imprimer   12.02.2012 
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Les Golden Globe Awards viennent d’être décernés durant le 67ème gala de l’institution à Los Angeles. Ces prix attribués par l'Association de la presse étrangère à Hollywood ont récompensé James Cameron (« meilleur réalisateur ») et son film Avatar (« Meilleur film »). Loin des schtroumpfs bleus extraterrestres, « Le Ruban blanc » (Das weiße Band ) le film allemand du metteur en scène autrichien Michael Haneke a lui aussi été distingué (« Meilleur film de langue étrangère»). Le film avait déjà été couronné de la Palme d’or à Cannes alors que le jury était présidé par la brillante comédienne française Isabelle Huppert, amie du réalisateur et qui a déjà tourné deux films avec lui. Le long métrage accueilli par une critique quasi unanime est encore en lice pour les Oscars où il représentera l’Allemagne le 7 mars prochain.



Alors qu’il était de passage à Berlin La Gazette avait rencontré l’homme à la barbe blanche soignée et à la mise noire parfaite. Cette bichromie rappelle inévitablement le noir et blanc de son film, mais elle dit aussi peut être quelque chose de l’homme à la fine silhouette : au-delà d’une vision intransigeante, sombre, parfois binaire, c’est un regard avec une rare indulgence que porte le cinéaste sur ses semblables.

Dialogue avec un homme empreint de peu de doute si ce n’est sur la bonté de l’humanité.


La Gazette : Quelles ont été vos sources pour les recherches au niveau visuel?

 

Michael Haneke : Il y a des disques durs entiers de photos en noir et blanc de cette époque que nous avons du compulsés pour à la fin reconstruire cette réalité. On s’est donné le temps pour mener à bien les recherches. Ca a été une tâche vraiment captivante et énorme et ce pas seulement pour les décorateur et les accessoiristes sur le tournage, mais aussi pour la post-production. Parce qu’il y a vraiment toute une série de choses qui n’existent plus aujourd’hui et qu’il a fallu recréer après de façon numérique. Par exemple les images de paysage enneigés. Il n’y avait pas cet hiver là de neige (rire). Il s’agit donc d’une neige digitale rajoutée en post-production. Apeu près un tiers de ce village était composé d’affreuses maisons des années soixante et cinquante, que nous avons du cacher avec des murs de briques anciennes. De même à Gusthof les toits qui se trouvaient aux alentours du château étaient dans une sorte de granit clair qui bien sûr n’était pas utilisé à l’époque. Pour ces scènes nous avons du image par image remplacer ces toits . Nous avons eu dans le film plus de 60 effets réalisés en post-production numérique que dieu merci on ne voit pas! Mais ça a été des mois de travail.

 

La Gazette : Vous avez une théorie particulière sur l’authenticité des visages de paysans…

 

Michael Haneke : C’est simplement la réalité ! Nous n’avons pas trouvé dans l’espace germanophone des visages de paysans authentiques tels qu’ils devaient être à l’époque. Des visages tannés, burinés par le soleil et le vent. C’est pourquoi nous avons fait venir pour une partie de la figuration des paysans de Roumanie par bus.

 

La Gazette : Le nom de Jean-Claude Carrière apparaît au générique, en quoi a consisté sa contribution ? s’est-il agit d’une co-écriture ?

 

Michael Haneke : Non du tout. La contribution de mon ami Jean-Claude Carrière a été aussi limitée qu’importante. Il est intervenu à un moment ou le scénario était manifestement beaucoup trop long. Il est venu en avion à Vienne et durant un week-end il a surtout fait des coupes franches !

 

La Gazette : Le sous-titre de votre film est „Une histoire d’enfants allemande“. Vous semble-t-il que ce que l’on voit (une société étriquée, étouffante, cernée par les interdits, et sous le boisseau de la violence) en un mot l’archaïsme ait été si spécifique à l’Allemagne du Nord? N’avait-on pas en Europe en 1913 un peu partout ce genre de situation?

 

Michael Haneke : c’est possible, mais vous savez pour choisir le lieu de tournage d’un film il y a plusieurs éléments. La région du Brandebourg proposait financièrement de faciliter vraiment les choses.

 

La Gazette : Pouvez-vous expliciter le lien entre cette barbarie que l’on voit dans le film et celle qui survint 20 ans plus tard avec le Nazisme ?

 

Michael Haneke : Vous attendez de moi une interprétation, mais je ne vais pas vous faire cette faveur! Au cinéma, je n’aime pas qu’on m’explique les choses. Un réalisateur n’a pas à m’expliquer ce que je dois comprendre. L’art, le cinéma, ne doivent pas donner de leçons. Je ne veux que l’on m’explique ce que je dois penser, je n’ai pas envie d’être éduqué, je veux être apte à réfléchir par moi même.




La Gazette : Vous récusez donc tout lien entre ces deux barbaries?

 

Michael Haneke : Vous pouvez avoir cette vision là, c’est votre liberté de spectateur, enfin ce n’est pas un hasard si le village s’appelle Eichwald*. A travers les sources du fascisme allemand, on peut voir, le conditionnement par une idéologie. Quand il y a humiliation malaise, ou pression les personnes utilisent toutes les possibilités pour s’en sortir. Il peut s’agir d’un fascisme de droite comme de gauche, d’ une idéologie religieuse ou politique contenant les germes de sa propre dégénérescence. Le fait d’ériger en absolu un principe ou un idéal, qu’il soit politique ou religieux, le rend inhumain et conduit au terrorisme. Le film permet d’évoquer l’idéalisme perverti, ce qui se passe aujourd’hui en traitant un exemple connu de tous. De même avec le communisme, l’idée est belle mais à partir du moment où elle devient une idéologie, elle devient dangereuse puisqu’elle montre un ennemi : ceux ne soutenant pas l’idéologie apparaissent alors comme nuisibles. J’avais d’ailleurs, au départ, pensé comme titre à «La main droite de Dieu» : en effet les enfants du film en châtiant ceux qui divergent ou n’adhèrent pas complètement au dogme, appliquent à la lettre ces idéaux. Avec la torture d'un enfant handicapé on voit que ce ne sont pas les parents qui sont choisis pour être punis mais les plus faibles.

 

La Gazette : Ne craignez vous pas qu’avec cette atmosphère glauque, avec pratiquement seulement des personnages détestables, le spectateur ne soit accablé par le désespoir, la tristesse ?

 

Michael Haneke : Triste? Mais mon film comporte une très belle histoire d’amour qui n’a rien de triste, puis il y a des moments de tendresse. Mais bon je suis stigmatisé comme un réalisateur décrivant uniquement nos côtés sombres. Je crois que j’aime les gens, mais même les gens les plus aimables peuvent se révéler détestables. Il suffit juste que la situation s’y prête.



La Gazette : N’est-il pas excessif qu’une communauté entière ne soit composée que de personnages négatifs ? Même les enfants…

 

Michael Haneke : D’abord je ne crois pas que les enfants soient innocents. Vous n’avez qu’à observer une cours de récréation! La vision idyllique de l’enfance innocente n’est que la projection des désirs des parents. Et puis ce n’est pas ma vision de l’humanité qui est négative mais le monde dans lequel nous vivons !

 

La Gazette : N’y a-t-il pas une certaine fascination pour la violence dans votre travail ?

 

Michael Haneke : Je ne supporte pas la violence! J’y suis allergique ! Toute forme physique de violence me rend malade. Vous ne trouverez pas chez moi de scènes explicites de violence, la rendant attractive comme dans un certain style de cinéma. Ce serait obscène, je trouve plus intelligent de fonctionner avec l’imagination du spectateur : le parquet qui grince est plus terrifiant que le monstre lui-même qui est caché derrière la porte ! De même dans une scène si on entend un cri venant de la pièce d’à côté, cela suffit.

 

La Gazette : Le choix de l’utilisation du noir et blanc était incontournable pour un film situé dans le passé ?

 

Michael Haneke : Cela s‘imposait. Pour deux raisons : d’abord nous connaissons cette époque à travers des documents noir et blanc et c’est ainsi plus simple pour le spectateur de rentrer dans cette atmosphère. Et puis ça engendre une certaine artificialité, car on ne fait pas comme si c’était la réalité. Il y a ainsi un caractère d’artefact.

 

La Gazette : Jack Lang nous a dit il y a quelques semaines alors qu’il suivait des cours d’allemand à Berlin qu’il avait pris la décision de se remettre à l’allemand après avoir vu votre film…

 

Michael Haneke : Jack Lang vous a dit ca? (rires) il me l’a dit aussi à Paris. Ça m’a fait très plaisir!

 

Propos recueillis par R.P.G.

 

* Eichwald, (« Chêneraie » en français) le nom du village ou se passe l’action du film peut être compris comme une synthèse entre Buchenwald (« forêt de Hêtres ») du nom du camp de concentration nazi en Thuringe non loin de la ville de Weimar et Eichmann du nom d'un criminel de guerre très impliqué dans la mise en œuvre de la Solution finale, l’assassinat massif des Juifs d’Europe (dont le procès en Israël fut notamment suivi et commenté par Hannah Arendt).








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un paysan roumain /// Donnerstag, 04-03-10 08:31

titus tu es méchant quand même! moi ce que j'aime dans cette interview c'est que Haneke parvient à être drôle...sans le vouloir!

 

titus /// Freitag, 22-01-10 10:29

Haneke: what a jerk...

 
 

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