Non la culture allemande en matière de mode ne se résume pas à l’émission de télévision populaire « Germany’s Next Top Model ». Et heureusement ! Du petit écran à la réalité, il n’y a qu’un pas et celui-ci a lieu deux fois par an à l’occasion de la Fashion Week berlinoise. Du 20 au 24 janvier, la capitale allemande monte sur les podiums. Strass, paillettes, jolies filles mais pas uniquement.
Collection Michalsky
Berlin Fashion Week 2007
Berlin : the next place to be ?
New York, Londres, Paris, Milan: des noms qui font frémir tous les mordus de mode. Ce sont les rendez-vous par excellence des fashion victimes. Mais Berlin dans tout ça ? Dans la période de l’entre-deux-guerres, la métropole allemande faisait office de haut lieu de la mode avant que le régime nazi n’oppresse les commerçants juifs du secteur. Depuis, l’ours berlinois a fait peau neuve et se fait peu à peu sa place dans le milieu. En attestent, les propos de l’une des plus célèbres critiques de mode, la journaliste de l’International Herald Tribune Suzy Menkes qui a trouvé la fashion week 2009 « débordante d’énergie ». Situé aux portes de l’effervescente Europe de l’Est, dont le marché de la mode est en plein essor, Berlin jouit notamment de sa position géographique pour attirer les stylistes étrangers.
Paris snoberait-elle la capitale allemande ?
Des créateurs étranger, il y en a. Mais pas de grands noms de la mode. Berlin ne voit pas défiler les poids lourds de la haute couture. Pas plus que les top modèles de renommée mondiale ou encore les personnalités célèbres du show business. La fashion week de Berlin ne dure en réalité que quatre jours, là où celles de New York, Londres, Paris et Milan s’étendent sur une semaine complète. Et en allant jeter un coup d’œil du côté des journaux français, l’évènement passe inaperçu. Il semblerait même que la presse spécialisée française snobe la fashion week berlinoise. Le maire de Berlin, Klaus Wowereit, le reconnait : "On ne peut pas comparer Berlin avec d’autres métropoles comme New York mais il est possible d’être complémentaire en apportant ce qui manque aux autres défilés". Et en la matière, la métropole berlinoise ne manque pas d’argument.
Collection Kenzo
Paris Fashion Week
La Berlin touch
Plutôt que de devenir le prochain Paris de la mode, la capitale allemande a parié sur l’originalité et l’anti-conventionnalisme. Pour se retrouver au centre de toutes les attentions, mieux vaut se rendre à Tempelhof plutôt que sur la Bebelplatz, où aura lieu le grand défilé Mercedez Benz. En effet, le hangar de l’ancien aéroport historique de Berlin abrite la « Bread and Butter ». Depuis son lancement en 2001, ce salon international du streetwear et de l’urbanwear est devenu le rendez-vous incontournable des créateurs du secteur. Ainsi, pour l’attachée de presse de Chipie, le rendez-vous biannuel est primordial pour présenter les nouvelles collections de la marque car « la Bread&Butter est unique en son genre, ce qu’il y a là à Berlin n’existe nulle part ailleurs par le nombre de distributeurs, de vendeurs et de promoteurs présents ». Et pour le coup, les plus grands sont bien présents : Diesel, Lacoste, Levi’s, G-Star et compagnie. Le concept « la mode à plus petits prix » colle parfaitement à la peau de l’ours berlinois, qui ne cesse de mettre en application son slogan « pauvre mais sexy ». Mais attention, même si tous les bénéfices des ventes des produits signés « Bread&Butter » seront reversés à l’association caritative Die Arche, le commun des mortels ne doit pas s’y méprendre, à la Bread&Butter, la langue commune est bien celle du business. A Tempelhof, pour être « in », le look uvé se parfait d’accessoires indispensables : l’attaché case troquée contre une valise à roulettes, le/la Fashionboy/girl tient son i-phone de l’autre main et réussit grâce à des années d’entrainement à caser sous son coude, mais sans avoir l’air gêné, son agenda Moleskine remplie de cartes de visite. Et oui, il ne faudrait pas oublier d’aller prendre une coupe de champagne chez son partenaire Puma.
Affche officielle
"Bread and Butter" 2010
Le vert : la couleur tendance
Un brin écolo ? L’idée a bourgeonné dans l’esprit des créateurs. Et quel meilleur endroit que Berlin, capitale d’une Allemagne leader en matière de défense de l’environnement, pour en faire le fief de l’industrie de la mode écologique. Au forum THEKEY.TO à Kreuzberg, la couleur verte est bel est bien celle qui est la plus tendance. Cet évènement promeut un shopping et un style respectueux d’un développement durable.
"Qui a dit que la mode écolo n'était pas sexy?"
En s’éloignant des standards des grandes villes de la mode, la fashion week de Berlin pourrait être considérée comme une plateforme de « seconde zone ». Mais c’est justement son anticonformisme qui séduit les créateurs. Un style jeune, détendu, abordable et surtout dans l’air du temps. En plus du grand défilé Mercedes Benz, Berlin a bien négocié le virage écologique en proposant une alternative verte. Oui, il semblerait bien que la fashion week berlinoise ait trouvé chaussure à son pied.