Quel lien peut-il exister entre vous et les milieux artistiques alternatifs de Berlin ou Paris ? Estelle Beauvais, artiste et réalisatrice et son travail : Dasein Projekt ? De lieux en lieux, de rencontre en rencontre, laissez-vous guider par la caméra de cette jeune vidéaste dans un univers dit « en marge » que vous côtoyez portant au quotidien.
Série de reportages établissant des liens entre des artistes, des lieux, des projets, les épisodes de Dasein Projekt nous amène à la rencontre d’un monde alternatif. Tel un fil d’Ariane ce projet nous conduit au cœur d’une sphère en pleine expansion. L’aventure Dasein débute en 2006. L’exposition franco-allemande « Illustrativ » lui commande alors un reportage sur un label alternatif, « No Format » qu’elle tourne. Mais sa réalisation lui semble inachevée. Ce label n’évolue pas seul, il s’intègre dans un tout. Estelle Beauvais reprend donc sa caméra et part à la rencontre du graphiste, des illustrateursou encore des musiciens et vidéastes qui collaborent avec lui. La question qui anime sa démarche : « comment travaillent-ils ensemble ? » C’est grâce à la dynamique créée par le montage que les connexions entre les individus. L’idée est née.
De retour à Paris après avoir expérimenté la vie berlinoise pendant un an, le dessein suit son court. Sans trop savoir qu’elle forme concrète prendrait le projet, Estelle Beauvais dresse une liste des artistes qu’elle connaît et avec lesquels elle voudrait de nouveau collaborer. Pour ne pas perdre le fil de ses réflexions, elle dessine une carte. Sans cesse en évolution, l’arborescence s’enrichit au fur et à mesure que des liens se tissent entre artistes ou projets. Aujourd’hui, il est de plus en plus difficile de tracer de nouvelles connexions tant il semble que tout se recoupe. Estelle Beauvais explique : « les artistes ont chacun leur domaine et cette spécialisation fait qu’ils sont complémentaires ». Les rencontres créent les nouveaux projets, comme « Le printemps des poètes » ⁽*⁾ de Berlin à l’initiative de Catherine Launay, et Nicola Caroli, artiste poétesse. De ces nouveaux projets naissent de nouvelles rencontres et peu à peu les relations se nouent.
Mi-documentaire, mi-réalisation artistique, réalisé entre deux capitales, Dasein Projekt est un intermédiaire. Les vidéos d’Estelle Beauvais servent d’entremetteur. « Dasein sert aussi à créer des contacts et permet de découvrir des projets, de pénétrer des lieux, tant pour des artistes que pour quelqu’un pensant ne rien à voir en commun avec ces milieux alternatifs », souligne-t-elle. A travers ses images, Estelle Beauvais nous fait voyager dans un univers marginal. Les reportages sont courts, 8, 26 ou 52 minutes, mais assez longs pour éveiller notre curiosité et nous donner envie d’aller voir de plus près ces événements ou artistes. Elle présente un microcosme artistique et à travers lui, invite à la réflexion sur le macrocosme qu’est l’art contemporain.
Dasein : « être là » ou encore « existence » selon les termes d’Heidegger auquel le projet emprunte son nom. Pour chacune de ses vidéos, Estelle Beauvais interroge les artistes sur leur interprétation du concept. Et elle s’étonne : « à chaque fois, il y a un moment de latence assez long, où ils prennent conscience qu’ils sont là et que je peux saisir». C’est là tout l’avantage de la forme choisie pour les reportages.
L’interview amène les gens à se confier, mais face à une caméra ils gardent aussi une certaine réserve. A l’inverse d’un reportage journalistique, il y a une grande spontanéité dans les dialogues car Estelle Beauvais fait le choix de ne pas couper les hésitations, les silences ou la retenue. Elle laisse les artistes se livrer et par là à se crédibiliser en présentant leur projet. Bien qu’encore peu connu, la culture underground de Paris ou Berlin est bel et bien là : « sie ist da ».
Mathilde Frézouls
15/10/09
Pour en savoir plus sur le Dasein Projekt, les artistes et les lieux présentés dans les reportages :