

Lancée en janvier 2004, l’émission interculturelle de Claire Doutriaux souffle sa 200ème bougie. L’occasion de diffuser dimanche 31 janvier un numéro spécial de 15 minutes, avec en vedette un invité spécial… Quelques fidèles de l’émission ont d’ailleurs pu le découvrir en avant-première lors de sa diffusion à l’ambassade de France à Berlin.
« Karambolage ». Le titre à lui seul attire l’attention sur l’émission. Mais d’où vient-il ? « Après deux idées qu’on a dû abandonner, on a tapissé les murs du bureau de suggestions ; des mots en « k », qui sonnaient bien, explique Claire Doutriaux, créatrice de l’émission. C’est l’une de mes collaboratrices, Maya Retting, qui en revenant d’un week-end en Allemagne m’a dit : « J’ai trouvé le titre ! » »
Un titre qui n’a pas immédiatement fait l’unanimité à Arte. « Mais on s’est battus pour le garder. Et ça se révèle être un très bon titre. Ca sonne bien, on le remarque tout de suite et ça correspond tout à fait à l’émission » ajoute-t-elle. Karambolage possède en effet une forte identité visuelle grâce à des graphismes très travaillés mélangeant dessin, collage ou encore animation. Un univers très pastel, empreint de la tradition de la bande dessinée française : « Les graphistes allemands et français ne sont pas formés de la même façon, parce que l’animation électronique, qui découle de la BD en France, existe beaucoup moins en Allemagne. Sur cela, on ressent une très forte différence » reconnaît Claire Doutriaux.

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 Le graphisme de Karambolage
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Un « karambolage » des cultures
Le principe ? S’intéresser à un objet, un mot ou une coutume, et le décrypter du point de vue allemand et français. L’émission est diffusée dans les deux langues, selon le pays, mais outre la bande-son, elle reste la même dans les deux versions. Aussi, selon les épisodes, les téléspectateurs peuvent découvrir l’origine d’une expression ou d’un mot. Ainsi, on doit le très allemand « mutterseelenallein » à une déformation du français « moi tout seul » employée par les Huguenots, ces Français protestants exilés dans la région de Berlin aux 16ème et 17ème siècles. Les Berlinois, pour se faire comprendre, ont ajouté derrière l’expression « allein » (« seul »), ce qui a donné « moi tout seul allein ». Ceux qui ne connaissaient pas le français ont ensuite très vite remplacé les mots par des sonorités plus familières, c’est-à dire « Mutter » (« mère ») et « Seele » (« âme »). Un exemple bien caractéristique qui n’aurait pas vu le jour sans l’interaction des deux langues.
Du côté de « l’objet », un Allemand ou un Français fait part de son expérience avec quelque chose de typique du pays voisin. Corinne Delvaux raconte par exemple sa rencontre lors de ses études en Allemagne avec la « Nudelsalat » (salade de nouilles), ce plat incontournable des « Fêten » des années 1970. Un choc ! Dans une cuvette « beigeasse », elle trouve « une énorme masse jaunâtre aux reflets gras », à laquelle on a ajouté du saucisson et diverses boîtes de petits légumes ! Autant dire que son premier contact avec cette « Delikatesse » a empêché Corinne Delvaux d’y goûter pendant de longues années…

Des « sujets vécus »
En 200 émissions, ce sont donc presque autant de mots, de lieux, de coutumes, de portraits et autres symboles qui ont été décryptés par Karambolage. Un regard non-conventionnel sur les choses qui a d’ailleurs valu à l’émission plusieurs distinctions comme le prix Adolf Grimme pour l’idée, la conception et la réalisation, ou encore la Grande Médaille de l’Orface (Observatoire des relations franco-allemandes pour la construction européenne). Un beau parcours pour l’émission et sa créatrice : « Au départ, je pensais ne tenir qu’un an, et j’étais sûre qu’après on arrêterait ! » avoue-t-elle. D’où la nécessité de parvenir à se renouveler, les sujets n’étant pas inépuisables… « Maintenant, on fait plus de sujets historiques, parce qu’à force de travailler sur ces deux cultures on a besoin de répondre à nos questions ; on plonge plus profondément, donc on va chercher ces réponses dans l’histoire des deux pays. »
Il va sans dire que Karambolage est le fruit d’un travail de fourmi pour la petite équipe éditoriale basée à Paris et composée de Claire Doutriaux et de trois collaborateurs allemands, sans compter les auteurs récurrents et occasionnels des différentes rubriques. Forte de cette double culture, l’émission a un objectif de taille, celui de ne pas tomber dans la redite, ou pire, dans les stéréotypes. « C’est pourquoi nous ne nous appuyons que sur des détails concrets comme les objets, les faits… » justifie la réalisatrice. « Notre but n’est pas de faire des sujets sur quelque chose, mais des sujets vécus par quelqu’un. »

Elodie Fersing
29/01/2010
* Emission spéciale dimanche 31 janvier à 20h45 sur Arte. L’invité spécial sera Willy Sagnol, footballeur français, membre pendant 9 ans du Bayern de Munich. Il raconte notamment son installation en Allemagne, ce qui lui a manqué et ce qu’il y a découvert…
** Le site de Karambolage
*** Karambolage se décline également en coffrets DVD et en deux livres !