empire : Blade Runner est un film culte, surtout pour sa bande originale. Lorsque je l'ai regardé pour le première fois ça a stimulé mon imagination en ce qui concerne le futur. Je ne veux pas dire : " allez, imitons ce qui est dans le film " mais plutôt " allons voir au-delà ". Depuis, je n'ai quasiment jamais revu de film de science-fiction aussi puissant. Il faut vraiment que ce genre connaisse un renouveau visionnaire. Une des missions de producteurs comme Nic et moi est de créer de la musique qui incitent les réalisateurs à explorer ces nouveaux domaines.

 

La Gazette de Berlin : Dans votre dernier album, il y a une chanson qui sonne un peu comme un OVNI. C'est Shivers qui fait penser à un blues électronique où votre voix murmure les paroles nostalgiques "I can't lose you". C'est très prenant, comme si on était dans un profond coma à bord d'un vaisseau spatial.

 

Alec Empire : Shivers parle du moment où la relation amoureuse se désagrège. J'ai toujours pensé que le moment où deux personnes réalisent qu'il est trop tard peut être très intense. Ce sont deux êtres qui dérivent loin l'un de l'autre. La pulsation de la basse synthétisée exprime cette émotion, comme un puissant processus mis en mouvement et que personne ne peut arrêter. Ma voix apporte un fort contraste à cela, avec aussi un son de piano romantique. Je peux comprendre pourquoi vous y associez un ovni parce que dans les bandes originales de films, on utilise une technique similaire pour donner au spectateur ce sentiment que quelque chose de puissant approche de la terre.

 

La Gazette de Berlin : Vous mélangez plein de réferences musicales pour créer votre propre univers. Il y a une dimension onirique dans cet album. Reflète-t-il une sorte de voyage introspectif dans votre esprit ?

 

Alec Empire : J'aime créer des endroits étranges avec les sons. Le cerveau humain compare toujours les sons synthétiques aux sons réels et naturels qui se transforment en images. Pour moi, c'est l'aspect le plus intéressant de la musique électronique. Cela nous donne l'impression d'être dans un monde différent. Je tends à penser que la musique peut nous faire percevoir notre propre réalité d'une façon différente et nouvelle.

 

Propos recueillis par Caroline Marie-Cussy, le 29/01/10



Liens

Site officiel d'Alec Empire www.alec-empire.com

 

Le myspace d'Alec Empire www.myspace.com/alecempire

 

Site du label Eat Your Heart Out www.eat-your-heart-out.com

 

Site officiel The Hellish Vortex www.the-hellish-vortex.com

 

Shop online The Hellish Vortex wwww.shop.the-hellish-vortex.com

 

Le myspace d'Atari Teenage Riot www.myspace.com/atr922000

 

Le myspace de Nic Endo www.myspace.com/nicendowhiteheat

 

 

Liens vers les artistes présents à la soirée Speciale Berlinale " Blade Runner " au Tresor Club de Berlin :

 

Le myspace de Zan Lyons www.zanlyons.com

 

Le myspace de Patrick Pulsinger www.myspace.com/patrickpulsinger

 

Le myspace de Reznik wwww.myspace.com/dancetoreznik





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missjin /// Mittwoch, 03-02-10 00:01

BOMBASTIQUE l'article ! Bravo poulette ! Je suis fan... Alec est grand :))

 
 

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