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Nikolaus Brender, rédacteur en chef de la ZDF jusqu'à mars 2010

Depuis le 27 novembre, la rumeur qui rôdait depuis plusieurs mois autour de la ZDF, la deuxième chaine de télévision publique allemande et co-fondatrice d’Arte, est devenue décision officielle du Conseil d’Administration : le mandat de son rédacteur en chef, Nikolaus Brender, ne sera pas reconduit. Alors qu’il a reçu le prix d’excellence de la profession journalistique, le prix Hanns-Joachim-Friedrich, pour son indépendance, les membres CDU du Conseil lui reprochent son manque de diplomatie. Pendant plus de dix mois, journalistes et juristes se sont mobilisés jusqu’à faire du « Causa Brender » un débat fédéral sur le rôle du gouvernement dans le fonctionnement des médias de droits publics.


Lors même de sa création en 1960, la Zweites Deutsches Fernsehen (ZDF) fit parler d’elle dans la mesure où le gouvernement fédéral voulait clairement garder un certain contrôle sur la chaîne. Cela portait pourtant atteinte à la souveraineté culturelle des Länder. Certains, alors dirigés par le SPD, tels qu’Hambourg, Brême, Hesse et la Basse-Saxe ont porté plainte devant le Tribunal Constitutionnel. Karlsruhe leur a donné raison et a jugé la chaîne inconstitutionnelle, le gouvernement fédéral n’étant compétant que pour l’aspect technique de la diffusion des chaînes de radio et de télévision. Après révisions du contrat, la ZDF a commencé à émettre le 1er Avril 1963 avec un fonctionnement assez particulier.




Roland Koch, Ministre Président du Land de Hesse et adjoint du conseil d'administration de la ZDF

Un Bundestag miniature en guise de conseil d’administration

Composé de quatorze membres, le conseil d’administration est l’instance qui surveille les faits et gestes de l’intendant de la chaîne (Markus Schächter en ce moment), et le budget qu’il lui octroie surtout. Formé de six élus politiques et huit membres du Conseil de télévision (l’instance qui surveille les programmes et accorde le budget), le conseil d’administration est présidé par Kurt Beck et a comme adjoint Roland Koch. C’est ce dernier, aussi ministre président du Land d’Hesse, qualifié de « roquet de l’aile droite de la CDU » par certains de ses opposants qui a souhaité changer de rédacteur en chef. Selon lui, la ZDF perdait du terrain en terme de Médiamétrie, comparée à ses concurrentes telles que l’ARD et avait besoin « d’un nouveau départ sans Nikolaus Bender ». Le 27 Novembre, le conseil d’administration a voté la non-reconduction du mandat du rédacteur en chef qui devra donc plier bagage à la fin du mois de mars 2010. La décision s’est jouée de justesse, à sept voix dans chacun des deux camps.




Nikolaus Brender, lauréat du prix Hanns-Joachim-Friedrich

Un journalisme qui dérange

L’argument avancé par Kurt Beck est plus une excuse qu’autre chose. Ce qui est réellement reproché à Nikolaus Brender est d’être « incalculable » comme l’explique le Spiegel. Né en 1949 à Freiburg dans le Sud de l’Allemagne, Nikolaus Brender appartient dans sa jeunesse à l’Organisation pour la jeunesse de la CDU/CSU. Sa grande carrière de journaliste a commencé en tant que rédacteur pour le Südwestfund, die Zeit et le Tagestheme, avant d’être pendant cinq ans le correspondant pour toute l’Amérique du Sud de l’ARD, et d’enchainer directement avec le poste de responsable étranger pour la WDR, chaîne pour laquelle il sera rédacteur en chef puis chef des programmes. Nikolaus Brender occupe le poste de rédacteur en chef de la ZDF depuis le 1er Avril 2000. Son palmarès le montre, le journaliste a su faire preuve de déontologie lors de sa carrière. D’ailleurs, lorsqu’il reçoit le prix d’excellence pour son indépendance, Nikolaus Brender affirme : "Je vous demande de rester vraiment indépendants. De ne jamais témoigner de sympathie pour tel ou tel parti politique. Et surtout, parce que vous êtes journalistes, de toujours rester critique". De fait, Nioklaus Brender n’a jamais vraiment montré plus de sympathie pour un parti politique plutôt qu’un autre et le revendique. Comme en 2005, lorsque dans une interview, Gerhard Schröder doute de cette impartialité : « Oui je le resterai (chancelier) même si vous faites tout pour que je le ne sois plus ». Ce à quoi le rédacteur en chef répond : « Nous, nous travaillons contre vous ? Cette forme de procès d’intention est inacceptable dans une émission de télévision publique, vous n’avez rien à insinuer sur nous comme nous n’insinuons rien contre vous ». Selon le Blog « Stoppt Merkel », « manifestement, le problème c’est que Brender est au dessus des partis, juste et neutre ». Cependant, selon le Président du Bundestag, Norbet Lammert, Nikolaus Brender n’en fait pas assez. En effet, il lui a reproché fin octobre par exemple de ne pas avoir fait d’émission spéciale pour présenter la nouvelle composition du gouvernement le lendemain de son annonce. Mais bon, dans une démocratie dotée d’une Constitution qui défend la liberté de la presse face aux partis politique dans son cinquième article,  ça ne devrait pas poser de problème.




Hendrik Zörner, porte-parole du syndicat des journalistes allemands

Un soutien exceptionnel mais en vain

Dès le mois de février 2009, plusieurs collectifs de soutien se sont formés pour Nikolaus Brender. Ainsi, même des personnalités de la ZDF sont montées au créneau pour dénoncer une intervention des pouvoirs politiques. Par exemple, Claus Kleber, modérateur du journal de la chaîne affirme que « ce ne doit pas être acceptable que les postes de la ZDF soient pourvus en fonction de critères décidés par les partis politiques ». L’intendant du canal, Markus Schächter, demande même en mars une expertise juridique pour clarifier le rôle du conseil d’administration. Pour le rédacteur en chef de la WDR, « c’est un cas pour le Tribunal Constitutionnel »Le FDP, le SPD et les Grünen demandent eux un passage devant les juges de Karlsruhe. Selon le porte-parole du syndicat des journalistes allemands, Hendrik Zörner « c’est unique dans l’histoire. Un cas où les hommes politiques qui siègent au conseil d’administration d’une chaîne publique essaient de façon si grotesque de décider qui doit être directeur de l’information d’une chaîne publique ». Dans ce sens, trente-cinq professeurs de droit ont écrit une lettre ouverte à la cour d’administration une semaine avant la séance du 27 novembre. Ils y dénoncent le fait qu’un rédacteur en chef soit limogé car jugé indocile : « Nous appelons à la raison et au professionnalisme de tous les membres du conseil d’administration. Ne participez pas à la prise d’influence que projette l’Etat avec le choix du rédacteur en chef. Un journalisme de qualité et indépendant est dans l’intérêt de tous ». En effet, selon Ulrich Battis, signataire de la lettre et professeur à la Humboldt Université de Berlin, « la télévision d’Etat est le contraire de la liberté de la presse. Et cette décision est un pas supplémentaire qui conduira une chaîne publique à devenir une télévision au service du pouvoir. Les signataires pensent qu’il faut une bonne fois pour toutes dire stop, il faut éradiquer le cancer qui progresse dans le secteur de l’audio-visuel public  ». Cette mobilisation n’aura pas réussi à « sauver » Nikolaus Brender mais le débat est à présent bel et bien lancé en Allemagne : de quelles façons la politique peut-elle contrôler l’audio-visuel sans porter atteinte à la liberté de la presse ?

Publiée par le Spiegel et le Frankfurter Allgemeine Zeitung, le lecteur pouvait lire dans la lettre ouverte : « ce qui se passe quand l’Etat ne garantit pas la liberté, on en a l’exemple sous les yeux actuellement dans d’autres pays d’Europe »… les juristes faisaient-ils référence au cas français où, comme au temps de l’ORTF, le Président de la République nomme depuis 2008 les membres du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel ?

 

Maud Koetschet

08-12-09








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