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 Retrait de Franz Joseph Jung, © AP
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Il n’aura pas fallu longtemps pour que le nouveau cabinet Merkel soit rattrapé par les scandales. Formé fin septembre, le gouvernement connaît son premier remaniement ministériel deux mois après. Suite aux révélations du quotidien populaire « Bild » sur les frappes des troupes allemandes à Kunduz en Afghanistan le 4 septembre 2009, le scandale éclate. Franz Joseph Jung, Ministre de la Défense lors du premier mandat Merkel devenu Ministre du Travail et des Affaires Sociales, est contraint de démissionner. Ursula von der Leyen alors à la Famille lui succède et c’est une jeune femme, Kristina Kölher qui hérite de sa place. Mais le nouveau cabinet parviendra-t-il à sortir de cette tempête ?

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 Frappe contre deux camions citernes à Kunduz par la Bundeswehr. ©AFP/STP
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Le scandale, la démission :
Pour comprendre la démission du Ministre du Travail, il faut remonter aux événements du 4 septembre dernier. Franz Joseph Jung était alors Ministre de la Défense. A cette date, un contingent allemand demande à ce que soit bombardé deux camions-citernes dans la province de Kunduz en Afghanistan. Bilan du bombardement : 142 victimes, selon l’OTAN. Franz Joseph Jung et l’état-major allemand soutiennent pendant quatre jours que seuls des talibans ont été tué alors que très vite les rapports font état d’ente 30 et 40 civils morts. C’est le premier scandale. On l’accuse d’avoir mal gérer la situation, mais très vite les élections fédérales arrivent et l’affaire se tasse. Merkel réélue, elle nomme Franz Joseph Jung au Travail et Affaires Sociales pour calmer les esprits et c’est Theodor zu Guttenberg qui campe désormais à la Défense. Le climat paraît calme, mais fin novembre, le quotidien « Bild » sort les cadavres du placard et c’est la débandade. Le journal annonce que dès le début Franz Joseph Jung avait été en possession des documents indiquant la mort de civils dans ces bombardements. Il s’appuie sur différents rapports et une vidéo des frappes qui se retrouvent rapidement en ligne. Dès lors les révélations s’enchaînent.

La veille de la publication du rapport dans le « Bild », Theodor zu Guttenberg découvre un rapport interne de l’état-major allemand tenu secret depuis le mois de septembre. Moins laxiste que son prédécesseur, il annonce immédiatement la démission du chef de l’état-major, Wolfgang Schneiderhan, et celle du secrétaire de l’état à la Défense, Peter Wichert. Toutes les têtes se tournent alors vers Jung dans l’attente d’explications. Embourbé dans le scandale, Franz Joseph Jung tente de s’expliquer devant le Bundestag. Mais sa plaidoirie ne convainc pas. D’autant plus qu’il reconnaît ne pas avoir lu les différents rapports en sa possession. « Faute professionnelle inacceptable » scande l’opposition. Elle le soupçonne aussi d’avoir caché ces informations en raison de l’hostilité de l’opinion publique à la présence de troupes allemandes en Afghanistan. Le débat est d’autant plus malvenu que le Bundestag était alors réuni pour examiner en première lecture la prolongation d’un an du mandat de la Bundeswehr en Afghanistan. Depuis les suspicions s’accumulent : certains reprochent à la chancelière sa mauvaise gestion de la crise pour cause d’élections. Si en septembre, elle avait épargné la tête de son « ministre le plus loyal et le plus dévoué », la piètre prestation de Franz Joseph Jung devant l’ensemble des parlementaires, le contraint de démissionner.

L’heure du changement pour Ursula von der Leyen :
Le retrait de Jung de la scène politique laisse une chaise vide. C’est Ursula von der Leyen, Ministre de la Famille depuis le premier mandat d’Angela Merkel qui est désignée pour le remplacer. Ce choix s’avère habille, car la ministre est une des personnalités politiques les plus en vues du moment. En cinq ans à la Famille, elle a su s’attirer les faveurs de nombre d’allemands. Mais la situation est loin d’être calmée. Le Ministère du Travail est le plus gros portefeuille du gouvernement fédéral, il représente quelques 128 milliards d’euros en 2009, soit 42% du budget de l’état. Les enjeux qui le touchent sont énormes. Notamment parce qu’il s’agira pour Ursula von der Leyen d’enrayer les conséquences de la crise économique. Si beaucoup loue son travail et ses avancées dans la politique familiale, ils n’en sont pas moins sceptiques lorsqu’elle se retrouve parachutée à la tête des Affaires Sociales. Ursula von der Leyen va devoir faire ses preuves et montrer que sa vie privée ne détermine pas son champ de compétences.

Du rififi à la Famille :
Au Ministère de la Famille, des Personnes Agées, de la Femme et de la Jeunesse, il s’agit de trouver le parfait remplaçant à Ursula von der Leyen, mère de sept enfants à la brillante carrière de médecin. La décision de la chancelière de nommer à ce poste la député CDU de Hesse Kristina Köhler a alors de quoi choquer. La jeune femme de 32 ans est célibataire et sans enfants. Nombreux doutent de ses capacités à assumer de telles fonctions. Sarcastique, le « Spiegel » a pu dire « au mieux, elle sera compétente dans le domaine de la jeunesse ». Mais le débat au sujet de la préférence pour Kristina Köhler va plus loin. Franz Joseph Jung est l’un des confidents du ministre-président de Hesse, Roland Koch, aussi vice-président de la CDU et principal opposant à Angela Merkel pour la candidature à la chancellerie. Afin de ne pas diviser l’Union, la chancelière a fait le choix de favoriser une personnalité de Hesse. Mais brosser Roland Koch dans le sens du poil n’est pas du goût de tout le monde, surtout depuis que ses récentes manœuvres pour évincer le rédacteur en chef de la ZDF (seconde chaîne allemande) ont été dénoncées.
En ce début du mois de décembre, l’affaire n’est toujours pas apaisée. Certes, Franz Joseph Jung a quitté son poste, mais beaucoup de questions sont encore sans réponse : qui savait ? Pourquoi avoir passé sous silence cette bavure ? Comme une trainé de poudre, les rumeurs se répandent sur d’éventuelle manipulation de l’opinion lors des élections fédérales.
Mathilde Frézouls
2/12/09