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Olivier Guez

Olivier Guez qui avait signé un ouvrage de référence sur la communauté juive en Allemagne s’attaque maintenant à l’histoire de la Chute du mur racontée du point de vue de ses témoins d’alors grands et surtout petits. Un ouvrage réussi qui se lit comme un roman trépident ou tout ne cesse de s’accélérer pour converger vers le happy end que l’on sait.

 

La Gazette  : Votre livre sort simultanément en France et en Allemagne. N’y a-t-il pas un paradoxe à ce que deux Français « expliquent » à des Allemands leur propre histoire ?

 

Olivier Guez : Certes la Chute du Mur appartient d’abord à l’histoire allemande mais c’est fondamentalement un évènement européen.  Ma génération qui avait 15- 20 ans, est marquée par cette césure du 9 novembre 1989. Il y a un avant et un après. Puis l’histoire allemande n’appartient pas qu’aux Allemands. Il y a eu en France des travaux historiques fondamentaux fait par des Américains sur le régime de Vichy,  le bouquin de Packston par exemple,  « la France de Vichy », en 1973 a vraiment lancé les études sur cette période. Un étranger a un rapport plus distancié. Un Allemand de l’ouest ou de l’est de ma génération a sa propre vision de l’Allemagne de l’est. La crainte c’était de faire quelque chose d’un peu « kitsch » ou peu réaliste. J’ai demandé à la directrice  de notre éditeur  allemand Piper (je ne le savais pas alors qu’elle était de Dresde) si on avait l’impression que c’était deux étrangers qui avaient écrit cette histoire ? Elle m’a assuré que non. On n’explique pas l’histoire allemande aux Allemands mais on a notre propre regard, et on avait cette envie de raconter cette histoire de cette façon.  Peut être que les Allemands n’auraient pas pris ce risque. En Allemagne, les livres sont très segmentés plus encore qu’en France: il y a les ernst Bücher, les livre « sérieux », très universitaires très détaillés et les romans qui sont des fictions complètes.

Je ne sais pas si les Allemands ont envie de faire quelque chose entre les deux.

 

La Gazette : Ce livre est écrit par un duo, Jean Marc Gonin qui a couvert les évènements  en l’Europe de l’Est en 1989 pour l’Express est un bon connaisseur de cette période là…

 

Olivier Guez : On est de deux générations différentes puisque, Jean-Marc a un certain nombre d’années de plus que moi. Il a été correspondant Radio France et Libération en Allemagne dans les années 80.  Donc lui avait vécu tous ces évènements en direct, moi j’avais 15 ans à l’époque de la Chute, c’est donc  un regard complètement différent. Je viens de passer 4 ans ici, avec  aussi également un autre approche sur ce qui s’est passé ici. Pour trouver des gens, faire des recherches j’étais mieux placé que Jean-Marc. On est un duo qui se complète bien. 

 

La Gazette  : Comment s’est passé l’écriture ? Comment écrit- on à deux mains ?

 

Olivier Guez : A vrai dire c’est très simple, puisque c’est un déroulement chronologique on a chacun écrit une partie, chacun a pu s’installer dans son récit. Et puis après chacun relit les parties de l’autre, mais je ne vous dirais pas qui a écrit quoi. Après il y a un travail éditorial de chez Fayard.  Je ne pense pas que l’on puisse sentir vraiment qu’il y a deux styles différents.

 

La Gazette  : C’est une histoire d’amitié professionnelle, puisque c’est un ancien de la Tribune et que vous aussi vous étiez à la Tribune…

 

Olivier Guez : Oui à la Tribune on est devenus de très bons amis. Quand je suis arrivé à Berlin en 2005, j’ai réfléchi à cela. Quand on arrive à Berlin, on est toujours  totalement très imprégné par l’histoire de cette ville, après les choses se détendent un peu et on oublie presque où on est. Et à un moment, je me suis dit «  pourquoi pas écrire le Paris brûle-t-il de la Chute du Mur ? » . En fait, la véritable histoire sous forme romanesque.

 

La Gazette  : Donc ça n’a pas été compliqué de vendre ce projet, d’expliquer, de convaincre chez Piper ?

 

Olivier Guez : J’ai eu beaucoup de chance en fait, car Piper voulait acheter « l’impossible retour », ils m’ont demandé ce que j’écrivais à ce moment là, on était fin 2007, je leur ai expliqué ce projet de la Chute du Mur, il y avait un synopsis de 3 pages. Ils m’ont fait une offre pour l’impossible retour et la chute du mur. Ils m’ont fait confiance. Ca a été très simple pour moi.

 

La Gazette  : Vous parliez de cette différence de génération avec Jean-Marc Oudin où étiez-vous entre septembre et décembre 1989 ?

 

Olivier Guez : Moi j’étais au lycée, au lycée Kléber à Strasbourg

 

La Gazette  : Vous êtes montés dans un voiture, et vous avez fait du stop ?

 

Olivier Guez : Non ce n’était pas mon genre, je devais avoir une dissertation pour le lendemain (rires). Je suis sagement resté chez moi. J’ai toujours été passionné par l’histoire. A 15 ans, j’avais parfaitement conscience des évènements qui se tramaient. J’avais déjà été à Berlin à 10 ans en 1984. Nous avions été invités par un ami militaire de mon père et j’ai pu aller à Berlin-Est. Je me souviens du trajet de Strasbourg à Berlin en train de nuit, on avait traversé la RDA. J’étais gamin, je ne voulais pas du tout dormir. En gare de Leipzig, il y avait les VOPO* avec les chiens qui cherchaient sous le train, dans les wagons… c’était extrêmement impressionnant de voir à travers les rideaux ces uniforme avec les chiens, ça marque un petit garçon. Et puis en 1989 j’avais parfaitement conscience de ce qui était en train d’arriver pour la nouvelle Europe du 21ème siècle. On devait écrire à ce moment là une poésie, une poésie classique et moi comme un imbécile, j’avais fait quelque chose de très politique, très enlevé. J’avais fait des rimes aussi fortes  que Berlin-Pékin … je crois que j’avais fini dernier sur 36 car je n’avais pas du tout respecté les règles de versification, donc très marqué par cet automne 1989.

 

La Gazette  : C’est un livre qui vient à l’issue de nombreux entretiens. Est-ce que ça été un atout d’être français ? Est ce que ca simplifie les choses pour rencontrer les acteurs de l’époque ?

 

Olivier Guez : En termes d’apriori, oui. Car il y a encore beaucoup de préjugés entre  Allemands de l’est et de l’ouest. Peut être que si on avait été deux journalistes, l’un au Spiegel, l’autre au Süddeutsche Zeitung, on aurait été beaucoup plus marqués chacun par notre passé et notre vision. Sans être neutres on a pu écouté les histoires des deux parties. L’idée c’est un peu une sorte de Short Cuts. On a une douzaine de personnages et la caméra tourne extrêmement vite. Par exemple avec les anciens dirigeants de la Stasi, c’est sûr qu’ils nous ont souvent menti, c’est ce que l’on attendait d’eux d’une certaine manière. On souhaitait leur vision de ce qui s’est passé. On ne cherchait pas la vérité historique, pour ça on avait lu plein de livres, fait des recherches comme pour un roman classique. Ce qui était intéressant c’était de se mettre dans la psychologie d’un colonel de la Stasi. Lui pouvait nous sortir ses histoires : qu’en fait il n’y avait pas vraiment cru ou qu’il avait tout fait pour rendre le régime plus humain etc... On n’y a pas cru évidement  mais on a laissé parlé, on attendait ce genre d’histoire. C’est pareil pour tous les personnages du roman, du récit, on les laisse évoluer on est tout à fait fidèle à leur vision des choses en évitant bien sûr les aberrations historique totales. Ce qui nous intéressait c’était leur psychologie, l’évolution de leur vision des choses.

 

La Gazette  : Au cours du récit, et c’est une nuance intéressante, on sent que pour certains le mur  tombe peut être presque trop tôt. Que cela coupe l’herbe sous les pieds de ceux qui voulaient apporter des réformes, des réflexions sur la société. Quel était le sentiment général chez vos interlocuteurs ? La fierté d’avoir été acteur de ces moments là? Un malaise ?

 

Olivier Guez : justement au fil des jours, les mentalités, les perceptions changent. La psychologie est très différente entre un jeune activiste opposant qui se frotte depuis une quinzaine d’année à la STASI et chez ces derniers. Au début les activistes ne sont pas nombreux, qu’une centaine de personnes en RDA. Cinq semaines avant la chute du mur, ce qui va se passer dans la nuit du 9 au 10 novembre est encore complètement impensable.  Ce sont des gens qui n’ont plus rien à perdre, qui ont été brimés à l’école, qui n’ont pas pu faire les études qu’ils auraient voulu, qui n’ont pas eu accès à l’université, qui s’ennuient, qui n’ont pas de perspectives tant sociale que professionnelle et qui sont en colère. Ils regardent autour d’eux, ils voient que des choses bougent : en Pologne, en Hongrie, en URSS…ils voient que des régimes évoluent, se libéralisent alors que rien ne bouge en RDA. Ils constatent que ce sont des vieillards au pouvoir, des gens nés dans les années 1910. Ils veulent faire bouger les choses, prendre des risques. Ils n’ont rien à perdre. Les opposants un peu plus âgés eux ont l’expérience et ont tendance à calmer les choses. Comme ils s’opposent depuis 10-15 ans, et que le régime n’a quasiment pas bougé, ils ont un peu plus de recul et sont plus prudents. En tout cas pour ces 2 catégories qui en quelque sorte ont fait tombé le régime, la Chute du Mur est arrivée trop tôt. C’était pour la plupart des gens de gauche, idéalistes mais pas communistes au sens soviétique et qui souhaitaient une 3ème voie. On a toujours envie d’une 3ème voie. Ils ne souhaitaient pas imiter une RFA libéraliste mais voulaient se débarrasser de tout ce qui ne fonctionnait pas en RDA. Et Il y avaient beaucoup de choses qui ne fonctionnaient pas ! Le surprenant dans les histoires racontées et que l’on retranscrit dans le livre , c’est pour certains la déception totale dans la nuit du 9 novembre : ils savent qu’ils ont perdus quelque part, ils sont conscients que le processus va totalement leur échapper.  L’immense majorité des Allemands de l’est ne  pensent qu’à consommer, à partir en vacances. C’est ce qui va se passer le 10 novembre où on leur donnera 100DM pour se balader dans Berlin Ouest. La majorité des Allemands de l’Est à ce moment là n’ont qu’une faible conscience politique. Ils n’ont pas du tout envie de construire une nouvelle RDA à mi-chemin entre la RFA et l’ancien Allemagne de l’Est. Pour les autres,  il y a une donc déception.

Chez les autres, il y a des personnes qui ne sont pas du tout politiques et qui vont le devenir. Il est intéressant de voir ce qu’ils sont devenus 20 ans plus tard. Ceux qui ont un rôle très actif politiquement à l’époque gravitent encore aujourd’hui dans ce milieu, alors que ceux qui avaient 18-19 ans et qui étaient passifs à l’époque se sont complètement intégrés à l’économie ouest-allemande. Puis, il y en a d’autres qui vivent cet esprit de vie de bohême berlinoise, ils travaillent dans le cinéma, les arts, dans les cafés… Quelque part la révolution était prévisible il y a 20 ans.




"En ce qui concerne Gorbatchev, on ne voulait pas non plus lui donner un trop beau rôle"

La Gazette : On pense à une absente Marianne Birthler vous l’avez rencontré ?

Son profil, cela ne vous a pas paru important du fait de ce qu’elle est devenue dans la BRD d’aujourd’hui** ?

 

Olivier Guez : Si,  il y a plein de gens que l’on aurait pu mettre. Mais c’est vrai que nous ne l’avons pas rencontrée. Il y avait en quelque sorte un casting, où on avait différents profils trentenaires, quinquagénaires. On a essayé de montrer toute la diversité de la société est-allemande. Maintenant on aurait très bien pu prendre Marianne Birthler…ou encore Bärbel Bohley qui apparaît dans le livre à un certain moment mais qui n’est pas une héroïne du roman. L’idée c’était de montrer les petites fourmis de cette révolution. On avait envie de suivre au quotidien ces personnages de l’ombre, ces « obscurs » qui ont eu un rôle primordial dans la chute du mur.

 

La Gazette : Un autre qui n’est pas absent, qui apparait par petites touche et qui a un rôle ô combien essentiel, c’est Mikhaïl Gorbatchev…

 

Olivier Guez :On a voulu le rencontrer mais on n’a pas pu (rire)  car il prenait trop d’argent ! On a rencontré tous les gens avec qui il avait travaillé à l’époque puisqu’on est allé à la fondation Gorbatchev à Moscou. Mais on s’est vite rendu compte de plusieurs choses. D’abord, on apprend que tous les grands personnages de l’époque écrivent des mémoires, très détaillées. Il y a beaucoup d’ouvrages sur leur action d’alors. Mais aujourd’hui  ils ont tendance à se donner, un rôle un peu trop beau, et quand on leur pose des questions très détaillées notamment sur leur vie quotidienne, ils ne répondent pas ou ne veulent pas répondre. Donc avec tous ces témoignages on a réussi à avoir un portrait à la fois politique, psychologique tout à fais exact. En ce qui concerne Gorbatchev, on ne voulait pas non plus lui donner un trop beau rôle. En Occident, on à tendance à le voir comme l’homme qui a fait chuter tout le système soviétique. En effet, Gorbatchev a fait un calcul relativement simple : l’URSS avait des problèmes économiques considérables, et n’était donc plus en mesure d’entretenir ses satellites en Europe de l’Est. Se posait alors la question de la RDA, véritable joyau de la couronne soviétique, 400 000 hommes de l’Armée Rouge sur place, les soviétiques allaient-ils lâcher la RDA comme la Pologne et la Hongrie ? Cela paraît en filigrane du livre, une espèce de fil rouge, Gorbatchev fait un calcul : « je vais plutôt traiter avec Kohl il a beaucoup d’argent, la RFA est extrêmement riche et je vais abandonner la RDA, enfin que la RDA se débrouille ». En tout cas « je ne peux plus donner un centime à la RDA ». Déjà Gorbatchev et Honecker  se détestaient viscéralement, ce n’est pas la même génération. Quand Egon Krenz vient à Moscou supplier Gorbatchev de lui faire une rallonge financière pour sauver la RDA du marasme. Ce dernier refuse et condamne la RDA. Ce qui est étonnant finalement c’est qu’ Honecker fait le même  calcul que Gorbatchev mais à l’opposé. Honecker et Gorbatchev sont tous les deux certains d’avoir raison. C’est dans leurs caractères, dans leurs carrières. Honecker pense que l’option stalinienne est la meilleure pour la RDA. Tandis que Gorbatchev pense lui aussi avoir la meilleure solution. En fait les deux vont se planter, puisque la RDA va disparaître moins d’un an plus tard et que l’URSS va suivre l’année d’après. Quelque part, ce sont les 2 perdants de l’histoire, même si Gorbatchev a une autre image…

 

La Gazette  : Si on fait un peu de prospective géopolitique, quand on voit la dépendance énergétique aujourd’hui de l’Europe en général et plus particulièrement de l’Allemagne, est ce que le calcul de Gorbatchev était si faux avec quelques années de recul ?

 

Olivier Guez : Il était faux dans la mesure où l’URSS ne pouvait pas tenir, elle était criblée de dettes. Elle ne pouvait pas survivre, peut-être s’il y avait eu un baril à 100€ ? mais la politique américaine suite au second choc pétrolier était à l’opposé. Donc non le système était condamné. Les Ukrainiens ne pouvaient plus vivre avec les Georgiens qui ne pouvaient plus vivre avec les Russes etc...

Certes aujourd’hui, il y a une dépendance énergétique, mais il n’y a qu’à voir comment la Russie à encaissé la crise cette année : elle n’a pas vraiment réussi à diversifier son économie.  Je pense que Gorbatchev était un idéaliste d’une certaine manière, un menchévique en quelque sorte. Il portait la Révolution. Il ne voulait pas abandonner ce système, il voulait le réformer, c’est très clair dans ses écrits de 1985-1986. Il souhaitait retrouver cet esprit conquérant, le dynamisme des premières années de la Révolution. On est toujours dans ce prisme de la Révolution.




"le Berlinois de l’ouest du 6 octobre au 9 novembre, il ne fait rien..."

La Gazette  : Le livre s’achève le 10 novembre, il s’est passé encore beaucoup de choses et la Währungsunion, l’union monétaire  l’été qui a suivit et qui a tout scellé. Est-ce que cela a été un choix délibéré de ne pas du tout couvrir cette période là qui a été plein de retournements ?

 

Olivier Guez : Oui tout à fait, là on est dans un livre politique alors que dans le livre on suit des hommes ! Encore une fois, on garde en tête le parallèle avec « Paris Brule t-il ? », au début si on prend l’histoire au 6 octobre, on a différents groupes d’opposition politiques à Berlin, parfois éloignés géographiquement, différentes factions à Berlin-Est au sein même du pouvoir, des Soviétiques en RDA,  les Soviétiques à Moscou, puis il y a Washington, Bonn et dans une moindre mesure  Paris et  Londres. Au fil des jours, la situation va s’emballer et tout ce monde converge le 9 novembre à Berlin. De même en août 1944, pour la libération de Paris, au début on a des formations éloignées géographiquement, les alliés en GB, résistants à Paris, les Nazis à Paris… là aussi l’histoire va se mettre en mouvement. En une courte période, tout le monde va converger le 24 août. Après aussi il se passe plein de chose entre août 1944 et la fin de la 2nde Guerre Mondiale, mais là c’est pareil il se passe toujours plein de choses, on aurait pu continuer jusqu’au 3 octobre ou jusqu’à la fin de l’URSS. Ce qui me paraissait intéressant c’était de raconter l’histoire de l’intérieur. On raconte cet évènement extraordinaire en suivant des personnages. Comme il y a peu d’évènement heureux dans l’histoire je trouvais tout simplement enthousiasmant d’écrire sur l’avènement de la Chute du Mur. Pour nous il y a une autre histoire qui commence le 10 novembre, mais il s’agit d’une histoire politique, les termes de la réunification, l’unification monétaire. On n’a pas écrit un essai sur la réunification.

 

La Gazette  : Au cours du récit, on est un peu à Leipzig,  un peu à Berlin-Prenzlauerberg, à Wandlitz dans les coulisses du pouvoir à l’Est, un peu à la chancellerie à Bonn, mais on n’est pas du tout à Berlin Ouest ! Voir comment un Berlinois de l’ouest aurait pu vivre cela, cela n’aurait pas apporté quelque chose ?

 

Olivier Guez : On y a pensé, mais le Berlinois de l’ouest du 6 octobre au 9 novembre, il ne fait rien. Il observe les choses, mais il n’a aucune emprise sur les évènements. Il subit l’histoire en quelque sorte. Donc on y avait pensé, mais ce n’était pas tout à fait jouable. Dans la nuit du 9 au 10, on voit très bien la force, la puissance que sont les retrouvailles berlinoises.

 

La Gazette  : Le livre s’achève le 10 novembre, est ce que ce n’était pas un peu prouvé  que c’était un régime qui ne reposait que sur ses frontières si étranges et si étanches ?

 

Olivier Guez : Tout à fait, on le savait, tout du moins on l’a su à posteriori. C’est le mur qui a pérennisé la RDA pendant plus d’une vingtaine d’années, puisque dans les années 1950, il y a eu un exode massif à l’Ouest, jusqu’à la construction du mur. Bon nombre d’entre eux étaient de jeunes ouvriers, si l’Allemagne de l’Est n’avait pas scellé ses frontières, cela aurait un véritable désastre économique, l’hémorragie aurait été terrible pour la RDA. D’ailleurs, 11 mois après la Chute, la RDA s’est complètement liquéfiée, elle cesse de fait d’exister : il n’y avait pas de véritable légitimité.

 

La Gazette  : Pour finir, où en est votre adaptation au cinéma ?

 

Olivier Guez : On a signé un contrat, on va travailler l’adaptation du scénario. On va avec Jean-Marc encadré le scénariste principal, donc on va être associé à ce projet qui est sur le long-terme. Le film ne sortira pas avant 4-5 ans. On est encore loin du casting même si je pense à Diane Kruger !(rires). On va faire un film allemand en allemand, le scénariste est allemand et ce sera en langue originale, c'est-à-dire qu’il y aura certainement un peu de russe.  En effet, avec mon producteur, on a vu à la Berlinale Le Liseur. La reconstitution historique est bonne, elle rend bien l’Allemagne des années 60, mais de voir et d’entendre le procès des auxiliaires d’Auschwitz s’exprimant en anglais, on ne trouvait pas cela très réaliste. Cela ne rendait pas vraiment.

 

 La Gazette  : Vous avez été journaliste économique, vous venez de travailler pour le ministère des affaires étrangères pour une mission bien particulière. Vous êtes maintenant un auteur d’essai à succès, puisque votre premier ouvrage fait référence aujourd’hui, quelles sont désormais vos perspectives ? Avez-vous encore envie de Berlin ??

 

Olivier Guez : Pas tout à fait, j’ai envie de faire une pause. J’ai un projet un peu loufoque qui se passe entre Paris-Berlin-l’Ukraine et l’Israël avec tout une partie berlinoise. J’ai envie après de faire autre chose, j’ai un gros projet aussi après qui concerne le Moyen Orient. Une sorte de saga qui irait d’Istanbul à Téhéran. Je vais donc faire une pause avec l’Allemagne, ça a été quatre années étonnantes et très enrichissantes à Berlin. Mais là j’ai besoin  de tourner la page.

 

La Gazette  : Le lien avec le Levant c’est avec vos racines Sépharades ?

 

Olivier Guez : Pas vraiment, parce que mes racines Sépharade c’est au Magreb. J’ai travaillé pendant 5 ans au Moyen orient,  pendant mes études, j’ai beaucoup travaillé sur la question. Ca m’a manqué durant toutes ces années en Prusse où on etait coupé du Levant. J’ai très envie d’y retourner et d’y passer un peu de temps à nouveau.

 

La Gazette  : Berlin mène à tout ! il suffit d’en sortir ?

 

Olivier Guez :Effectivement ! Mais comme pour beaucoup de chose je crois ! (rires)

 

propos recueillis par Régis Présent-Griot

 

 

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