

Parmi les thèmes qui déchirent la nouvelle coalition, on trouve la politique familiale. La polémique persiste : l’état doit-il verser 150 euros par mois aux familles ayant fait le choix de garder les enfants en bas âges à la maison plutôt que de les envoyer dans des jardins d’enfants ? Les trois partis au pouvoir sont divisés quant à cette question. D’autant plus que l’opposition profite de cette pomme de la discorde pour souligner l’incohérence de la nouvelle coalition.

La Kita en question :
La mise en place de Kita, ces jardins d’enfants destinées à accueillir les petits de 0 à 3 ans, était l’un des point clé du programme de l’ancienne Ministre Fédérale de la Famille, des Personnes âgées, des Femmes et de la Jeunesse, Ursula von der Leyen (*) depuis qu’elle occupait ce poste en 2005. Mère de sept enfants, elle milite depuis toujours pour que les femmes allemandes n’aient plus à choisir entre famille et carrière. Son parcours personnel en est la preuve, les deux ne sont pas incompatibles. Son créneau pour ce combat : plus de Kita avec plus de places. Cette idée touchant à l’institution familiale est loin de faire consensus, notamment au sein de l’Union CDU/CSU. Pour les catholiques bavarois de la CSU, le modèle à faire valoir est celui d’une famille-cocon dans laquelle pourrait s’épanouir le nouveau né avant de voler de ses propres ailes. L’idéal pour cela serait que les mamans restent à la maison. La CSU défend bec et ongle cette allocation de 150 euros qu’elle voit comme une récompense pour les familles décidant de faire valoir le modèle traditionnel. Nombreux sont ceux qui s’insurgent devant un tel conservatisme. Ursula von der Leyen propose, quant à elle, de verser cette allocation à tous les enfants, étant en Kita ou à la maison.

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 Heinz Buschowsky, maire du quartier Neukölln de Berlin
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Une féroce opposition à l’allocation :
Les arguments qui plaident contre cette allocation sont multiples. La principale critique concerne la diversité des familles : toutes ne sont pas ces doux foyers propices à l’éveil de l’enfant. C’est ce qu’a souligné avec des propos politiquement incorrect, l’actuel maire du quartier Neukölln de Berlin, Heinz Buschkowsky : « Qu’ils soient en Kita ou non, la majorité des enfants issus des classes défavorisés ne verront jamais la couleur de cet argent. Les parents s’en serviront plutôt pour acheter de la bière, des hamburgers, des cigarettes ou encore pour régler leurs dettes ». Beaucoup ont crié au scandale en entendant cela. Mais à Neukölln, surnommé « Little Istanbul » à Berlin, la situation des habitants est particulière. Une majorité des familles sont bénéficiaires du Harzt-IV, le RMI allemand, et ce sont eux que vise Heinz Buschkowsky. L’allocation proposée risquerait d’avoir des effets pervers : faire des enfants permettrait de s’assurer un revenu supplémentaire. Entre 1,5 et 2 millions d’enfants sont dans des situations précaires en Allemagne et les priver d’un des premiers lieux de sociabilisation que sont les Kita pourrait être pour eux un sérieux handicap. Ursula von der Leyen est consciente de la nécessité de ces jardins d’enfants : « dans le cas de familles défavorisées, la Kita offre aux enfants la possibilité de démarrer la vie avec de bonnes bases ». Il est important d’égaliser les chances et d’éviter toute exclusion sociale précoce.

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 Jardin d'enfants à Francfort
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Une égalité des chances vs. une égalité de traitement :
Pour éviter tout détournement des sommes versées par certains parents des classes défavorisées, les libéraux proposent que leur soit attribuée une allocation sous forme de bons destinés à l’enfant et non plus sous forme d’argent liquide. Les familles aisées recevraient quant à elles les 150 euros en liquide. La question se pose alors : comment déterminer ceux qui auront des bons des autres ? Les bénéficiaires du Harzt-IV voient ici un moyen supplémentaire d’être discriminés. Pour la FDP, il s’agit au contraire de « faire quelque chose pour les enfants en ciblant les besoins des familles ». Ursula von der Leyen s’est elle aussi montrée favorable à cette option en coupons à condition que soient construites plus de jardins d’enfants. Mais pour la plupart des allemands, seul le choix de plus de Kita est judicieux. En 2008, un sondage Emnid indiquait que 76% des allemands souhaiteraient que les sommes colossales engagées dans la mise en place de cette allocation soient employées pour qu’augmente le nombre de places dans les Kita.
Ursula von der Leyen le sait, il sera nécessaire à la coalition de discuter afin de résoudre ces questions. La tâche de trancher sur ce dossier épineux revient à Kristina Köhler, fraichement nommée au poste de Ministre Fédérale de la Famille.
Mathilde Frézouls
29/11/09
(*) Samedi 28 novembre 2009, Ursula von der Leyen est nommée pour succéder à Franz-Joseph Jung au Travail et aux Affaires Sociales. C’est Kristina Köhler, 32 ans, sous l’étiquette de la CDU qui prend la place de l’ancienne ministre fédérale de la Famille, des Personnes âgées, des Femmes et de la Jeunesse.