En ce 9 novembre 2009 seront fêtés les 20 ans de la Chute du Mur de Berlin. Mais la date du 9 novembre ne recouvre pas que cet événement historique. Appelée « Schicksalstag » (Jour du Destin) elle est particulièrement importante pour l’Histoire allemande. Mais pas uniquement. Voyage dans le temps pour saisir le poids de cette journée historique, par 9 fois de part et d’autre du Rhin.
Robert Blum sur les barricades lors de l'insurrection de Vienne. Lithographie de 1848.
Le 9 novembre 1848 :
Les faiblesses que connaît l’Autriche en 1848 encouragent les mouvements nationaux hongrois et allemands. Partisan de cette effervescence nationaliste, Robert Blum, alors élu au Parlement de Francfort, s’engage dans la voie républicaine pour la formation de l’unité allemande. Lors de la seconde vague de révolutions du Printemps des Peuples, il prend part à la cause hongroise à Vienne. Malgré son immunité parlementaire, il est arrêté lors de la reprise de la ville par l’armée autrichienne et condamné à mort. Cette exécution marque le coup d’arrêt des révolutions populaires. L’auteure féministe Malwida von Meysenbug écrivit dans Mémoires d’une idéaliste à ce propos : « Ayant osé tuer l'homme le plus populaire, un des caractères les plus braves, une des intelligences les plus pratiques de tout le parti révolutionnaire, la réaction devait se sentir de nouveau bien forte et pouvait oser tout. »
Philippe Scheidemann parlant à une fenêtre du Reichstag le 9 novembre 1918
Le 9 novembre 1918 :
A cette date, l’Allemagne de Guillaume II est sur le point de perdre la guerre. Le pays est en proie à une crise politique, les ministres socialistes souhaitant le retrait de leur empereur qui refuse. Un peu partout dans le pays ont lieu des manifestations en faveur de la paix et les marins de Kiel se mutinent. Une vague révolutionnaire déferle sur l’Allemagne notamment sur Berlin à l’initiative des spartakistes menés par Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, fondateurs du Parti communiste. A l’annonce de l’abdication de Guillaume II, le 9 novembre, le socialiste modéré, Philippe Scheidemann proclame la République du balcon du Reichstag. Son initiative est suivie, deux heures après, par la proclamation du spartakiste Karl Liebknecht. Cette double naissance souligne le chaos qui entoure la fin du 2nd Reich, la défaite allemande et les débuts balbutiants de la République.
Timbre datant du III° Reich commémorant le "Putsch de la Brasserie"
Le 9 novembre 1923 :
A cette date, l’économie allemande s’est effondrée, les troupes françaises occupent la Ruhr, les tensions sont palpables. La marche sur Rome de Mussolini en octobre 1922 convint Hitler qu’il peut prendre le contrôle de la Bavière avant de marcher, à son tour, sur Berlin. Déterminé à renverser la République de Weimar en laquelle il voit le germe de tous les maux dont souffre l’Allemagne, il complote afin de la faire tomber. Avec l’aide du Maréchal Ludendorff, il investit une brasserie munichoise et prend en otage le chef du gouvernement bavarois. Ce « putsch de la Brasserie » est facilement mis en déroute. L’armée et la police bavaroise écrasent le mouvement dans une fusillade à la suite de laquelle Hitler et arrêté et condamné à cinq ans de prison. La peine sera réduite à 9 mois.
Vitrine de boutique juive détruite à Magdeburg
Le 9 novembre 1938 :
La nuit du 9 au 10 novembre est l’une des plus sinistres de l’histoire allemande. La nuit de Cristal, vaste pogrom à l’encontre des juifs prélude au génocide qui suivra. Sous le prétexte de répondre à la tentative d’assassinat de l’ambassadeur de l’Allemagne à Paris par un jeune juif, Hitler lance les jeunesses hitlériennes et les SS à l’assaut des juifs allemands. Une centaine de juifs sont tués et entre 30000 et 40000 sont envoyés en camps de concentration. Cette nuit est un tournant dans la politique antisémite du III° Reich : toute la population se joint à la persécution des juifs qui était alors principalement le fait des nazis. Le terme « Nuit de Cristal » doit son nom aux nazis berlinois en raison du nombre de vitrines, de vitraux de synagogues brisés ce soir là. Cynique, ce nom est délaissé par les historiens allemands qui parlent de « Pogrom du mois de novembre ».
Détail du Mur au niveau de la Porte de Brandebourg
Le 9 novembre 1989 :
On en parle depuis le début de l’année : la Chute du Mur de Berlin. Mais savez vous à qui doit-on, en partie, l’ouverture du Mur ce jour là ? A Günter Schawboski, membre du bureau politique du SED lisant négligemment un communiqué de presse du Conseil des Ministre à la télévision à une heure de grande écoute. « Les voyages privés vers l'étranger peuvent être autorisés sans présentation de justificatifs […] », lit-il. A la question de l’entrée en vigueur de cette réglementation, il répond « immédiatement ». L’information se répand comme une trainée de poudre et les gens se pressent vers les postes de passage, qui cèdent. Il s’avère que l’information a été révélée trop tôt, n’ayant pas encore été approuvée par l’intégralité du Conseil des Ministres.
Les Allemands parlent de « die Wende », le tournant, dans l’Histoire. Le Mur est tombé. Le no man’s land autour de la Porte de Brandebourg n’en est plus un. Les Mauerspecht (piverts du Mur) s’affairent en le démontant petit à petit. Présent à Berlin depuis son exil d’URSS, le violoncelliste Mstislov Rostropovitch joue au pied du Mur pour les encourager. Dans un tout autre genre, David Hasselhoff interprète « I just looking for freedom » au niveau de la Porte de Brandebourg. Les citoyens de l’Est sont accueillis à bras ouverts par ceux de l’Ouest et tout ce joyeux monde se rend dans les bars qui pour l’occasion lancent l’opération « bière gratuite ».
Cette date est centrale en Allemagne, à tel point qu’elle a souvent été évoquée pour faire office de fête nationale. Mais son passé tragique a fait qu’on lui a préféré le 3 octobre, date de la réunification. L’Histoire récente de l’Allemagne est marquée du sceau du 9. Qu’en est-il de l’autre côté du Rhin ?
Le Général Bonaparte au Conseil des Cinq Cents
Le 9 novembre 1799 :
Cette date est plus connue sous le nom de « 18 Brumaire ». De retour des campagnes d’Egypte où il a été envoyé car le Directoire craignait une prise du pouvoir « césariste », le général Napoléon Bonaparte, fort de ses nombreuses victoires, bénéficie du soutient de la population. Le Directeur Sieyès qui souhaite réviser la Constitution avant son terme voit dans le jeune stratège l’occasion idéale pour imposer une nouvelle Constitution. Ce sera chose faite. Le Coup d’Etat qu’ils orchestrent marque la fin du Directoire et de la Révolution Française et le début du Consulat. La figure de Napoléon 1er, alors nommé Premier Consul, se profile.
Jean Monnet et Konrad Adenauer en 1953
Le 9 novembre 1888 :
Naissance de Jean Omer Marie Gabriel Monnet à Cognac, homme politique français. Commissaire général au plan de 1947 à 1952, il est aussi un des Pères de l’Europe. Suite au blocus de Berlin, les tensions se font plus fortes en Europe et intégrer la RFA au camp de l’Ouest semble dès lors une nécessité. L’Allemagne ayant une croissance plus forte que la France, l’argument économique prime pour la formation du couple qui sera à la base de la fédération européenne. Jean Monnet travaille sur un projet de mise en commun des principales ressources nécessaires à l’industrie de guerre. Il devient le premier président de la Communauté du Charbon et de l’Acier (CECA). Il pousse à la signature du Traité de Rome qui instaure en 1957 le Marché Commun. Son ambition était non pas de « coaliser des états, mais de rassembler des hommes » et de former ainsi les « Etats-Unis d’Europe ».
Le 9 novembre 1970 :
Le Général de Gaulle s’éteint à Colombey-les-Deux-Eglises à l’âge de 80 ans, quelques temps après sa démission de l’Elysée.
Le 9 novembre 2009 :
Les français vont arrêter de fumer, les paquets leur coutant désormais 6% plus cher.
C’est sans appel, le 9 novembre, mieux vaut être à Berlin d’autant plus que la rumeur annonce le grand retour de David Hasselhoff.