

Le 14 janvier a été votée la réforme du système scolaire berlinois, projet inscrit dans les agendas des députés de gauche depuis la chute du Mur. Ainsi, alors que les Verts se sont abstenus, la CDU et le FDP ont voté contre et le SPD et Die Linke, qui étaient pour la suppression du système des Haupt-, Real et Gesamtschule remplacées par une école secondaire commune : la Sekundarschule. Berlin n’est, pour une fois, pas avant-gardiste étant donné que cela existe déjà dans d’autres Länder comme en Sachsen-Anhalt et à Brême. Plus égalitaire ou au contraire plus élitiste ?

Développé en République Fédérale d’Allemagne dans les années 60, le système scolaire se veut très différencié afin d’être le plus possible adapté aux des élèves. Très éloigné de notre collège unique qui prépare à un seul diplôme, les élèves du cycle secondaire allemand sont dispatchés dans quatre types d’enseignement.

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 Gymnasium de Steglitz à Berlin
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Gymnasium, Realschule, Gesamtschule, Hauptschule : cours de rattrapage
Dans la plupart des Länder allemands, après la 6ème classe (équivalent de la 5ème française) les écoliers sont répartis dans quatre écoles différentes : le Gymnasium, la Realschule, la Gesamtschule et la Hauptschule. Ces écoles durent plus ou moins longtemps et leurs cours qui préparent à des diplômes qui se différencient par leur nature, du plus scolaire au plus professionnel. Ainsi, ne pourront étudier à l’université uniquement les heureux détenteurs d’un Abitur (l’équivalent du baccalauréat), décroché au bout de la 13ème classe (ou de la 12ème pour les plus sérieux) au Gymnasium. Cette première sorte d’école est donc celle qui est la plus proche du lycée d’ailleurs appelée « gymnase » en Suisse. Cependant, tous les élèves ne peuvent y accéder. Ceux qui ont eu un parcours scolaire plus chaotique suivent un enseignement plus cours (ils s’arrêtent en 10ème classe) et plus pratique que théorique en Realschule. Le diplôme, qui y est préparé, a gardé l’ancien nom donné à l’école : le Mittlerer Abschluss (diplôme intermédiaire) et permet de continuer à étudier dans des Fachhochschule (équivalent français des Instituts Universitaires de Technologie). Les élèves, qui à l’école primaire présentaient le plus de difficultés, sont envoyés en Hauptschule, où ils prépareront dès la 9ème classe un brevet de formation professionnel, le Hauptschulabschluss, et pourront choisir de passer en 10ème classe une mention supplémentaire de certificat de fin d’études élargi, qui leur permettra de suivre une formation en alternance. La Gesamtschule est, quant à elle, une alternative à ce système à trois voies traditionnel en Allemagne. « Ecole pour tous », l’établissement prépare aux diplômes de Real et Hauptschule ainsi qu’à un certificat permettant aux élèves d’entrer au Gymnasium en 10ème classe. Complexe, le système allemand l’est encore plus au niveau fédéral dans la mesure où, avec des programmes différents, les exigences scolaires diffèrent d’un Land à l’autre. Ainsi, un Abitur ne permet pas d’étudier dans toutes les régions. Par conséquent, la concentration des élèves dans les différentes écoles n’est pas la même non plus. Par exemple, il y a beaucoup plus d’inscrits au Gymnasium à Berlin qu’en Bavière où l’Abitur est réputé très dur.

Une même école pour tous ceux qui ne sont pas au Gymnasium
La décision votée par les députés le 14 janvier 2010 instaure une autre école, une sorte de catalyseur qui réunit Realschule, Hauptschule et Gesamtschule : la Sekundarschule. Officieusement, la Sekundarschule permet de supprimer l’Hauptschule, vue et souvent vécue comme une voie de garage. En effet, seulement 7% des 6ème classe s’y inscrivent et quand une école primaire conseille cette école à des parents, ces derniers préfèrent voir leur enfants en Gesamt ou Realschule. Le but affiché est d’offrir un enseignement commun à tous ceux qui ne peuvent suivre leur éducation au Gymnasium tout en gardant un large éventail de diplômes à préparer. En effet, les cours sont communs jusqu’à la 8ème classe après laquelle les élèves décident quel certificat ils souhaitent obtenir. La Sekundarschule permet de passer tous les examens proposés dans le cadre du système en cours. Ainsi, un élève de Sekundarschule pourra passer le brevet de formation professionnel, ou le diplôme moyen ou l’Abitur. Dans le cas où l’école n’a pas les infrastructures prévues pour l’ensemble de ces examens, elle travaillera en coopération avec les centres d’examens voisins. Les classes n’excèderont pas 25 élèves, soit quatre de moins que dans les Real et Gesamtschule berlinoises. De plus, cet effectif pourra être encore plus bas dans les quartiers à fort taux d’immigration. En 7ème et 8ème classe, les lycéens auront 31 heures de cours par semaine et une de plus pour les deux dernières années de cours, soit deux heures hebdomadaires en moins qu’au Gymnasium pour un emploi du temps moins stressant. C’est d’ailleurs pour éviter le « Turbo-Abitur » qu’il sera préparé en trois ans au lieu de deux à partir de la 10ème classe. Les élèves de la Sekundarschule devront rester à l’école jusqu’à 16 heures et pourront participer à des activités proposées gratuitement et organisées par des éducateurs et assistants sociaux. Cette mesure tend à favoriser l’intégration sociale, élément manquant en Hauptschule par exemple. La Sekundarschule sera de fait un type d’école très différent de ce à quoi les Hauptschüler sont habitués mais se rapprochera beaucoup de l’actuelle Gesamtschule. Cependant, la nouvelle école sera davantage tournée vers l’orientation professionnelle et proposera d’ailleurs un système de classe en alternance dès la 9ème classe comme en Hauptschule. Ainsi, pour les deux dernières années, ceux qui ont le plus de mal à suivre les cours pourront passer trois jours par semaine dans une entreprise qu’il aura trouvée avec l’aide de l’école.

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 Länder ayant des Gesamtschulen
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L’alternative venue de l’Est
Au lendemain de la chute du mur de Berlin, les écoliers se sont trouvés confrontés à la différence du système d’enseignement des deux Allemagne. En effet, alors que l’Allemagne de l’Ouest avait développé son enseignement à trois voies, la RDA prônait, elle, l’école unique. Ainsi, par souci d’intégration, toutes ces écoles ont été transformées en Gesamtschulen. De plus, dès 1991, la Sachsen-Anhalt a mis en place ce système de Sekundarschule qui commence dès la 5ème classe car l’école primaire y dure moins longtemps qu’à Berlin. Des groupes de niveaux y sont formés à partir de la 7ème classe pour certains cours comme l’allemand, les mathématiques, l’anglais et la physique alors que le reste des matières est enseigné dans des classes « mélangées ». Le Land de Brême a adopté la Sekundarschule en 2005, aussi de la 5ème à la 10ème classe. Les élèves sont répartis par classes de niveaux à la fin de la 8ème classe, ce qui définira leur futur diplôme. Là aussi, il est possible pour les élèves de préparer l’Abitur une fois la Sekundarschule terminée.

Des avis partagés sur une réforme qui entrera en septembre 2010 en vigueur
A l’issue du vote des députés le 14 janvier 2010, Felicitas Tesch, expert SPD dans le domaine de la formation, déclarait : « je suis soulagée » alors que le sénateur SPD chargé de l’éducation, Jürgen Zöllner, affirmait que c’était « un jour historique » pour les écoles de Berlin. En effet, depuis la réunification, la réforme a toujours été un point majeur des programmes SPD et Die Linke, qui accordent une grande importance à l’égalité des chances. La CDU et le FDP ont voté en masse contre la réforme. Selon Sascha Steuer, spécialiste pour l’éducation CDU, c’est « un compromis vide de sens » alors que les membres du FDP craignent que les Sekondarschule soient favorisées financièrement par rapport aux Gymnasium. Les avis sont plus mitigés dans les rangs des Verts qui se sont abstenus de voter. En effet, ils voulaient la suppression de l’année d’essai obligatoire pour rentrer dans un Gymnasium, qui en fait, selon eux, des établissements élitistes. Özcan Mutlu, expert des Verts, espère aborder ce sujet en 2011 avec les parlementaires SPD et die Linke. En dehors de la sphère politique, la mesure ne fait pas l’unanimité non plus. En effet, certains comme Rose-Marie Seggelke, présidente du syndicat pour l’éducation, félicitent cette nouvelle école pour tous et soulignent le fait que « le lien de cause à effet entre l’origine sociale et l’inégalité doit être abattu ». Ancien élève de Hauptschule, Andi est dubitatif : « oui j’étais dans une voie de garage mais je ne vois pas comment mes anciens camarades pourraient suivre des cours de Realschule. La mesure ne va être une bonne chose que pour les bons élèves de Hauptschule ». Le syndicat des professeurs de Realschule partage le même point de vue : « il a été prouvé qu’on obtenait des performances plus élevées avec des groupes de travail homogènes et des écoles structurées qu’avec des écoles uniques hétérogènes ».
Bonne nouvelle pour le compte en banque de Berlin, la réforme a été saluée par la Chambre de l’Industrie et du Commerce qui s’est dit prête à aider financièrement les écoles qui proposeront une formation en alternance. Et oui, dans la mesure où 430 professeurs, éducateurs et assistants sociaux-éducatifs seront engagés, il en coûtera 22,6 millions d’euros par an à la ville de Berlin ainsi que 10 millions de plus la première année.
Maud Koetschet
22-01-10
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Je trouve l'aticle très bien ficelé, bonne trame, logique et claire
j'y vois enfinplus clair dans ce système scolaire allemand...
Bravo à la journaliste
Je remets ce que j'ai mis sur Facebook, j'avais oublié qu'il y a un espace pour commenter ici :-p
Bon article sur un sujet super-complexe à traiter. Le mélange d'infos sur Berlin et le reste de l'Allemagne fait peut-être un peu brouillon et entraine quelques exactitudes.
- Les élèves sont dispatchés dans plusieurs écoles après la Grundschule, qui dure 4, 5 ou 6 ans selon les Länder, c'est loin d'être partout après la 6ème.
- Ensuite, c'est trompeur de dire que c'est dans 4, car c'est il y a bien 4 types d'écoles, mais seulement 3 types d'études et c'est ce qui compte, même si c'est expliqué par la suite...
On pourrait même dire 5 types d'école en séparant les Gesamtschulen Real+Haupt des Gesamtschulen Real+Haupt+Gymnasium qui existent dans d'autres Länder... Afficher davantage
- Jamais entendu parler de l'Abitur après la 12eme pour les sérieux... sauter ou redoubler une classe est très rare en Allemagne
Par contre certains nouveaux Länder proposent l'Abitur après la 12e, à tous !
Sinon ca aurait pu être intéressant de présenter plus l'énorme enjeu politique du sujet, qui provoque un vrai gros clivage gauche/droite, visible dans le débat, mais surtout dans les politiques de chaque Land !
Cordialement,
Matthieu