Au début de l’année 2009, Françoise Sagan, sous les traits de Sylvie Testud, reprenait vie sur nos écrans. Un an plus tard, le film de Diane Kurys est disponible en DVD. C’est l’occasion de se pencher sur le curieux personnage de « La Sagan », comme on l’a souvent surnommée. Si le film s’attarde un peu trop sur ses frasques mondaines et judiciaires, la prestation de Sylvie Testud est bluffante.
Casino, alcool, drogue : ces faits divers peuvent-ils résumer la vie de Françoise Sagan ? Peu à peu, le film réduit le « charmant petit monstre », selon les termes de François Mauriac, à cela. On en oublie Sagan-l’écrivain pour ne plus voir que Sagan-la mondaine. Ceci, elle en a souffert toute sa vie, peu ou pas lue, « La Sagan » aura captivé les foules par ses caprices et son insouciance. Néanmoins, elle reste un des plus grands écrivains français de la seconde moitié du vingtième siècle. Le film, quant à lui, laisse perplexe, et si Sagan était insaisissable ?
Entouré de ses amis, Sagan au casino de Deauville.
A toute allure :
1953, Françoise Quoirez a dix-huit ans et elle dépose le manuscrit de ce qui deviendra un best-steller avec plus d’un million d’exemplaires vendus, son Bonjour Tristesse, aux éditions Julliard. L’ouvrage fait scandale et le succès est immédiat. Ainsi nait Françoise Sagan. Le film de Diane Kurys ne s’intéresse qu’à l’auteur, le récit commence donc ici. C’est sous la forme d’un flash back que la réalisatrice nous emmène au cœur de la cour mondaine de l’écrivain. Les premières images montrent une femme seule, malade, retirée du monde et on se demande dès lors comment elle en est arrivée là. Retour sur une vie mouvementée. Assis dans notre siège, on a l’impression de voir défiler des tranches de vie comme on voit passer les arbres sur une autoroute. Le rythme du film est enlevé : cinquante ans parcourus en deux heures. Ce survol d’une existence bien remplie fait ressortir la vitesse avec laquelle Sagan a conduit sa vie : aussi rapidement que son Aston Martin. Nombre de souvenirs sont évoqués : Billie Holiday, les lunettes de son éditeur chez Julliard, le fameux « à ton âge, l’argent c’est dangereux, tu ferais mieux de le dépenser » de son père ou encore ses citations à elle. Le générique reconnaît s’être fortement inspiré des mémoires de madame Bartoli, sa secrétaire de 1982 à 1998, mais aussi d’avoir pris de grande liberté vis-à-vis de certains personnages. Se pose alors la question, « La Sagan » était-elle cette Sagan ?
Sagan et Peggy
Les frasques :
Le défaut du biopic de Diane Kurys est d’être un film d’anecdotes. L’aspect littéraire est de moins en moins présent, on la voit peu lire et l’écriture semble lui poser de grandes difficultés. A l’image de la voiture avec laquelle Sagan a eu un grave accident en 1957, le film quitte la route. Dès lors, on n’assiste plus qu’à sa descente aux enfers et on fait abstraction de son immense talent littéraire. A travers ces images, c’est le portrait d’une éternelle enfant, capricieuse et tyrannique qui est dressé. Mais aurait-elle pu faire vibrer sa cour pendant cinquante ans, si tel avait été le cas ? Petit à petit, Sagan perd son essence et le personnage se noie dans une certaine vision qu’on a pu avoir d’elle. Elle est réduite au succès de son premier ouvrage et à une succession de frasques. On se retrouve face à un catalogue qui ôte son charme à ce monstre de la littérature. Certains éléments nous semblent être des pièces rapportées qui se superposent les unes aux autres comme pour un patchwork. Mais si Sagan semble échapper à la réalisatrice qui ne parvient pas à la mettre à jour, ce n’est pas le cas de Sylvie Testud qui s’approprie remarquablement le rôle. Du physique aux gestes, du caractère au ton, elle devient Sagan. Son jeu est sans aucun doute ce qui donne tout l’intérêt à ce biopic quelque peu fade à la manière d’un téléfilm, ce qui l’était à l’origine. Ce qui est sans doute son principal défaut.
Comme a pu le dire Françoise Sagan dans son entretient avec le chroniqueur Alfred Eibel, « il est évident que la télévision n’a pas arrangé le cinéma ». C’est le sentiment que nous laisse ce film retravailler pour s’adapter au grand écran. Néanmoins, les acteurs se fondent dans leurs personnages et un charme discret s’opère. Les nominations aux Césars de Sylvie Testud et Jeanne Balibar, en Peggy en témoignent.