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 Nordique, Rhénan, Berlinois, Tabloïd, chacun son format
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L’annonce pourrait se trouver dans la plupart de nos quotidiens. La presse allemande est confrontée à la conjonction du recul du marché publicitaire et de la baisse du nombre de ses lecteurs. Tant dans la vente à l’exemplaire que dans les abonnements, le lectorat a tendance à bouder son plaisir. La jeune génération donne particulièrement du fil à retordre. La tendance est à la multiplication des sources d’information : Internet surtout, radio, télévision et papier, chacun se bricole son propre journal à partir de ses centres d’intérêts. La presse papier, longtemps première source d’information doit à présent développer de nouvelles stratégies pour survivre.

Le pays de cocagne allemand
La presse allemande est globalement dans un meilleur état que dans d’autres pays européens. Les quotidiens nationaux ont des tirages élevés et se vendent assez bien :

| JOURNAL | Exemplaires vendus | Proportion d’abonnés |
| Bild | 3,3 millions | 0,9 % |
| Süddeutsche Zeitung | 412 031 | 70 % |
| Frankfurter Allgemeine Zeitung | 363 910 | 62,6 % |
| Le Monde | 331 837 | 19,4 % |
| Le Figaro | 332 837 | 31,46 % |
| Parisien/Aujourd’hui en France | 509 672 | 3,02 % |

Source: OJD, Meedia-Analyzer

Les habitudes de lectures allemandes tendent aussi à la fidélité à un seul titre, puisque la plupart des lecteurs sont abonnés, la livraison à domicile étant très développée et efficace. Presque les trois quarts des lecteurs du Süddeutsche et près des deux tiers pour le Frankfurter Allgemeine Zeitung sont abonnés alors que seuls 19,4% des lecteurs du Figaro et 31,46% des lecteurs du Monde le sont. La presse allemande bénéficie d’un très large lectorat : trois Allemands sur quatre déclarent lire la presse, et même la jeunesse, catégorie réputée difficile à conquérir, se défend bien. Un quart des 14-19 ans et la moitié des 20-29 ans disent lire la presse (chiffres du BDZV, le syndicat des éditeurs de presse). Toutefois, ces chiffres aussi élevés qu’ils soient, sont en constante baisse depuis le début des années 2000.

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 Page d'accueil du Spiegel on line
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Un virage Internet pris sur le tard
Malgré une apparente force, donc, le secteur est miné par ses propres contradictions. Nombreux sont ceux qui se sont endormis sur leurs lauriers. La refondation de la presse après 1945 avait obligé à une éthique parfaite et à une grande inventivité. Cette époque est bien finie. La presse apparaît de plus en plus en décalage avec la société. Le découpage traditionnel hérité du XIXe siècle entre politique au début, économie ensuite, le dossier culture au milieu (le célèbre « Feuilleton ») et les parties voyage et science à la fin reste de rigueur. Forte de sa position dominante, la presse a longtemps regardé avec méfiance et inquiétude les médias électroniques et raté le virage des nouvelles technologies à force de prudence. Or, à présent, c’est là que beaucoup de choses se passent en matière d’information. Seul l’hebdomadaire der Spiegel qui a fait figure d’éclaireur en lançant son site le Spiegel On Line, SPON pour les intimes, dès 1994. Il est devenu le principal site d’information en langue allemande, consulté aujourd’hui par plus de 89 millions de visiteurs par mois (d’après ses propres estimations pour avril 2008) et est considéré comme le modèle du genre. Les autres journaux ont pris le train en route après avoir failli le rater : le Frankfurter Allgemeine Zeitung, quotidien de centre-droit, ouvre un site en 2001, Bild-Zeitung, quotidien populaire à grand tirage, en 2002 et le Süddeutsche Zeitung, quotidien de centre-droit, en 2006 (en même temps que la Gazette en papier et en ligne dès le premier numéro). La présence sur Internet est un premier pas. Mais il doit aussi s’accompagner d’une véritable réflexion sur les complémentarités possibles entre les deux supports.

Un quatuor gagnant
Selon Lutz Hachmeister (chercheur spécialisé dans les médias et membre depuis mars 2009 du conseil de surveillance de l’audiovisuel privé pour Berlin et le Brandebourg), « le journalisme d’exception dépend de quatre facteurs : l’argent, le temps, l’investigation et le style […] En Allemagne, on ne manque pas seulement d’argent : le journalisme n’est pas à la hauteur de son époque ». Pour se différencier du flux continu d’information disponible partout et surtout sur Internet, les journaux papier doivent miser sur leur atout principal : leur capacité à organiser, hiérarchiser et analyser l’information. En un mot, ils doivent soigner la qualité sans se laisser séduire uniquement par la course à l’information inédite.

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 Changement de format, la recette miracle?
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La tentation du format tabloïd
Dans leur quête de renouvellement, les journaux tentent différentes stratégies. Le 2 novembre 2009, le Handelsblatt, quotidien économique leader dans le domaine (diffusion à 135 153 exemplaires au 3e trimestre 2009), présentait sa nouvelle version. Ce journal, longtemps en position de monopole, est défié sur ses terres en 1999 lorsque le Financial Times Deutschland est lancé. Depuis, le Handelsblatt reste leader mais doit partager le marché et les ventes s’en ressentent. Alors que le Financial Times ne cesse de gagner du terrain et se stabilise en 2008 autour de 100 000 exemplaires vendus, le Handelsblatt ne cesse de perdre des lecteurs, passant sous la barre des 150 000 exemplaires en 2002, phénomène aggravé par le recul du marché publicitaire et la crise économique en 2009. Un comble pour un journal économique !

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 Nouvelle apparition en ligne
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En guise de réponse, la rédaction lui a fait subir une cure de jouvence : un lifting radical de la version papier, une offre Internet revue de fond en comble et une offre mobile avec des applications pour les smartphones (I-Phone et autres Blackberry). Ainsi les entrepreneurs en mal d’information n’auront plus qu’à tendre le bras le matin, effleurer leur écran de portable pour lire l’infolettre et savoir quelles sont les nouvelles tendances de la journée à venir quitte à rester sous la couette en cas de trop mauvaises nouvelles. La version papier est elle aussi entièrement revue, passant du format rhénan (avec lequel on éborgne ses voisins dans le métro) au format tabloïd (ou demi-rhénan), popularisé par la presse à scandale britannique. Ce changement avait à l’origine deux raisons comme l’explique Robert Becker, l’un des responsables de le Handeslblatt en charge de la conception de la nouvelle version. Il fallait réduire le format pour faire des économies et faciliter la lecture pour un public nomade. Le nouveau format est « handlich, leserfreundlich, kompakt » (maniable, agréable à lire et compact) selon les mots de la rédaction. Le choix a été conditionné par les rotatives : à moins de changer d’imprimeur, le seul format plus petit possible était le demi-rhénan. A l’arrivée, peu d’économies : le journal est certes plus petit mais il est aussi plus épais et surtout il est agrafé, ce qui rajoute des manipulations et des coûts.
En revanche, pas de réorientation éditoriale : « nous ne faisons pas de presse à scandale ni de journalisme allégé » explique Bernd Zisemer, rédac’ chef, faisant référence aux tabloïds qui ont donné leur nom au format ainsi qu’à Welt-Kompakt, version courte (taille tabloïd) du journal conservateur Die Welt. Toutefois, il y a recentrage sur les domaines de compétences premiers : plus d’économie, de finance, d’entreprise et certains suppléments périphériques tels que Week-end sont abandonnés. Reste à savoir si le changement de format et la réorganisation du contenu porte vraiment ses fruits. La rédaction ne se prononce pas encore, « pas avant quelques mois » dit Robert Becker mais les annonceurs, eux, sont convaincus puisque toutes les pages de publicité sont vendues, en tout cas pour les semaines à venir.
Une version light ?
Avant le Handelsblatt, d’autres journaux ont tenté ce format avec diverses stratégies et des résultats moyens. Le premier fut le Frankfurter Rundschau, quotidien national de centre gauche (146 317 exemplaires) en 2007 pour conjurer la baisse des ventes (-10% entre 2004 et 2009), mais l’effet du changement n’est pas flagrant. Le quotidien Die Welt a adopté une autre démarche. Continuant d’exister dans son format initial, il lance en 2004 une version light : Welt Kompakt. Les ventes cumulées passent de 200 000 à 260 000 exemplaires en un an et demi. Le Bild, qui paraît dans le format nordique (très grand format), se frotte aussi à l’expérience tabloïd à Munich depuis juin 2009 avec Bild City. Toutefois, les résultats ne sont pas à la hauteur des espoirs puisque le journal, pourtant avec le même prix et le même contenu que le « grand » Bild, se vend moins bien.
La solution tabloïd est donc loin d’être la panacée d’autant qu’avec le modèle de Welt Kompakt, le format, dont l’un des buts avoués est d’attirer les jeunes dans l’espoir qu’ils liront et surtout achèteront ensuite la version longue, est devenu synonyme d’un recul qualitatif.

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 Le Süddeutsche Zeitung dans son format nordique
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Faire du nom une marque
Dans une autre veine, certains journaux en mal de visibilité et de lecteurs, transforment leur nom en marque. Le Süddeutsche Zeitung propose plusieurs collections de livres et de DVD. Le Berliner Zeitung, qui a sélectionné une série de livres en rapport avec Berlin, et bien d’autres encore lui ont emboîté le pas, à l’image de Brigitte, un magazine féminin, qui propose un choix de textes célèbres lus par des comédiens. Le Tageszeitung (TAZ), quotidien alternatif, engrange ainsi des sommes non négligeables avec le merchandising allant des mugs aux tee-shirt en passant par le café bio.
Camille Farnoux
le 13/11/2009