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 Photo : Iris Maurer
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Depuis novembre 2009, la gauche de la gauche nous tient en haleine avec un scénario à rebondissements : Oskar Lafontaine, atteint d'un cancer, se retire temporairement de la scène politique. Dietmar Bartsch, le secrétaire général aux dents longues de Die Linke, anticipe le retrait du leader et annonce qu'il souhaiterait également se présenter aux prochaines élections. Une lutte de pouvoir masculine s'amorce. Tous les coups sont permis : d’un côté des bruits médiatiques sur une supposée liaison amoureuse extra-conjugale d'Oskar Lafontaine sont lancés, de l’autre les pressions de la part de Gregor Gysi et d'une moitié des partisans amènent Dietmar Bartsch à démissionner afin de préserver la fragile unité du parti. Les tensions internes Est/Ouest, entre réformistes et radicaux, ressurgissent du passé et alimentent le débat sur l'avenir politique de Die Linke. Ce cocktail détonant a finalement explosé à Berlin, samedi 23 janvier, avec l'annonce du retrait définitif d'Oskar Lafontaine de la scène politique fédérale : "Je peux facilement continuer à faire des discours ou même participer aux réunions. Mais je dois maintenant me préoccuper de recouvrer ma santé." Le co-fondateur et co-dirigeant du parti laisse un Gregor Gysi orphelin et un parti mis en difficulté par la perte de son leader qui était l'un de ses principaux atouts.

Oskar Lafontaine : un dirigeant controversé
Pour la première fois depuis son opération chirurgicale, Oskar Lafontaine avait fait une apparition au Casino du Business Communication Center à Saarbrücken - Burbach pour une réception donnée à l'occasion de la nouvelle année. Acclamé par les partisans de Die Linke qui avaient scandé son nom, "Oskar, Oskar", il était pourtant intervenu au bon moment pour parler de la stratégie politique de la formation et se prononcer sur la crise interne qui avait secoué le parti. Finalement, Oskar Lafontaine ne se présentera pas à l'élection pour la co-présidence du parti en mai et démissionne de son mandat de député au Bundestag. Il souhaite toutefois conserver ses fonctions de chef du groupe parlementaire dans la Sarre. Grâce à lui, ce nouveau parti avait obtenu de bons scores avec 11,9% des voix aux législatives de septembre 2009 et avait réussi à s'imposer au Bundestag, bouleversant l'ordre établi des formations à l'assemblée parlementaire et apportant une nouvelle combinaison possible de 5 partis. Présent au total dans douze parlements régionaux, Die Linke avait également réussi à conquérir l'Ouest.

Parcours
1943 : Saarlouis : Naissance d'Oskar Lafontaine
1966 : adhère au SPD
1968 : élu dirigeant de la formation SPD dans la Sarre
1970 à 1975 : député fédéral de la Sarre
1974 à 1976 : maire adjoint de Sarrebruck
1976 à 1985 : maire de Sarrebruck
1977 à 1996 : président SPD de la Sarre
1980 : obtention d'une majorité relative du SPD sarrois qui remplace la coalition sortante CDU-FDP
1985 à 1998 : Président SPD de la Sarre
1998-1999 : ministre des Finances
1999 : démission du SPD
2005 : fonde Die Linkspartei
depuis 2005 : député de Sarrebruck
2007 : Die Linke né de la fusion entre le PDS, héritier du SED, ancien parti unique de RDA et la WASG ( Wahlalternative Arbeit und Soziale Gerechtigkeit )

Homme politique atypique souvent critiqué, Oskar Lafontaine a suivi des études de physique avant de se lancer dans la politique. Il adhère au parti social - démocrate allemand ( SPD ) en 1966 et réussit, en quelques années, à établir son influence dans le plus petit Land de l'Allemagne de l'Ouest, la Sarre, dont il est originaire. Il y est élu successivement député fédéral, maire - adjoint, maire, puis ministre - président et conduit le SPD à établir son influence politique dans cette région qui souffre chroniquement de grandes difficultés économiques depuis le déclin de l'industrie de la sidérurgie et du charbon. Décrit comme le protégé de Willy Brandt et revendiquant son héritage politique, il est désigné par le parti pour lui succéder et postuler au poste de chancelier en 1990 lors des élections fédérales. C'est cette même année qu'Oskar Lafontaine se voit contraint pour la première fois d'interrompre sa carrière politique nationale : attaqué par une malade mentale, il est grièvement blessé d'un coup de couteau lors d'un meeting. Il reprend ses fonctions en 1995 pour les élections qu'il perdra face à Helmut Kohl.
Devenu dissident au sein de son propre parti, il critique la politique de défense nationale, la participation de l'Allemagne réunifiée à l'OTAN et s'oppose aux accords de coalition. Afin d'éviter de trop grandes disparités entre l'Est et l'Ouest avec un effondrement de l'économie est-allemande, Oskar Lafontaine s'oppose au plan en dix points d'Helmut Kohl. Selon lui, une réunification trop précoce aurait exacerbé les différences sociales et économiques. Il met en garde contre ce qu'il appelle à l'époque "un enivrement national" prématuré. Après la chute du mur de Berlin, Oskar Lafontaine, en voulant préserver l'autonomie de la RDA, passe pour un opposant à la réunification : "Le mur est tombé et tu essaies de le reconstruire" assène alors Hans-Jochen Vogelt (SPD). Pendant une période de crise et de craintes face au chômage, Oskar Lafontaine, qui s'oppose à la loi Hartz IV et veut réformer le système d'assurance chômage, s'attire alors les foudres des sans-emplois.
Celui que l'on surnomme le "Napoléon de la Sarre" démissionne de toutes ses fonctions politiques au sein du SPD en 1999. Il fonde en 2005 Die Linkspartei qui devient en 2007, Die Linke, après avoir été déçu par une gauche devenue trop libérale à son goût. Sa personnalité controversée est alors contrebalancée par le charisme de Gregor Gysi, également co-fondateur du parti. Grâce à leur leadership, les deux hommes récupèrent les voix des déçus du SPD et celles des nostalgiques de la DDR, à l’Est comme à l’Ouest. Oskar Lafontaine incarne avec Lothar Bisky l’identité dirigeante du parti. Il conduit la liste du parti aux élections régionales de Sarre en 2009 et prend la présidence du groupe parlementaire Die Linke, principal parti concurrent du SPD. Réélu député en 2009, il renonce alors à co-présider le groupe en novembre, en raison de son cancer. Après son opération, il annonce son retrait de la vie politique, peu de temps après celui de Lothar Bisky qui a choisi de concentrer son énergie uniquement sur son mandat européen. Pour les plus pessimistes tels que Horst Seehofer, ministre-président CSU de Bavière, "Le parti de la gauche va redevenir ce qu'il était avant Lafontaine : un pur parti est-allemand héritier du SED (PC)".
Oskar Lafontaine affirmait au début de l'année que les" querelles personnelles" étaient "inutiles". "Personne n'est irremplaçable", mais la gauche, elle, est irremplaçable. Selon lui, tous les acteurs doivent être liés ensemble par "une profonde sympathie et affection" et tous doivent respecter les règles afin de faciliter la coopération. La nécessité d'élaborer un programme politique commun solide s'impose pour Die Linke, qui doit trouver un remplaçant pour les prochaines élections. Les partisans s'interrogent sur les questions de politique fédérale et sur les positions et stratégies que la gauche doit adopter. Une alliance pourrait alors être envisagée. Il reste à trouver un accord car deux camps s'affrontent : les réformistes et les radicaux, c'est-à-dire ceux qui sont favorables d’office à une alliance avec le SPD et ceux qui émettent des réserves et des conditions d’objectifs communs. Préssentis pour la double présidence du parti, un homme de l'Ouest, Klaus Ernst, ancien syndicaliste élu au Bundestag en 2005 et une femme de l'Est, Gesine Loetzsch, députée élue dans la circonscription de Lichtenberg à Berlin depuis 2002 et experte des questions budgétaires. La formule 2 en 1 serait conservée.
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Caroline Marie-Cussy, le 28/01/10
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