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Cérémonies du serment solennel, 20 juillet 2009 (source Bundeswehr-Rütters)

Moins de temps sous les drapeaux : c’est l’une des premières annonces faites à la presse à la fin des négociations du contrat de coalition entre la CDU et le FDP. Probablement une façon de gagner du temps face aux médias avides d’informations quant à la composition du nouveau gouvernement et du contenu de ce fameux contrat. La nouvelle a comme une petite bombe. Jusqu’à présent, les jeunes allemands de plus de dix-huit ans doivent passer neuf mois sous les drapeaux. A partir du 1er janvier 2011, ils n’auront plus que six mois de service. Trois petits mois en moins qui sont une pomme de discorde.


Un service light

 

Alors que la plupart des pays de l’OTAN ont supprimé le service militaire et préféré s’en remettre entièrement à une armée de métier, l’Allemagne y tient. L’Angleterre l’a supprimé en 1963, la France en 1996, l’Espagne en 2001, l’Italie en 2005 et la Pologne en 2008. D’autres pays comme l’Autriche, le Danemark et surtout la Suisse l’ont conservé. Angela Merkel l’a même qualifié de « caractéristique de nos armées, enviée au niveau international ». D’après la décision de la coalition, il durera à présent six mois dont trois mois de formation générale, deux mois de formation spécialisée et enfin un mois de service effectif. Cette modification est un compromis entre les deux partis de gouvernement qui ont, sur la question, des points de vue opposés. Le FDP réclame la suppression pure et simple de ce service militaire qu’il juge « superflu et injuste ». La CDU au contraire veut le conserver. Angela Merkel réaffirmait le 20 juillet dernier lors du serment solennel des nouvelles recrues son attachement à un « lien important entre la société et les armées ». Il doit être le signe que « la liberté n’est pas gratuite » ni ne peut exister « sans l’engagement responsable de tous les citoyens ». A l’issue des négociations, un des négociateurs côtés CDU déclare, sûr de lui : « six mois suffisent largement, nous, nous savions tirer comme de jeunes dieux au bout de trois mois ».




Angela Merkel, le Général Schneiderhan et l'ancien ministre de la défense Franz-Joseph Jung pendant la cérémonie du 20 juillet 2009 (source Bundeswehr-Rütters)

L’avis de la Muette

 

L’armée, principale concernée, est assez sceptique et craint surtout que ce soit un pas vers la suppression pure et simple. La tendance générale est en effet d’aller dans cette direction. D’une part le nombre de conscrits diminue et nombreux sont ceux qui sont réformés. Alors qu’en 1992, 200 000 jeunes gens effectuaient leur service militaire, ils ne sont plus que 68 270 aujourd’hui, choisis par le conseil de réforme parmi 456 000 appelés. Chez les voisins aussi, de moins en moins de pays ont un service militaire obligatoire. L’armée allemande est naturellement favorable au maintient du service militaire mais la réduction de la durée de service a une conséquence économique : le coût de l’encadrement et de la formation ne sera plus du tout proportionnel au service effectivement fourni. Il y a un an, le Général Wolfgang Schneiderhan, militaire le plus haut gradé de la Bundeswehr, affirmait qu’un « service militaire de moins de neuf mois ne serait pas du tout sensé économiquement parlant pour moi, en tant qu’employeur ». De là à se prononcer en faveur de la suppression, il y a un pas que le Général n’a pas (encore ?) franchi.

 

« On n’a plus besoin de recrues pour défendre le pays »

 

Dans l’opposition, les Verts et Die Linke, le parti de gauche, sont tout à fait contre le maintien du service militaire. Pour Jürgen Trittin, chef de fraction des Verts au Bundestag, « on n’a plus besoin des recrues pour défendre le pays ». Le SPD ne semble pas opposé au maintient d’un service militaire mais conteste le compromis dont il ne voit pas la logique, si ce n’est que le service militaire se trouve réduit à une instance de recrutement pour l’armée et non un complément bien pensé pour la Bundeswehr.

 




Cérémonie du 20 Juillet 2009 (source: Bundeswehr-Lück)

Laisser l’armée aux professionnels

 

L’armée a besoin de spécialistes hautement qualifiés or les conscrits au bout de neuf mois n’ont pas bénéficié d’un apprentissage suffisant pour être opérationnels dans de vraies missions. En cela, le service militaire n’est plus qu’un moyen pour elle d’intéresser et de recruter de nouveaux soldats qui se lancent alors dans l’armée de métier. Selon Ulrich Kirsch, président du syndicat des armées, entre 36 et 40% des militaires sont recrutés après le service militaire qui devient alors un simple cours d’initiation. En revanche, sur le plan de la sécurité nationale, sa raison d’être initiale et seul critère à prendre en compte dans ce débat, il est complètement obsolète. Obligeant les jeunes gens à donner 9 ou bientôt 6 mois de leur vie à l’Etat, il représente une intrusion trop importante dans la vie privée que les seules raisons utilitaires de l’armée ne peuvent suffire à justifier. Une telle exigence ne peut exister dans une démocratie que pour une très bonne raison, comme par exemple la défense du territoire national. A partir du moment où ce critère est obsolète, il n’a plus lieu d’être. D’autant plus que les exigences du conseil de réforme créent une injustice entre ceux qui doivent servir et ceux qui sont réformés. Les seconds peuvent commencer leurs études ou déjà travailler et donc préparer leur vie active, le service militaire est alors vu comme un handicap et une perte de temps.

 

Ne tirez pas sur l’ambulance ou l’anxiété des services sociaux

 

La diminution de la durée du service militaire a des conséquences indirectes pour d’autres secteurs et notamment dans les services sociaux. Les objecteurs de consciences, aussi nombreux que les conscrits, ont en effet toujours la possibilité de faire un service civil qu’ils effectuent le plus souvent dans des domaines sociaux ou médicaux. La question qui se pose est de savoir si le service civil sera aussi réduit. Si c’était le cas, de nombreuses institutions s’inquiètent pour leur avenir. Même si en principe sur les 3,5 millions d’actifs dans ces domaines les Zivi (surnom donné à ceux qui effectuent leur service civil) ne représentent que 1, 8% des actifs, certains services ont peur de ne plus pouvoir déployer la même activité, à moins que les communes aient les moyens de payer de nouveaux employés. D’après Michael Bergmann directeur du département service civil chez Caritas Allemagne sur les 72 000 Zivi, 44 000 travaillent dans la santé, souvent comme ambulanciers. La diminution du temps de service équivaudrait à la perte de 2000 places. Cependant le chef de la centrale des objecteurs de conscience, Peter Tobiassen se veut rassurant : « le service civil ne s’effondrera pas », pour l’instant il y a trois candidats pour une place de service civil. Le gouvernement pourrait aussi utiliser les économies faites en écourtant ou même supprimant le service militaire pour soutenir plus fortement cette année le service civil volontaire.

 

 

Camille Farnoux

Le 29/10/2009








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