Affiche du film "Raw-Wir sind gekommen um zu bleiben. RAW-United we stay"
Depuis quelques années, clubeurs, curieux et touristes en tous genres se ruent vers Berlin qui jouit d’un statut de capitale « in » sans précédent. Dans son premier court métrage, Louise Culot montre une face moins funky de la ville, celle de lieux culturels et associatifs qui sont en train de fermer en prenant l’exemple du RAW-Tempel. Réalisé au printemps 2009, « RAW- Wir sind gekommen um zu bleiben » sera projeté le 16 Janvier au Tacheles dans le cadre de l’Emotion Filmfest 2010.
Jeune capitale, chantier en mutation, qu’on se le dise, Berlin change. Cela n’est pas rentrer dans l’oreille d’une sourde. Louise Culot a mis son expérience de journaliste au profit d’une cause qui lui est chère : dénoncer le manque de participation laissé à la population dans le processus d’aménagement de sa ville. Mais attention, la jeune belge ne cherche pas à choquer, au contraire, elle brise au passage plusieurs préjugés sur les mouvements de contestation. Rencontrée au cœur de Friedrischain, Louise Culot nous a raconté la genèse de son projet.
Intérieur du RAW-Tempel
Le RAW-Tempel : quand un ancien entrepôt a intéressé les investisseurs islandais
Grand comme quatorze terrains de foot, le RAW-Tempel longe les rails de chemin de fer de la station Warschauer Strasse. Ancien atelier de réparation des wagons de train, le lieu fût investi par des artistes au lendemain de la chute du mur de Berlin alors que ce n’était qu’une friche industrielle. En Juillet 1998, une association vit le jour : la RAW e.V logée entre une rampe de skate, un mur d’escalade et plusieurs salles de concert. Polyvalente, l’association abrite une soixantaine de projets tant sociaux, culturels et artistiques. Comme l’explique Louise Culot, « le RAW est une structure autogérée vraiment lâche, tu fais tout ce que tu veux dedans. Il y a de tout et personne n’a de comptes à rendre à personne ». La maison du RAW fait l’impression d’une fourmilière partagée par des peintres, sculpteurs, danseurs, musiciens ou tout simplement personnes qui souhaitent avoir un local. Le complexe entier du RAW-Tempel a été racheté en 2007 par des investisseurs islandais par l’intermédiaire du RED Berlin Developement. La logique des artistes a dû laisser place à celle du profit. La maxime si tu ne peux pas payer le loyer au RAW, tu le quittes pose donc problème aux artistes qui eux ne font pas de culture commerciale. En quelques mois, les boites de nuit ont poussé comme des champignons dans l’enceinte de la Revalerstr et comme le raconte Louise Culot, sans cacher sa déception : « Le samedi soir on dirait la grande place de Barcelone. Donc tu ne peux pas continuer de travailler dans ces conditions parce que le dimanche par exemple t’as des centaines d’ados tout bourrés. Toi tu vas là pour travailler, tout frais avec ton café et ça calle pas trop. Et ils sont même en train de construire un parking alors que c’était censé être un espace sans voiture. S’il y en a partout maintenant, les gamins de l’école de cirque du RAW vont devoir partir».
Intérieur d'un des bâtiment du RAW Tempel
D’un coup de cœur à un film no-budget
Elle-même locataire d’un petit atelier au troisième étage de la maison du RAW, Louise Culot a tout de suite été acquise à la cause de ces artistes qui travaillent pour certains depuis vingt ans dans ce lieu. Ce qui l’a le plus marquée, c’est l’absence totale de conditions à remplir pour faire partie du projet. Après avoir habité en Belgique, en France ainsi qu’en Espagne, Louise voyait en Berlin la (seule) capitale européenne capable « d’offrir un espace dans la ville à ses habitants sans conditions et sans devoir payer beaucoup. Par exemple dans un Hausprojekt, tu dois déjà être mis politiquement. Là c’est no dogma. Si tu as envie de t’impliquer politiquement, tu le fais, si tu as juste envie d’avoir ton atelier ça le fait aussi et c’est ça qui est remarquable. C’est triste parce que dans toutes les villes que j’ai visité, je n’ai jamais vu un endroit comme ça ». Le spectateur se rendra aussi compte que Louise Culot n’aime pas les préjugés alors non un punk n’a pas à faire partie du mouvement d’extrême gauche et un artiste ne zone pas forcément en cherchant l’inspiration : « les locataires du RAW ne payent pas de mine mais ils sont diplomates avec les politiques, ils n’ont jamais flirté avec l’extrême gauche autonome, ils sont assez indépendants de cette scène qui crie très fort, s’habille en noir et lance des cocktails molotov. Eux, ils veulent avoir un contact avec les politiciens locaux et les investisseurs, ils ne sont pas là Scheisse tout le monde ». En à peine quelques mois, Louise Culot a écrit un scénario et tourné un film de trente-deux minutes plus « no-budget » que « low-budget ». Avec du matériel prêté par son ancien employeur, la jeune belge alla rencontrer investisseurs, pouvoirs publics de la ville locataires du RAW et experts de l’urbanisme pour faire passer un message « [son] opinion : c’est bizarre que dans une ville le droit de propriété prime sur tout l reste, sur tous les droits sociaux. La ville c’est [notre] jardin. Au niveau local, ça doit être faisable d’impliquer les citoyens dans la gestion de l’espace ».
Slogan du mouvement MediaSpree : "Les rives de la Spree pur tous"
Un court-métrage pour sensibiliser voisins plus ou moins proches
Informer, c’est le premier pas vers l’engagement. Part conséquent, Louise Culot essaye de montrer son film en dehors du cercle de personnes directement impliquées par la fermeture du RAW mais aussi en première ligne aux jeunes et aux habitants du quartier. De par sa situation géographique et la différence de renommée de ses artistes, le Tacheles qui subit les mêmes problèmes profite d’une presse beaucoup plus large à son égard. Ainsi, pour avoir plus de résonance, le RAW fait partie du mouvement « MediaSpree » qui sert de catalyseur de nombreux petits mouvements similaires comme celui du Bar 25 et du Yaam. Grâce à cela, le mouvement est structuré et a un impact plus important. Selon Louise, « A Paris c’est fini, c’est un musée alors qu’à Berlin il y a une résistance donc ça ne deviendra pas comme Londres ou Paris dans deux ans. Je ne pense pas que dans ces villes il y ait eu de la résistance à part quelques mecs qui essayent de faire du bruit avec un haut-parleur le jour où la police vient mettre les collants pour fermer les portes ».
Après le visionnage de « Raw-Wir sind gekommen um zu bleiben », nombreux seront d’accord : le budget ne fait pas la qualité d’un film mais cela tient plutôt à la capacité qu’a son auteur à faire passer un message. Alors ne soyez pas étonnés si votre moi activiste redouble après avoir vu « Raw-Wir sind gekommen um zu Bleiben. RAW- United we stay ! » le 16 Janvier au Tacheles à 22h50. Soyez seulement prévenus, le film de Louise Culot est très réussi.